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En zone franc, le système bancaire hérité de la colonisation a littéralement explosé, laissant nombre d’établissements sur le carreau. Mais il peut désormais se reconstruire sur des bases solides, autour de nouveaux de concepts.

Entre 1989 et 1999, des liquidations en assainissements, de privatisation en créations, le système financier des pays africains de la zone franc a changé de physionomie. Au triptyque banques centrales- banques de développement- banques commerciales, hérité de la colonisation, s’est substitué un diptyque instituts d’émission- banques commerciales, plus en phase avec le système international.

La mue ne s’est pas faite, on s’est douté, sans douleur. Au Bénin, la totalité des établissements de crédit ont été liquidés à la fin des années quarante cinq, mettant ainsi les entreprises en situation délicate.

Au Sénégal, sept banques sur douze ont déposé le bilan. Sur les cinquante- huit banques que compte aujourd’hui l’Union économique et monétaire Ouest africaine (UEMOA), une grande majorité est issue d’une restructuration ou bien se sont créées ex nihilo.

Les raisons de ce mouvement sont bien connues : crise de la dette il y a près de vingt ans, chute des cours des matières premières et surtout inadaptation d’un système hérité de la métropole.

«Cette structure, explique le centre français du commerce extérieur dans une étude à paraître sur le financement des PME en zone franc, a relativement bien fonctionné grâce à des finances publiques correctement alimentées par des recettes d’exportation conséquentes (de manières premières) entre 1960 et 1980.

Mais ce systèmes financier, entretenu par les finances publiques et artificiellement dopé par la dépendance envers les maisons mères (souvent françaises), est demeuré figé, peu entreprenant et peu innovant.»

Les premières victimes furent les banques de développement. Aux indépendances, chaque pays de la zone franc a crée son propre organisme, orienté principalement vers le financement des grands travaux d’infrastructures et dispensant des crédits à moyen et long terme. Financées par la coopération française qui mettait à leur disposition des lignes de crédits, ces banques se sont révélées rapidement inefficaces et coûteuses.

Elles ont failli à leur mission, qui était de financer les infrastructures collectives, en favorisant la construction d’universités démesurées ou de routes qui ne mènent nulle part- les fameux «éléphants blancs».

En outre, elles ont servi de caisses noires à des dirigeants plus préoccupés par leur enrichissement personnel que par la modernisation de leurs pays. D’ailleurs, la Banque mondiale ne s’y est pas trompée qui, dès les premiers programmes d’ajustement du secteur financier, les a inscrites sur la liste des entreprises publiques à liquider.

A la remarquable exception de la Banque gabonaise de développement (BGD), elles ont aujourd’hui disparu du paysage bancaire de la zone franc. Quelques rescapées, comme la Banque de développement tchadienne (BDT) ou sa consoeur malienne (BDM), ont été transformées en banques commerciales.

Autre victime de la restructuration : les banques commerciales. La crise économique et l’insolvabilité des Etats étaient telles qu’à la fin des années quatre-vingt, en zone UEMOA comme dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), les établissements de crédits croulaient sous les créances douteuses.

Les rares banques bénéficiaires- elles d’ailleurs toujours en activité- étaient celles du réseaux BICI (Banque internationale pour le commerce et l’industrie) et quelques filiales de la Société générale et du crédit lyonnais. Ce qui ne veut pas dire que les représentations africaines des «trois vieilles» n’ont pas souffert du marasme ambiant.

Les BICI ne doivent leur survie qu’au sabordage de la BIAO (Banque internationale pour l’Afrique occidentale) par la BNP. Etablissement centenaire, la BIAO a été liquidé volontairement par la Banque du boulevard des Italiens en 1989. Cette opération, juteuse pour l’établissement parisien, a révélé l’impréparation, voire l’impuissance, des autorités monétaires et bancaires de la zone franc.

Le réseau BIAO a en effet été repris dès Mars1991 par la Méridien BIAO SA, créée pour l’occasion par l’homme d’affaires gréco zambien Andrew Sardanis, propriétaire entre autres de Méridien international Bank limited (MIBL), établis dans le paradis fiscal des Bahamas.

