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La visite guidée de certaines installations dans la capitale a permis aux invités de faire une idée des problèmes auxquels la société est actuellement confrontée. La direction compte mobiliser 
2.300 milliards de Fcfa pour y faire face
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L’Énergie du Mali (EDM-SA) a ouvert mercredi ses portes aux consommateurs pour leur permettre de s’imprégner de la problématique du sous-secteur de l’électricité et des contraintes d’exploitation auxquelles la société est confrontée en ce moment. La visite de terrain organisée à cet effet était guidée par les directeurs des différents postes des sites de la société nationale d’électricité, en présence du directeur général, Oumar Diarra.

La visite a commencé par le poste de Balingué, construit dans les années 80. C’est un site stratégique dans le dispositif d’alimentation en électricité de la ville de Bamako. Le site abrite également le poste d’arrivée de Sélingué. Il est équipé de transformateurs abaisseurs alimentant des départs moyenne tension en 30 et 15 KV ravitaillant la zone Est de Bamako en allant à Koulikoro. Balingué, c’est aussi la centrale thermique BID au fuel lourd. Construite en deux phases, la première est composée de quatre groupes d’une capacité de 10 MW chacun.

La deuxième comprend deux groupes d’une puissance de 10 MW chacun, explique le directeur adjoint du pôle technique. Le cumule fait une puissance totale installée de 60 MW, a indiqué Mahamadoun Guindo. 
Sur place, la délégation a aussi visité la centrale thermique DEUTZ. Opérationnelle depuis 2000, elle est équipée de quatre groupes dont trois de 6 MW chacun et un de 5 MW, soit une énergie totale de 23 MW. Le site de Balingué, expliquera le directeur adjoint du pole technique, impacte l’ensemble du système électrique du réseau interconnecté. Un de ces problèmes est la pollution qui endommage les équipements électriques.

De Balingué, les visiteurs ont mis le cap sur le site de Sirakoro qui date de 1990. Il est constitué d’équipements recevant l’énergie en provenance de Sélingué, Manantali et de la Cote d’Ivoire, avant de ravitailler d’autres postes. Un transformateur y a été installé pour faire face à l’expansion de la ville. Ce transformateur alimente une grande partie de l’Est de la rive droite de Bamako, l’axe Baguineda et Sanankoroba, a souligné Mahamadoun Guindo.

En cours de réalisation à Sirakoro, le chantier du Projet de construction clés en mains d’une centrale thermique de 100 MW fonctionnant au fioul lourd avec ses ouvrages d’évacuation a également reçu les visiteurs. Il entre dans le cadre du renforcement des moyens de production de la société Énergie de Mali (EDM-SA). 

Cela, afin de pouvoir satisfaire la demande sans cesse croissante en énergie électrique, conformément au Plan directeur des investissements optimaux du secteur 2016-2035. 
Pour ce faire, le gouvernement a obtenu, dans le cadre d’une intervention d’urgence, un financement d’environ 100 milliards de Fcfa auprès de la Banque islamique de développement (BID), selon une note d’information remise à la presse.

La visite a pris fin à la centrale thermique de 20 MW de Balkou, à Sotuba. Son installation s’inscrit dans le cadre des mesures d’urgence prises par la direction générale pour faire face à l’augmentation de la demande en période de forte chaleur. Il s’agit notamment de l’amélioration de l’alimentation en électricité des quartiers Est de Bamako.

À la fin de ce périple, le directeur général de l’EDM-SA a accordé une interview à la presse dans laquelle il a expliqué l’objectif de journée portes ouvertes.
«Nous avons constaté avec intérêt la réaction des clients qui n’étaient pas satisfaits de nos services. Nous avons décidé d’organiser cette journée portes ouvertes pour expliquer les raisons qui nous amènent des fois à ne pas pouvoir assurer la continuité des services aux abonnés», a déclaré Oumar Diarra. 
Pour le patron de l’EDM, deux causes principales ont été identifiées par une étude diagnostique conduite à cet effet. 

La première est l’approvisionnement en hydrocarbure des centrales dont 85% était, en 2020, porté par un seul fournisseur qui n’arrivait pas à assurer le service. Un appel d’offres a été lancé pour permettre à plusieurs fournisseurs de prendre le relai en cas de défaillance constatée de la part du fournisseur principal. Ainsi, ce problème a été résolu en 2021, a-t-il expliqué. La deuxième, considérée comme l’une des causes fondamentales du délestage, était le transit sur nos maisons, les réseaux électriques, de transport, de distribution et répartition. «Nous avions anticipé sur ces problèmes connus».

La demande la plus forte sur le réseau de l’énergie du Mali se situe autour de 400 MW, en période de très forte chaleur. Sur lesquels, 100 MW sont livrées de façon contractuelle dans le cadre du Système d’échanges d’énergie électrique Ouest Africain (en anglais : West african power pool, WAPP) de la Cedeao, explique Oumar Diarra. L’interconnexion avec la Côte d’Ivoire intervient dans ce cadre. Le Mali enlevait près de 30 MW auprès de ce pays frère de 2012 jusqu’en 2014. Il a atteint 100 MW en 2019-2020, soit le quart de la consommation du Mali en période de pointe. La Côte d’Ivoire a failli, d’où la situation actuelle, a déploré le patron d’EDM. 

«Pour y faire face, d’ici huit mois, nous déploierons une puissance entre 150 et 200 MW pour suppléer les éventuels problèmes que nous pouvons avoir sur nos lignes d’interconnexion, donnant ainsi une sécurité énergétique au Mali», a promis le directeur général. Il a annoncé que la société compte mobiliser 2.300 milliards de Fcfa pour moderniser les outils de travail, comblant ainsi le déficit d’investissement, dont souffre le secteur. Sur cette somme annoncée par le ministre en charge de l’Énergie, 1.300 milliards de Fcfa seront mobilisés dans le cadre du partenariat public-privé. C’est-à-dire, des privés vont produire de l’énergie pour la revendre à EDM. 

500 milliards de Fcfa dont les clauses financières sont bouclées, seront déboursés par des partenaires comme la BOAD, la BAD, la BID. Il reste à chercher 499 milliards de Fcfa qui seront mobilisés sur la place de Bamako à la faveur d’une table ronde des investisseurs qui «semblent nourrir un grand intérêt pour le secteur», a assuré Oumar Diarra. 


Fadi CISSÉ

Source: L’Essor