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Comme je l’écrivais dans le journal « Les Echos » les 5, 20 mai et 5 juin 2008, la limitation de mandat est la source première de l’alternance au pouvoir. Elle empêche qu’un homme ou un parti confisque le pouvoir en gommant la libre expression du peuple.

Les Etats-Unis d’Amérique viennent d’en donner la preuve encore une fois en élisant leur 44e président. Je pense que l’Afrique doit cesser de jubiler et tirer leçon à l’occasion.

Il est vrai qu’il y a toujours eu alternance aux USA depuis le 1er président (Georges Washington, président de 1789 à 1797), mais l’élection de M. Obama constitue un symbole fort du fait que son père n’est pas Américain et qu’en plus il est Noir.

Si en Afrique les tenants du pouvoir s’y accrochent indéfiniment en barrant la route à leurs compatriotes, la première puissance du monde vient de donner une belle démonstration que les tenants du pouvoir ont le devoir de respecter la volonté du peuple. Et nulle part le peuple ne veut confier la direction du pays à un seul homme, à un seul parti ou à un seul clan.

Cela découle d’une pensée universelle qui ne s’oppose nullement à la diversité des cultures, des langues, des races ou des religions que les réfractaires au changement prennent pour prétextes.

Outre la limitation du mandat présidentiel, l’intégration est une réalité dans le pays de l’Oncle Sam. Sous d’autres cieux, M. Obama serait considéré comme étranger (car né d’un père kenyan) et par conséquent verrait sa candidature rejetée par les cours constitutionnelles politisées du fait que le droit est dit pour le plaisir du prince du jour soit par crainte de sa vie soit pour bénéficier des prébendes du pouvoir en place.

En l’espèce (USA), le prince du jour (Georges W. Bush) en dépit des moyens colossaux (politiques et financiers) dont lui et son parti disposent actuellement s’est plié à la volonté du peuple américain. Cela se passe de tout commentaire.

Des vertus de la limitation de mandat et de l’intégration, je retiens que : dans toute nation éprise d’esprit démocratique comme les USA où le discours d’acceptation de défaite de John McCain m’a fait couler des larmes de désespoir pour mon continent.

Et permettez-moi de relever là qu’en me reconnaissant dans les principes démocratiques des USA, je suis Africain mais j’ai honte des pratiques de tueries, de fraudes massives pour être élu chef, de contestations incessantes des résultats des urnes et de confiscation du pouvoir par la distribution des ressources publiques pour corrompre les législateurs et tailler des constitutions dignes des royautés.

Les pseudo rois d’Afrique (qui ont plus de 10 ans au pouvoir) doivent sincèrement se regarder dans les miroirs et dire « j’ai fait mon temps et je pars. Le pays n’est pas ma famille. Et il y a d’autres fils du pays plus valeureux que moi ».

Les discours creux en faveur de l’unité de l’Afrique avec son corollaire d’intégration doivent se traduire en actes concrets et non demeurer de simples rhétoriques qui ne sous-tendent guère de progrès. Le changement à la direction du pays est d’intérêt général car bénéfique à tous, même à ceux qui, par étroitesse d’esprit, ramènent tout le pouvoir à eux seuls en se proclamant seuls aptes à diriger les autres mais jamais à être dirigés, en tout cas pas vivants.
Conclusion

Parlant de ces deux vertus, il faut reconnaître que le Mali est en avance sur beaucoup d’autres en Afrique au sujet de l’intégration. L’abandon d’une partie du territoire national en vue de la réalisation de l’unité africaine est inscrite en règle d’or dans notre Constitution depuis l’accession à l’indépendance sous le 1er président Modibo Kéita. Cette dynamique a toujours animé ses successeurs au sommet de l’Etat malien.

Et récemment, la Commission Daba Diawara a recommandé la suppression de la nationalité malienne d’origine comme condition d’éligibilité à la magistrature suprême au Mali ; ce qui est indubitablement un pas de plus vers l’intégration pendant que d’autres pays voisins attisent la xénophobie en rendant politiquement sélectif l’accès à leur nationalité dans le dessein unique d’écarter des rivaux sérieux aux élections.

Au sujet de la limitation de mandat, certes je salue la proposition de la Commission Daba du maintien de l’article 30 de la Constitution relatif au nombre de mandat présidentiel et à sa durée, mais je reste frustré du fait que la Commission ne soit pas allée plus loin en incluant la limitation du mandat présidentiel dans les questions ne pouvant nullement faire l’objet de révision comme le multipartisme, l’intégrité du territoire national, la laïcité de l’Etat.

C’est l’heure de faire gagner du temps au débat politique par la résolution des questions fondamentales tel le mandat présidentiel qui constitue à n’en pas douter le nœud de la démocratie.

Bref, sans limitation de mandat présidentiel et sans l’esprit d’ouverture des Américains, les USA n’auraient pas connu cette richesse de valeurs humaines : 44 présidents en 219 ans et Obama dont l’Afrique est tant fière ne serait pas Mr. President in the White House.

Vivement la limitation de mandat et l’intégration !

Mamadou Fadiala Kéita

(juriste, Hamdallaye ACI-2000)

28 Novembre 2008