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Le colonel Kadhafi, dans la gestion de la crise que traverse la bande sahélo saharienne, notamment au Mali, semble avoir repris l’initiative. Et, ce, malgré la volte-face inattendue du chef de la rébellion nigérienne, Aghali Alambo.

« Les armes ne sont pas un moyen pour revendiquer les injustices ». Tel est le message adressé, dimanche dernier, par le Guide de la révolution libyenne aux groupes armés qui écument le nord du Mali et du Niger.

Saisi par le gouvernement nigérien, en sa qualité de patron de la CEN-SAD, et par les rebelles du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), le colonel Kadhafi, au cours d’une rencontre, le lundi dernier, dans le sud libyen, a saisi cette occasion pour rappeler les bandits à l’ordre.

« Sachez que les rébellions sont un désastre pour les familles, les jeunes et l’avenir du continent africain », a-t-il martelé, en présence du chef du MNJ, Aghali Alambo, et des représentants des groupes armés maliens. Un cinglant démenti à l’encontre de ceux qui accusent le colonel d’encourager et d’entretenir les rébellions dans la bande sahélo saharienne.

De fait, depuis un certain temps, Kadhafi a entrepris de démarcher ces groupes rebelles, afin de les sensibiliser en vue de la fin des hostilités dans la Bande. Et, il semble bien que le colonel soit en train de réussir là où beaucoup ont échoué.

Mardi dernier, la télévision nigérienne, dans un reportage, a diffusé un message d’Alambo dans lequel celui-ci affirmait que son mouvement avait décidé de déposer les armes, le même jour, et se disait disposé à se soumettre à la médiation libyenne pour « un dénouement heureux et rapide de la crise ».

Lors de la même rencontre, le chef rebelle nigérien s’est dit porteur d’un message de Ibrahim Ag Bahanga, chef de l’Alliance touarègue du nord Mali pour le changement (ATNMC, une dissidence extrémiste de l’alliance du 23 mai pour le changement). « A partir d’aujourd’hui, Bahanga et moi sont sous votre disposition…Nous considérons que seule la Libye peut régler le problème des rébellions au Mali et Niger », a-t-il transmis aux autorités libyennes.

Par cette déclaration commune, les deux chefs touaregs avaient donc décidé de confier au Guide le dossier du nord. Mais Alambo, quelques heures plus tard, est revenu sur ces déclarations en annonçant que le MNJ ne déposerait pas les armes.

Il a expliqué qu’il a, en fait, seulement transmis un message d’un groupe armé malien, message dont il se désolidarise. Pourtant, selon plusieurs témoins et sources dont des organes de presse internationaux, Alambo s’était bel et bien engagé à déposer les armes suite à la médiation libyenne. Pourquoi cette volte-face ? Que s’est-il donc passé ?


Logique de cessation des hostilités

Concernant Bahanga, celui-ci ne s’est pas encore prononcé personnellement sur la déclaration que lui impute le chef rebelle nigérien. Mais déjà, ça et là, se posent des questions sur sa prochaine conduite, après la volte-face d’Alambo. D’autant plus que Bahanga a des liens très étroits avec certains milieux nigériens et possède de solides alliances avec eux. Subira t-il des pressions pour rejeter l’implication du Guide ?

Mais, après cette déclaration rendue publique et relayée par plusieurs médias, le bandit pourrait-il revenir lui aussi sur son engagement? Dans l’affirmative, cela serait une remise en cause de toutes les tentatives actuellement en cours pour le retour à la normale dans le nord du Mali.

Parce que même s’il prend part, présentement, au processus de négociations entre les groupes armés touaregs et le gouvernement malien qui ont sollicité la médiation de l’Algérie, son message, rapporté par Alambo, même s’il a été pris dans un autre cadre de négociation, constitue un gage de réussite du règlement du conflit dans le septentrion.

D’ailleurs, en prenant la décision de faire libérer des otages militaires maliens qu’il détenait depuis plusieurs mois, il conforte l’idée selon laquelle il est en train de s’inscrire dans une logique de cessation des hostilités.

Mais si le gouvernement malien a demandé et obtenu la médiation algérienne, les autorités nigériennes quant à elles ont toujours refusé de négocier avec le MNJ qu’elles accusent de s’adonner à divers trafics dont ceux de drogue et d’armes.

Par contre, les rebelles, eux, estiment que le nord du Niger, leur territoire, ne bénéficie pas des ressources naturelles du pays et des efforts de développement des pouvoirs publics. En outre, ils se disent victimes de discriminations diverses ; en somme, les mêmes récriminations que celles de leurs frères maliens.

Le colonel libyen s’est engagé à mener une enquête approfondie pour étayer la vérité. Toutefois, il rejette l’idée d’une quelconque partition. En effet, que deviendra le continent « si les touaregs réclament un Etat touareg et si toutes les autres ethnies de l’Afrique réclament un Etat ? », s’interroge le Guide, grand défenseur de l’Unité africaine.

Cependant, les autorités nigériennes affirment avoir accepté les services de Kadhafi non pas pour une médiation, mais pour une initiative de sortie de crise. Une chose dont la bande sahélo saharienne, secouée depuis des décennies par des crises récurrentes, a actuellement besoin. Le Guide de la révolution l’a si bien compris qu’il a rappelé aux bandits que le dépôt des armes est une « vraie chance pour développer les pays du Sahara »

CHEICK TANDINA

21 Aout 2008