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Les habitants de Bandougou ne dorment plus que d’un œil, un soi-disant ami du ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Territoriale, Kafougouna Koné, y sème la terreur en voulant leur retirer la seule propriété précieuse qu’ils possèdent : la terre de leurs ancêtres.

L’opposition des habitants à l’annexion de près de 400 ha leur a coûté des interpellations arbitraires auxquelles n’a pas échappé le chef de village qui s’est confié à notre rédaction.

A plus de 70 ans aujourd’hui, le vieux Boura Traoré, 8e chef de village de Bandougou, une communauté rurale relevant de la commune de Mountougoula située à seulement 30 km de Bamako ne cesse de se demander pourquoi le sort s’acharne tant contre lui et surtout de savoir s’il a un jour transgressé les coutumes de ses ancêtres c’est-à-dire les Traoré qui sont réputés dans cette zone comme de gros cultivateurs.

Ces inquiétudes du vieux chef de village sont tout à fait légitimes si on sait que depuis quelque temps, lui et ses enfants ainsi que certains jeunes de son village ne cessent de faire la ronde à Kati entre la gendarmerie et la préfecture.

D’ailleurs sept jeunes de son village ont été gardés à vue à la brigade de recherche de Kati dans des conditions humiliantes et dégradantes pendant au moins six jours sans manger encore moins une assistance quelconque. Deux autres ressortissants de Bandougou ont été aussi arrêtés sur instruction du préfet de Kati avant d’être libérés trois jours après.

Tous ces faits graves qui pèsent sur les épaules d’un vieux déjà sous le poids de l’âge font pourtant suite à une tentative de spoliation des terres que les fondateurs de Bandougou ont léguées aux générations futures dont les ressortissants d’aujourd’hui.

Ce sont ces terres jusqu’à présent cultivées par les populations de Bandougou pour se nourrir qui font aujourd’hui l’objet de convoitises de la part de certains spéculateurs. Curieusement, l’un de ses spéculateurs n’est autre qu’un fils de la contrée.

Ce dernier est en effet natif du Koulabougou, un hameau de culture né par la volonté de Bandougou. En 1946, les vieux du village de Bandougou ont en effet accepté de céder une partie de leur terre fertile à leurs voisins, les Doumbia qui habitaient Kara.

Après plusieurs années de bon voisinage, voilà un des descendants de ces Doumbia, un ancien des Chemins de fer du Mali, reconverti en spéculateur foncier, et qui a jeté son dévolu sur les terres cultivables de Bandougou.

Comme si cela ne lui suffisait pas, il fait croire aujourd’hui aux populations des villages environnants qu’il est ami du général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales et peut à cet titre vendre là où il veut sans problème.

C’est fort de cette étiquette d’ami du ministre qu’il a tout récemment morcelé 380 ha des terres de Bandougou avec l’aide d’un géomètre de la place sans au préalable prendre le soin d’informer le chef de village de Bandougou, Boua Traoré et les a mis en vente.

Les populations de Bandougou qui ne voulaient nullement de cette spoliation et dilapidation de leur patrimoine foncier commun ont décidé de bloquer par tous les moyens les opérations de morcellement conduites par le géomètre. C’est ainsi que les jeunes du village l’ont purement et simplement éconduit.

Face à ce refus obstiné des villageois, le préfet du cercle de Kati a envoyé sur place un contingent de gardes en renfort pour encadrer sur le terrain les opérations de morcellement. Ces derniers ayant débarqué sans en avoir référé au chef de village ont aussi été chassés.

C’est suite à ces différentes péripéties que le préfet du cercle de Kati a pris l’initiative de convoquer et le chef de village et les jeunes qui ont fait de la résistance. Ce qui est surtout paradoxal c’est le fait pour le même préfet du cercle d’afficher publiquement son amitié avec ce spéculateur foncier qui prétend être l’ami du Général Kafougouna Koné.


Birama Fall

28 Mai 2008