Partager

Depuis hier, elle a recommencé à approvisionner les banques primaires en liquidités

Depuis le coup d’État de la semaine dernière, l’Agence principale de la BCEAO dans notre pays était fermée. Si dans la journée de mardi, toutes les banques ont repris du service sur l’ensemble du territoire, la banque centrale ne s’était pas manifestée. Cette situation a créé un climat d’incertitude qui préoccupe plus d’un.

Heureusement, la Direction nationale de la BCEAO a décidé de l’approvisionnement de toutes les banques de la place en billets de banque depuis hier. Cette décision est effectivement mise en application comme nous avons pu le constater. Un service minimum était assuré. La BCEAO est la plaque tournante du système bancaire local dont le fonctionnement normal dépend entièrement d’elle. En effet, c’est la Banque centrale qui coordonne toute l’activité bancaire.

En dehors des aspects réglementaires qui la lient aux banques primaires, ces dernières, dans la gestion des opérations courantes, dépendent de la banque centrale pour assurer leur approvisionnement en billets de banque, et le bouclage des opérations de compensation entre les différentes banques (remise de chèques à l’encaissement via le SICA, le Système interbancaire de compensation automatisé). En outre, les transactions internationales des banques classiques passent par la BCEAO. Dans un contexte où l’Agence principale ne tourne pas comme il faut, comment s’en sortent les banques maliennes ? Et quelles sont les conséquences, qui se profilent à l’horizon, pour notre économie et pour la population si cette situation avait perduré ?

Le système bancaire malien est composé aujourd’hui 13 banques et deux établissements financiers qui possèdent au total 283 agences sur l’ensemble du territoire. En termes de crédits, au 31 décembre 2011, les banques ont contribué à hauteur de 1665 milliards de Fcfa à l’économie nationale. Ces crédits ont été octroyés aux agents économiques que sont l’Etat, les entreprises, les particuliers, les ménages.

Un responsable bancaire de la place approchée pour éclairer sur la situation estime que pour le moment, il n’y a pas d’inquiétude majeure à se faire et que tant que la situation est sous contrôle, les banques continueront à fonctionner normalement. Il assure que les banques tiennent le coup pour le moment. « Les banques continueront à travailler pour satisfaire les besoins de leurs clients. L’Etat a même renforcé leur sécurité ainsi que celle de plusieurs guichets automatiques pendant les événements.

Et puis, les banques ont vite fait d’approvisionner les Guichets automatiques avant leur fermeture mercredi, de sorte que les clients ont pu continuer à opérer des retraits grâce à leurs cartes bancaires », souligne le banquier, en relevant que le système bancaire malien comme celui des autres pays de l’UEMOA en général, est liquide. Mais il s’agit d’une surliquidité à très court terme c’est-à-dire que les banques disposent de ressources financières ou dépôts à court terme finançant généralement le commerce. Elles disposent donc de très peu de ressources adaptées pour les financements à long terme à savoir le financement des infrastructures et des investissements.

Au delà des constats, la situation économique dans laquelle se trouve le Mali est aujourd’hui, préoccupante et mérite une attention particulière, estiment plusieurs banquiers de la place. En fait, l’attitude que va adopter la BCEAO reste un gros problème et la suspension de l’aide provenant de certains de nos partenaires (BAD, Banque mondiale, FMI, Canada, États-Unis) va aggraver la situation. Pour le moment, il n’y a plus d’appui budgétaire.

Aussi, si la situation ne se normalisait dans les jours à venir, trois conséquences immédiates pourraient en découler : le ralentissement de l’activité économique, la baisse de la croissance et la récession économique, a indiqué un responsable de banque. « Le Mali est un pays enclavé, nous n’avons pas de débouché sur la mer. Si nos partenaires financiers refusent de nous aider, si tous nos voisins nous ferment leurs frontières, où irons nous chercher le carburant et tous ces produits que nous importons ? », interroge notre interlocuteur.

Confirmation avait été donnée récemment, lors de la diffusion des comptes extérieurs du Mali, au titre de l’année 2010, lorsque la BCEAO indiquait qu’en matière de balance commerciale, concernant les importations, le Mali, en raison de sa faible industrialisation, importe toutes les catégories de biens (biens de consommation, d’équipement, produits intermédiaires). En 2010, nos importations se sont chiffrées à 1 646,1 milliards de Fcfa, en augmentation de 43,4% par rapport à 2009.

Une évolution consécutive à l’appréciation des prix sur le marché international, après l’accalmie observée en 2009. Par ailleurs, notre premier fournisseur, en matière d’importation, est l’Afrique (40,7%) dont 29,3% pour l’UEMOA, suivi de l’Europe (30,3%) et de l’Asie (19,2%). Le commerce intra-UEMOA, quant à lui, s’est caractérisé par une balance déficitaire avec un taux de couverture des importations par les exportations de 20,4% après 28,4% un an plus tôt.

Les pays de l’UEMOA ont absorbé 10,7% des exportations (108,1 milliards) et ont fourni 39,6% des importations (529,7 milliards). Actuellement, le taux de bancarisation au Mali est de 12% et les banques envisagent de le relever à 20% au 31 décembre 2012. Dans ce cadre, un programme et un plan d’action relatif à la promotion de la bancarisation a été élaboré par la Banque centrale et les banques de la place. Ce plan repose sur l’amélioration des services offerts par les structures, la proximité des agences bancaires avec l’ouverture des guichets de proximité et une action d’information et de sensibilisation des associations de consommateurs à travers l’APBEF (Association professionnelle des banques et établissements financiers).

Jeudi 29 mars 2012, par Fatim Maïga

Essor