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De nos jours, la capitale malienne connaît une nette dégradation des infrastructures chèrement acquises à l’occasion de grands événements dont la CAN 2002 et le sommet Afrique-France de 2005.

Sans pouvoir véritablement rivaliser avec les grandes métropoles africaines, Abidjan, Lagos, Dakar, la ville de Bamako a connu ces dernières années une véritable mue.

Après les événements de mars 1991, des efforts considérables ont été consentis par les autorités du pays pour donner un visage appréciable à la capitale malienne qui était à la traîne sur le plan esthétique. Des monuments et bâtiments de diverses natures ont surgi des deux côtés du fleuve Niger. C’est surtout l’immense projet Mali 2002 exécuté par le président Alpha Oumar Konaré qui a donné des airs agréables à Bamako et aux principales villes de l’intérieur. Ainsi, plusieurs kilomètres de routes et des milliers de feux tricolores ont contribué à rendre plus agréable la circulation routière. Le sommet Afrique- France de Bamako, en décembre 2005, a renforcé les infrastructures existantes.

A la faveur de cet événement majeur, l’éclairage public de la ville a été totalement renforcé. Bamako était fièrement magnifiée par ses habitants, les revenants étaient dépaysés, et les nouveaux voyageurs succombaient aux charmes de la ville.

Mais hélas, ces derniers temps, le constat est amer : les infrastructures se dégradent. Et l’ampleur de cette situation est telle qu’il y a à se demander s’il y a véritablement des autorités pour assurer l’entretien des infrastructures, ou leur restauration. Il n’y a qu’à emprunter quelques routes principales ou secondaires pour cerner les abîmes. La rue promenade des angevins qui lie les quartiers de Bagadadji et Niaréla permet, par endroit, d’illustrer les dégâts. Surtout à la hauteur du passage à niveau qu’il est presque impossible d’emprunter.

Ensuite, la route qui dessert Djélibougou-Doumansana en passant par la radio Kayira et celle qui passe derrière les locaux de la Sotelma du quartier sont en état piteux. Les automobilistes et motocyclistes s’en rendent quotidiennement à l’évidence. Bien d’autres cas peuvent être évoqués pour justifier la flagrante dégradation des routes de Bamako. Dans la plupart des cas, il est presque impossible de rouler normalement. Si ce n’est de grands trous qui sont coupés ici, ce sont de nombreux ralentisseurs qui sont érigés là.

En somme, « les routes bamakoises sont abîmées, principalement par l’incivisme des populations » nous a confiés Amadou Konaké, le responsable de l’entretien routier à la voirie municipale. Outre cet incivisme, poursuit notre interlocuteur, d’autres raisons expliquent la dégradation des routes.

Il cite par exemple des tranchées qui consistent carrément à couper les goudrons pour des travaux dits d’intérêt public. Il y a aussi le cas des ralentisseurs ou « gendarmes couchés ». Si la réglementation est si stricte en matière de ralentisseurs, il faut reconnaître que la plupart des Bamakois n’en font qu’à leur tête au lieu d’en référer à la voirie qui agit selon les consignes établies par la mairie.

L’essentiel des Bamakois préfèrent louer les services de privés pour ériger de façon anarchique des ralentisseurs sans respecter les règles établies, dont l’indication par de panneaux de signalisation.

En plus, le domaine public est victime d’autres pratiques dont la circulation des gros porteurs, le manque de caniveaux et l’ensablement. C’est pourquoi les nombreuses routes construites et réhabilitées depuis 2002 sont dans un état piteux.

La plupart des routes goudronnées ont été faites à travers des conventions entre le Mali et la chine, arrivées à terme.

D’autres routes ont été faites à la suite du Projet de développement urbain et de décentralisation (Pdud) qui a fermé il y a deux ans. Depuis la fin de ces deux projets, et la refondation du service des Travaux publics (TP) qui a été érigé en Direction nationale de routes, les choses sont véritablement ralenties pour l’entretien et l’aménagement des infrastructures routières, nous apportent des sources. Qui ajoutent qu’il faut un transfert de fonds et de compétences entre les deux structures pour gérer la situation. Et dans la foulée, il y a eu l’Ageroute (Agence de gestion des routes).

