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Pour rallier la Guinée-Conakry à partir de Bamako, il n’y a qu’une seule gare : Djikoroni-para ; un seul moyen de transport : des vieux taxis 505 d’une autre époque.

Quand vous prenez le ticket, le convoyeur insiste sur l’heure de départ : 5 h du matin pour le premier véhicule de la journée. Mais, ce jour-là (mardi 22 juin), ce n’était qu’à 6 h 30 que le taxi à destination de Conakry a démarré. A bord, dix personnes (2 personnes à côté du chauffeur, 4 sur le siège du milieu, 3 sur le siège de derrière et une personne dans le coffre !

Les habitués réservent les sièges plus confortables. En effet, c’est au moment de prendre le ticket qu’on doit choisir le siège que l’on désire occuper. Le siège du milieu est inconfortable et les passagers s’excusent très souvent parce que emboîtés comme des sardines et étouffés.

Sorti des embouteillages monstrueux le long des routes urbaines de Bamako et après y avoir pris une forte dose de poussières, le passager, sous un soleil de plomb, peut lancer un ouf de soulagement temporaire au sortir de Sébénikoro.

Sur la route Bamako-Kourémalé, les passagers peuvent contempler, comme ils le disent souvent les touristes, la nature. Mais quelle nature ?

Quel paysage ?

Au poste de Kourémalé, à plus 20 km de la sortie de Bamako, une vue panoramique de montagnes crève l’œil. En cet endroit, la nature de part et d’autre du trajet, présente un beau paysage avec presque toutes les caractéristiques géographiques du Mali.
A Kourémalé, commence la vérification des pièces (carte d’identité, carnet de vaccination). Ensuite à l’entre de la Guinée le même contrôle se répète.

 » Pièces complètes, rien à reprocher ». L’agent de contrôle demande avec gentillesse que le numéro de la carte soit écrit sur le carnet de vaccination.

Il y a moins de tracasseries à ce niveau, à part le dédouanement des marchandises à des prix discutables. Ces petits détails prennent du temps (2 h environ) sans pour autant être ennuyants.

Libéré aux environs de 10h par la douane, le passager reprend la route dont l’état relativement bon lui permet de rallier rapidement Siguiri où le taxi perdra beaucoup plus de temps, car dans cette ville le chauffeur va rencontrer de vieux amis.

Mais le pire, c’est le trajet Dabola-Mamou sur une distance de 149 km. Sur ce tronçon, il n’y a que des « bouts de goudron » et des trous béants. Dans les localités de Dabola, Mamou, Kindia, en passant par les petits villages, les porteurs d’uniforme font leur apparition en groupe. Dispersés partout, ils obligent le passager à descendre du véhicule et à marcher plus d’un kilomètre. Étaient-ils là pour un contrôle ? Non ! Selon l’un d’eux, c’est pour assurer la sécurité des voyageurs en cette période des élections.

Au bord de la route, des vendeurs de charbons sont installés et disposent d’au moins d’une centaine de sacs remplis de charbon proposés à la vente. Il y a aussi du bois de chauffe autour des habitations. Et cela n’est pas étonnant, car dans ces contrées la principale activité est la vente du charbon et du bois de chauffe.

L’insécurité routière

La prudence est recommandée à l’étranger une fois la nuit tombée. Les chauffeurs se regroupent pour faire un convoi parce que le trajet Mamou-Kindia, long de 130 km, est présumé dangereux. Aux dires de chauffeurs, beaucoup de voyageurs ont été victimes d’attaques à mains armées et dépouillés de leurs biens. Dès lors, personne n’ose emprunter, seule, ce trajet la nuit.

A 2 h du matin, nous étions à la porte d’entrée de Conakry, où il faut passer la nuit au transit et dans les taxis. A partir de minuit, interdiction est faite d’entrer à Conakry. Des vigiles interpellent et exigent les pièces. « Y a-t-il des Maliens parmi vous ? Si oui donnez-moi vos cartes et envoyez-moi 10 000 francs guinéens sans discussion », lance un agent en uniforme.

La campagne sur la route

A l’entrée des villes de Conakry, les militants de certains partis politiques se tenaient au bord de la route pour sensibiliser les voyageurs à voter pour leurs candidats. Ces militants agressifs étaient prêts à agresser quiconque prononcera le nom d’un candidat différent du leur. La seule manière pour ne pas être agressé était de crier avec eux pour pouvoir passer tranquillement. Guinéen ou pas, vous avez intérêt à vous soumettre à leur volonté.

Descendu au Grand marché de Madina, un endroit particulièrement sale. De là, je décide de me rendre au journal « Le Lynx », située à Kaloum, au centre ville. En compagnie de mon guide et de mon logeur, je me rends sans difficulté à la rédaction.

Au journal « Le Lynx »

Je suis accueillie par le directeur de publication et confiée au chef du desk politique. Après prise de connaissance, une journée dure s’annonce. Sidya doit entrer de campagne, on doit y aller. Juste après, la Céni anime une conférence de presse à la Maison de la presse. Et à 19 h, retour à la maison.

En compagnie de mon logeur, nous avons emprunté le taxi (déplacement à 45 000 F GNF) en direction de Lambanyi, un quartier de Conakry. A bord, les Peuls, rien que cette langue qui est parlée dans le taxi. Partout on entend que des langues différentes (peul, malinké, soussou, etc). Je me suis mise à faire une comparaison en disant qu’au Mali qu’il n’y a une langue commune, le bambara que tout le monde comprend.

La circulation moins dense, pas assez de motocyclistes, rien que les voitures de service, personnels et les transports en commun, contrairement à Bamako. Selon mon logeur, il y n’a pas de place pour les motocyclistes sur le goudron. Effectivement, sur la voie principale, aucune place n’a été réservée aux motos.

La nuit tombe. Nous sommes dans l’obscurité. J’avais été informée qu’il n’y a pas de courant mais je n’y croyais pas, car une ville renommée comme Conakry sans courant me semblait impossible. Et pourtant…

Anne-Marie Kéita

23 Juillet 2010.