Sardanis, qui n’avait pas de projet bancaire pour l’Afrique, voulait tout simplement «faire un coup» : racheter le groupe à vil prix avec l’appui des Etats et des institutions multilatérales régionales, la BAD et la BOAD (Banque Ouest africaine de développement) notamment et le revendre avec plus-value. Le prix de cession, «quelques millions de dollars», n’a d’ailleurs jamais été rendu public.

L’homme d’affaires qui n’avait les moyens de ses ambitions- la MIBL étant elle-même lourdement endettée-, ne réalisera pas «son coup». Le 24 Avril 1995, la haute cour des Bahamas l’a déclaré en faillite suite à une plainte de la Méridien BIAO Swaziland qui réclamait à la MIBL 7,3 millions de dollars de placement et de crédits. Le holding insolvable est mis en liquidation.

La disparition de MIBL, et donc de la Méridien BIAO SA, qui contrôlait tout de même huit banques en zone franc, relance alors de plus belle le mouvement de restructuration. Les banques Méridien BIAO du Burkina, du Niger, du Gabon, du Cameroun ou encore de la Centrafrique, du Tchad et du Togo sont de nouveau à vendre.

Mais les repreneurs ne se bousculent pas. Des pays comme le Gabon ou le Cameroun, échaudés par l’expérience de Sardanis, ont préféré liquider leur BIAO respective.

Les autres anciennes filiales de Méridien BIAO SA ont, elles, trouvé grâce aux yeux de la Banque Belge Belgolaise, bien implantée dans les anciennes colonies africaines de Bruxelles : la République démocratique du Congo (ex- Zaïre), le Burundi et le Rwanda. Après avoir repris en 1995 la Méridien BIAO Niger rebaptisée Banque internationale pour l’Afrique (BIA- Niger), la Belgolaise est entrée la même année dans le capital de la Banque internationale du Togo (30%) et de la Banque internationale du Burundi (25%).

Aujourd’hui, elle négocie le rachat de la Banque internationale pour la Centrafrique (BICA) et de la BIAO- Côte d’Ivoire. Rappelons que cette dernière, comme la BIAO Sénégal, a échappé à Andrew Sardanis et a été transformée en banque d’Etat dès 1990.

Inscrite sur la liste privatisables depuis 1997, BIAO Côte d’Ivoire peinait à trouver un preneur. BIAO Sénégal, quant à elle, a été rachetée par le groupe Mimran et rebaptisée Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO).

Parallèlement au renforcement de la Belgolaise en zone franc, la BNP et le Crédit lyonnais ont poursuivi leur repli.

La première s’est notamment retirée du Cameroun en 1995 en quittant la Banque internationale pour le commerce et l’industrie (BICIC), l’actuelle BICIC, Banque internationale de crédit et d’épargne du Cameroun) dont la gestion est désormais assurée par le groupe des banques populaires française.

L’établissement parisien reste tout de même dans six pays de la zone. Le Lyonnais qui avait des filiales dans six pays, n’est, lui, plus représenté qu’au Gabon l‘Union gabonaise de banque), au Cameroun (Crédit Lyonnais du Cameroun) et en Côte d’ivoire (Société ivoirienne de banque).

Contrairement à ses deux con-soeurs, la société générale a gardé presque intact son réseau africain. Elle tente même aujourd’hui de l’étoffer.

L’an dernier, elle a repris la banque pour le financement du commerce et des investissements du Burkina (BFCI-F), qui s’appelle désormais la société générale de banques (SGBB), et lorgne la Banque internationale du Congo, établissement en cours de privatisation.

La restructuration du système bancaire de la zone franc et la perte d’influence des banques françaises n’ont pas profité qu’à la Belgolaise. Elles ont en effet ouvert la voie à ce qu’il convient d’appeler «la nouvelle banque africaine».

Deux nouveaux réseaux privés africains, créés également dans les années quatre-vingt, illustrent cette tendance :

Bank of Africa et Ecobank. Présentes dans plusieurs pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), celles-ci sont, par leur petite taille, leur indépendance et leur approche – la banque de proximité -, mieux adaptées au contexte africain que les filiales des grands établissements européens.

Source : Jeune Afrique

12 Mai 2008