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Les planteurs ivoiriens préfèrent l’hévéa au colatier. La récolte chute et les prix grimpent au grand dam des « croqueurs » de la capitale.

jpg_une-776.jpgLa colas est un symbole bien ancré de notre tradition. On se la partage à l’occasion de grands événements, comme les mariages, les baptêmes, les fêtes religieuses, les décès, comme pour confirmer une amitié partagée, une entente ou un accord entre deux parties. A l’instar des autres denrées de grande consommation ce fruit de cueillette que notre pays importe essentiellement de la Côte d’Ivoire voisine est particulièrement sensible à la loi de l’offre et de la demande ou à tout autre aléa qui affecte les circuits normaux de commercialisation comme ce fut le cas pendant la crise ivoirienne. Le panier de colas a de nouveau flambé sur le marché bamakois. Cette énième surchauffe, analyse Dian Sidibé le secrétaire général de l’association des vendeurs de colas de Bamako connue sous l’appellation de « Woro cour ton », serait due bien plus à l’abandon par de nombreux planteurs ivoiriens de la culture du colatier au profit de l’hévéa qu’à la double crise institutionnelle et sécuritaire qui affecte notre pays.

Depuis cette désaffection des planteurs, les récoltes ne couvrent plus la demande sous régionale dominée par les commandes nigérianes. Les commerçants nigérians viennent s’approvisionner jusque dans les plantations ivoiriennes à coup de milliards de francs. Lors de son dernier voyage en Côte d’Ivoire, Dian Sidibé se souvient avoir vu des centaines de camions en train de charger de la colas. Ces gros clients sont souvent servis avant les petites bourses comme nous, déplore-t-il. Le changement intervenu dans notre pays le 22 mars dernier avait momentanément perturbé l’approvisionnement du marché mais cela n’a pas duré, souligne-t-il. Les difficultés d’approvisionnement ne se limitent pas à ce seul niveau.

Nos commerçants s’approvisionnent en colas principalement dans deux villes ivoiriennes : Bouaké et Aniama. Une fois sur place, ils s’adressent à des intermédiaires qui se rendent dans les plantations pour chercher la marchandise. Ce travail est rétribué à raison de 250 à 500 Fcfa par panier selon les distances parcourues par l’intermédiaire. Les commerçants maliens achètent, aujourd’hui, le panier de noix de colas à 55.000 en Côte d’Ivoire pour le revendre ici à 85 000 Fcfa. La même quantité se vendait ici il n’y a pas encore longtemps entre 20 000 et 25.000 Fcfa. Tout près de nous en Guinée d’où nos commerçants importent aussi des colas, le panier de noix s’achète à 40.000 Fcfa pour être revendu ici à 70.000 Fcfa. Le marché malien est approvisionné de ce côté à partir des plantations de Guéguédougou et Zérékoré. Et, les importateurs maliens ne sont pas victimes des mêmes tracasseries qu’ailleurs. Mais pour les connaisseurs les deux origines ne se valent pas. La colas ivoirienne est plus tendre, se conserve mieux et a meilleur goût que son homologue guinéen, souligne ainsi Dian Sidibé. Le marché installé sur l’emprise des rails à Medine et celui du nouveau marché d’Hamdallaye affichent actuellement les mêmes prix.

L’époque la plus propice aux ventes se situe à la veille du mois de carême qui concentre d’innombrables mariages. A ce moment, un commerçant peut écouler 3 à 4 paniers de noix de colas par jour sans compter les ventes au détail, assure notre interlocuteur. Mais aujourd’hui, déplore Dian Sidibé, il faut attendre un mois pour voir venir le premier client. C’est dire les problèmes que connaissent les commerçants de colas de « Woro cour ton ». Pour ne rien arranger, l’entrée du marché qui donne accès à la grande route passant devant l’hôpital Gabriel Touré, est fermée par un bâtiment en chantier. Pendant l’hivernage, le sol est détrempé et les vendeurs sont obligés de s’installer dans la boue. Leur commerce s’en ressent évidemment et le loyer qu’ils versent pour la location de leur espace devient une pilule amère. Le propriétaire de la cour pratique en effet un tarif salé : 7500 Fcfa le mètre carré.

Souleymane Doumbai

L’Essor du 31 Mai 2012