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Disons le tout net : l’écriture ne pourra se passer sitôt du spectacle d’un Barack Obama Couchant à la Maison Blanche. Qui ne va pas s’intéresser à ce qui se passe dans la tête du couple présidentiel qui l’habite désormais ? Le journal « The Economist » titrait il y a quelques jours : «It is time ».

L’Amérique était-elle prête pour ces vents désirés ? En tout cas, Obama est arrivé avec des semelles de vent pour marcher sur la corde raide de la course à la Maison Blanche. Qui lui prêtait crédit lorsqu’au début de sa campagne le sénateur de l’Illinois ne se contentait que d’épingler l’instant vécu ?

Les conventions ne font pas le printemps. Obama l’a pourtant fait. La longue marche du parti démocrate a abouti. Avec le temps compté des Clinton. Depuis l’ère Nixon, le parti démocrate était affublé par les Républicains d’une image de déliquescence morale. Le sénateur Obama a su profiter des errements de l’administration Bush pour regagner une image de vertu. Les démocrates sont passés au statut de porte-flambeau des valeurs américaines. Le sénateur. Obama n’a cependant rien d’un météorite, mais sûr qu’il garde quelque chose de l’accélérateur de particule. Cela fait plus de deux ans que lui et son équipe se préparent pour cette conquête.

Désormais dans le bureau ovale, beaucoup de choses seront dites à son sujet. Une personnalité foisonnante et complexe sur laquelle on va tout transposer. Obama va comme 44ème président des Etats-Unis d’Amérique à une fonction sacrificielle en entrant dans cet enfer gestionnaire des affaires du monde. Il avait dépassé la candidature de témoignage des autres figures tutélaires des afro-américains. Lui n’a pas le même parcours que les autres, sa femme Michèle, oui.


Commence pour lui, la bataille d’une présidence où il sera isolé par l’urgence des préoccupations des autres.

Une nouvelle présidence part toujours d’une page blanche avec 66 % de taux de participation, les américains lui donnent carte blanche Comment celui qui n’était encore hier qu’un petit sénateur a-t-il gagné ? La spécificité d’Obama fut cette capacité à mobiliser l’enthousiasme suscité par sa candidature pour le transformer en voix et en dollars. Le candidat a pu disposer de 750 000 militants actifs, 8 000 groupes d’affinité et 30 000 manifestations organisées.

Au mois d’octobre, Obama avait reçu des fonds de pas moins de 1 276 000 donateurs. Le sénateur Obama avait de solides bagages universitaires, ce qui lui permettait d’avoir en Amérique la science des yeux ouverts comme instrument de lecture du monde.

Le déclic pour lui, c’était de faire comprendre à ses compatriotes que tout devenait impératif. Et, il avait choisi de faire campagne pour un projet (avec le mot clé : le changement) et non contre un candidat. La mécanique intellectuelle du petit sénateur va l’aider.

Il pose beaucoup de questions et il retient tout. Cette grande capacité à retenir et saisir l’information, voila toute sa vision stratégique. La dynamique conservatrice amenée par le clan Bush a épuisé le pays. Une majorité d’Américains pensent qu’il ya eu un abus de confiance de la part des faucons du parti républicain.

En politique intérieure, la question des inégalités revenait et tout le monde était plus ou moins favorable à une reprise en main comptable de l’Etat pour résoudre les problèmes sociaux.

Exemple : le caractère progressif de l’impôt a été réduit, des mesures antisyndicales, le salaire minimum a chuté jusqu’à ce que le Congrès en impose le relèvement. La question de la reforme du système d’assurance-maladie est devenue un must aux USA.

En matière économique, le président Obama propose d’imposer davantage les riches (au taux pratiqués depuis 1990) de réduire les taux d’imposition des classes moyennes et de garantir une assurance-maladie minimale.

Le président Obama doit revoir sa copie s’il veut assurer à son gouvernement les revenus dont il a besoin. Les USA vivent des heures difficiles avec le marché de l’emploi et des salaires qui se dégradent. A tout prendre comme disent les économistes, les USA vont évoluer dans un marasme durable plutôt qu’un effondrement massif de leur économie. Obama arrive aux affaires à un moment où l’activité représentait 8,5% du PIB américain.

On assiste à un fort accroissement de la volatilité des valeurs. Tous les prix sont entrés en mouvement : énergie, matière premières, denrées agricoles, monnaies, immobiliers et bien sûr les bourses. Tous les équilibres bougent, ceux de la planète comme ceux des esprits.

Le 23 septembre dernier, l’Assemblée générale de l’ONU soulignait la naissance d’un monde multipolaire. Un monde en devenir dans une construction ordonnée autour de quelques pôles de puissance entretenant des relations bien codifiées. Tout le monde réclame de nouvelles règles avec le tremblement financier des places boursières. Le candidat Obama va-t-il garder ce travers de présidentiable : faire de la politique avec de la morale ? Les Américains n’ont que faire d’un graal politique.

Obama ne saurait incarner une mue des Démocrates. Il n’aura passé qu’un an et demi seulement dans les allées du pouvoir au sénat. Désormais Obama prend une présidence rarement racontée, il faut le dire. Premier des Noirs Américains à occuper le bureau ovale, il lui faudra se méfier des paradoxes. Rappelons que c’est Flaubert qui disait que tous les « malgré que » sont des « parce que ».

Sa capacité de simplification des choses complexes va-t-elle le desservir à la Maison blanche ?


Le temps du pouvoir n’est jamais celui de la postérité

Quelque chose d’inédit commence en Amérique avec Obama à la Maison Blanche. Une force noire rentre à la Maison blanche. Cela ne suffira pas, mais c’est un début nécessaire. Les USA sont un pays de métissage, de brassage de communautés juxtaposées. Une sorte de planète en réduction composée de citoyens d’origines diverses. Les USA ont un trait particulier qu’ils ne partagent pas avec les autres : tous ses fils acceptent la même Constitution. Les USA ont toujours cru par ailleurs devoir une dette envers le Créateur des mondes. Est-ce pour cela que la nation américaine se croit-elle missionnée ?

Un Noir à la Maison Blanche ne remplace ni la raison, ni la morale ? Il ajoute seulement un supplément d’âme. Obama a un paternel d’origine Kenyane. Ce dernier avait une allure propre qu’il a partagé un moment avec la mère d’Obama. Avec sa grand-mère maternelle qui vient de nous quitter, le futur sénateur prit de bonnes leçons qui faisaient dire aux siens que ce petit gars finira un jour par étonner le monde.

Obama devient « Commander in chief » de l’armée des USA. Il avait dit aux Européens lors de son passage à Berlin : « Vous nous demandez de faire plus et autrement, et je comprends, mais soyons très clairs, nous allons vous demander aussi, à vous Européens, de faire plus et autrement ». Il appartient à chaque génération d’écrire son récit historique.

On a affirmé que l’élection d’Obama relevait d’une excuse de l’Amérique envers une composante importante de sa population. Ce n‘est pas tout à fait exact. La question raciale fait encore écran et tout récit sur ce chapitre ne serait que lacunaire. Le seul combat pour les Noirs d’Amérique restera désormais de réconcilier image et usage, esthétique et éthique. Où serait l’excuse de l’Amérique envers ces Afro américains qui ne sont plus une minorité dominante ? Les hispano ayant pris le relais.

Le président Obama devra se positionner par rapport à un contexte d’argumentation. La problématique de cette nation de migrants étant de dépasser le dualisme entre la liberté et l’égalité entre ses fils. Par l’association ou la solidarité.


Salif Koné

Journaliste indépendant

06 Octobre 2008