Partager

Les petits cafés et les gargotes pullulent dans les rues de Bamako. Ces lieux, qui font le bonheur des milliers de gens qui y mangent, ne sont pas toujours respectueux des règles de l’hygiène. Au cours de notre enquête, nous nous sommes rendus dans une gargote au centre commercial de Bamako.

La gargotière, une jeune dame de la trentaine, n’a rien d’un malpropre apparemment. Ses mouvements entre la cuisine et le comptoir sont accompagnés du frou-frou de sa tenue qui était d’une propreté impeccable.

Cependant, il suffit de jeter un coup d’oeil sur les ustensiles de cuisine et les recoins de la gargote pour constater l’insalubrité du petit restaurant .

Ainsi les cafards que nous avons vus ne sont qu’un infime indice de l’improprété des aliments vendus en ce lieu. Nous avons pu constater aussi les mêmes conditions d’insalubrité dans un kiosque à café.

Pendant plus de trois ans, nous nous sommes servis dans ce café sans nous poser la moindre question sur la qualité hygiénique de ce qu’on y vend. Un après-midi, nous y sommes allés pour nous servir une omelette.

Lorsque nous nous apprêtions avec impatience à entamer le plat, nous y avons découvert une mouche bien ramollie à l’huile. A notre demande, le gérant du café expédia le plat à la poubelle et nous en servit un autre.

Nous fûmes horrifiés par la vue de deux mouches alors que nous avions mangé plus de la moitié de ce second plat. Les mouches, agents pathogènes, sont à l’origine de plusieurs maladies mais elles ne sont pas combattues chez nous.

Les boucheries de Bamako se caractérisent surtout par l’envolée des mouches qui noircissent souvent les tas de viande sur lesquels les clients se ruent, indifférents au ballet des insectes nocifs.

Si l’on se préoccupe peu de l’hygiène alimentaire dans les endroits mercantiles, dans les ménages le problème se pose de façon différente. On constate le plus souvent que les ménagères ignorent les règles de l’hygiène.

Selon Mme Wattara Kamou Diarra, chargé de Programme de l’hygiène alimentaire à la direction nationale de la Santé, dans beaucoup de familles à Bamako on garde le reste des nourritures. Ces aliments peuvent être infectés et pourraient intoxiquer ceux qui les consomment. « Les gens ne sont pas informés sur l’hygiène« , a déploré Mme Wattara.

L’action du service d’hygiène est très limitée. Les Brigades d’hygiène, sa cheville ouvrière attachée aux collectivités territoriales, inspectent et autorisent les restaurants et cafés.

Ce contrôle permet de prévenir les toxi-infections générales. Mais la plupart des maladies liées au manque d’hygiène comme les maux diarrhéiques et la fièvre typhoïde relèvent des situations que le service d’hygiène ne maîtrise pas, telle la consommation des légumes mal désinfectés.

Cependant, on peut déplorer de la part du service d’hygiène l’absence d’un programme de sensibilisation. Si pendant la période hivernale un sketch télévisé informe sur les risques épidémiologiques de choléra, on doit dénoncer de la part des autorités un certain laxisme qui ne dit pas son nom.

En effet, comment comprendre que les gens soient laissés libres de vendre des produits alimentaires dans les rues sans aucune restriction réglementaire ?

Les Brigades sanitaires seraient plus utiles si elles pouvaient confisquer à n’importe quelle vendeuse sa marchandise lorsque cette dernière refuse d’être hygiénique.

Et une telle mesure ne sera pas la première du genre, car elle fut essayée il y a des décennies sans succès auprès des populations qui perdaient de vue évidemment son enjeu : années de plomb obligeaient.

Ismaïla Diarra

16 février 2006.