Toutes ces mutations ont entamé les efforts d’entretien. Surtout que depuis la décentralisation, il n’ y a pas eu de dévolution de pouvoir entre le gouvernorat et la mairie de Bamako et les différentes mairies des communes. C’est surtout la municipalité de Bamako qui s’occupe de l’entretien des routes à travers les services d’entretien routiers de la voirie municipale. De nos jours, ceux-ci semblent confrontés à de grosses difficultés qui les empêchent de tenir leur rôle : trésorerie, manque de moyens matériels, station de préparation d’enrobe.

Alors, tant qu’il n’y a pas une volonté politique de la municipalité à renforcer la voirie, la dégradation des routes de Bamako va encore s’amplifier. Il se trouve qu’à un stade de la dégradation, il faut carrément une réhabilitation, ce qui relève de l’Etat. Il faut donc assurer l’entretien, encore que selon Hamed Baby, directeur régional des routes du District «la route en ville coûte cher; il faut 200 millions pour 1 km à raison des fossés et des dalles qui doivent l’accompagner ».

Le cas des éclairages publics et des feux tricolores

Il faut une plus grande implication du gouvernement pour appuyer, les autorités municipales. Celles-ci, d’après Bokary Diarra, le responsable du Bureau régional de contrôle technique et l’urbanisme (BRCTU) n’ont pas les moyens d’entretenir des infrastructures qui leur ont été confiées par l’Etat.

C’est le cas des éclairages publics et des feux tricolores de signalisation. Ces derniers n’ont cessé de se multiplier avec le nombre de plus grandissant de kilomètres de goudron. En réalité, depuis 1987 que Bamako a opté pour un plan de circulation en ville, une étude a été menée par des techniciens et approuvée par le Conseil du District. Dès lors, les nombreuses routes ont pu être équipées de feux tricolores. Malheureusement, depuis cette période, chaque trouble socio politique a eu son lot de dégâts au niveau des feux. Des milliers de feux ont été détruits occasionnant des pertes de plusieurs millions de francs.

Plus que l’ampleur de la perte matérielle et financière, les responsables du Brctu regrettent la perte de la cadence qui liait les feux de Bamako. « Notre capitale était l’une des rares en Afrique dont les feux de signalisation épousaient les cadences dignes d’une capitale européenne. En empruntant par exemple, le boulevard de l’indépendance au rythme de 40 km/h, l’on était sûr de passer les différents feux sans être stoppé au rouge » a constaté Bokari Diarra. Malgré un calme maintenant au niveau social, il convient de signaler qu’à chaque menace, il faut déposer les feux pour les reposer plus tard, ce qui ne se fait pas sans dommage.

En feux tricolores, Bamako s’équipe par les différents projets Pdub qui ont équipé 15 carrefours, et 3 ont été équipés par la coopération décentralisée avec du matériel de seconde main. Les destructions de feux ne s’expliquent que par l’incivisme, (encore !) des populations.

De même, les éclairages publics sont victimes, en plus de l’incivisme, du vol. La plupart des éclairages publics qui ne fonctionnent pas sont le fait de câbles volés par des individus. C’est pourquoi, beaucoup de lampes des poteaux du boulevard de l’indépendance et des routes qui mènent à l’aéroport sont éteintes.

Même la route principale qui mène à Koulouba n’est pas totalement éclairée. Les autorités municipales s’organisent progressivement contre le vandalisme. Elles comptent sur l’implication de toute la population pour réussir.

Par endroit, les autorités municipales ont préféré sélectionner des poteaux à allumer pour réduire les coûts de la maintenance. Les charges de la maintenance reviennent exclusivement à la mairie de Bamako. L’Etat s’occupe et investit seulement pour l’équipement.

De tout ce qui précède, il ressort que la tâche revient au maire central Adama Sangaré et à l’équipe dirigeante de la municipalité de s’investir pour donner un visage plus soigneux à Bamako.

Souleymane Diallo

03 décembre 2007.