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Cherté de la vie, pouvoir d’achat, Ecole, crise du Nord… le secrétaire général de l’UNTM, Siaka Diakité, fustige le comportement de l’Etat et lance un avertissement. Si le gouvernement ne renoue pas le dialogue social, la centrale syndicale va reprendre les grèves, les marches et les meetings de protestation. Il s’est attaqué aux rapaces de l’économie bénéficiant des exonérations tels que Bakorè Sylla, Modibo Keïta et Chérif sans que celles-ci aient une incidence positive sur la vie du citoyen.

Le Premier ministre Modibo Sidibé est dos au mur. Les dossiers s’accumulent dans ses tiroirs et prennent beaucoup de peine à être posés sur la table des négociations. De manoeuvres dilatoires en fuite en avant, le gouvernement s’est mis dans une situation où il bloque les dossiers urgents du pays en n’appliquant pas un protocole d’accord qu’il a cautionné. C’est donc au terme d’amères déceptions, a indiqué le secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), que le bureau exécutif de la centrale syndicale a organisé une conférence de presse, hier, à la Bourse du travail.

Le thème de la conférence de presse portait sur le suivi du protocole d’accord ; la situation de certaines grandes entreprises ; la crise du Nord et les problèmes de l’école. Concernant le protocole d’accord du 18 juillet 2007, le secrétaire général de l’UNTM a indiqué qu’il y aura bientôt un an que les évaluations successives qui en ont résulté marquent ici et là quelques manifestations d’intérêt à s’interroger sur la pertinence de la démarche entreprise en vue d’éteindre le processus de mise en œuvre de l’accord.

Il a soutenu : “si des efforts importants ont été accomplis au grand dam du contribuable en matière d’augmentation de salaire et de diminution de l’impôt sur les traitements et salaires pour préserver le pouvoir d’achat et d’indemnisation des partants volontaires à la retraite, les exonérations mal réfléchies que l’Etat accorde à quelques uns, dont on ne sait selon quels critères pour favoriser certains équilibres de base qui pressurisent moins les consommateurs en leur donnant leur dignité par rapport à l’accès aux produits de première nécessité, ouvrent une période de désenchantement économique profitable uniquement à un groupuscule d’individus rapaces et avides de gains honteusement acquis”.

Parmi ces rapaces, il a nommément cité Bakoré Sylla, PDG de GGB, Modibo Keïta, PDG de GDCM et Chérif.
Il a précisé que 2,5 milliards ont été mis, depuis vendredi, à la disposition des partants volontaires à la retraite. Au demeurant, le secrétaire général de l’UNTM a martelé que la centrale fait face à une violation pure et simple du dialogue social et reste confinée dans le cercle vicieux d’une crise lancinante. Le forum tenu à leur initiative sur les produits de première nécessité, a-t-il dit, tarde à connaître les succès attendus de ses justes recommandations. Le bureau exécutif de l’UNTM déplore le manque de suivi de ce forum.

Le conseil national des prix qui devait voir le jour le 31 mars n’est pas mis en place. Siaka Diakité précise que des réunions du comité de suivi se tiennent tous les vendredi à la primature sans que l’UNTM y soit conviée. Sur le 2ème point du protocole d’accord relatif aux arriérés de salaires, indemnités de licenciement et fonds de réinsertion concernant notamment les compressés, le gouvernement continue de faire du dilatoire après avoir annoncé qu’il allait résoudre ce problème. Le secrétaire général a signalé que tous les jugements à caractère exécutoire devaient être exécutés. Il a souligné que le règlement du point 3 relatif à la baisse du prix des factures d’eau, d’électricité, de téléphone et des hydrocarbures se trouve compromis par des arriérés d’un montant de 20 milliards que doit l’administration à EDM.

Les dossiers relatifs à la relecture des différentes conventions collectives, aux contractuels qui devraient être intégrés à la fonction publique et ceux de l’augmentation des allocations familiales pour les enfants sont mis en instance. Il est donc aisé de comprendre, a souligné Siaka Diakité, l’amère déception que la centrale ressent sur le silence qui entoure voire absorbe les autres points du protocole d’accord et le caractère dubitatif des réponses, en dépit de leurs propositions de solutions. La situation économique décrite par le bureau exécutif de l’UNTM est alarmante.

Notre passage rapide dans certaines grandes entreprises de notre pays, a dit le secrétaire général de l’UNTM, nous a administré la preuve de l’insensibilité des pouvoirs publics à les aider à sortir du marasme auquel elles sont exposées. Ceci peut expliquer l’intention réelle de faire sauter ou disparaître des entreprises phares au profit de multinationales, aggravant ainsi l’extraversion de notre économie et notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Nous continuons ainsi de consommer ce que nous ne produisons pas et de produire ce que nous ne mangeons pas. C’est une politique mortelle pour notre développement, au moment où tout nous commande de prendre des initiatives”.

La CMDT, a-t-il signalé, se rétrécit comme une peau de chagrin et vit dans la tourmente, sous haute perfusion par le trésor public et sa gestion en terme de productivité est aléatoire. Si la privatisation s’impose, l’UNTM propose comme alternative la mise en œuvre du plan social 2003 de la CMDT car elle est convaincue que les privés ne peuvent intervenir sans procéder à des licenciements. Siaka Diakité a soutenu que l’Huicoma-SA risque de mettre la clé sous le paillasson malgré la convention passée entre elle et la CMDT et les lourds investissements du repreneur qui manque crucialement de matières premières qui lui sont refusées délibérément.

La Sotelma, a ajouté le secrétaire général de l’UNTM, virevolte et cherche son ancrage dans une privatisation incertaine à cause du poids de ses créances dont certains débiteurs en sont ses démembrements. Si jamais des dispositions ne sont pas prises, a-t-il affirmé, les licenciements des travailleurs déjà en cours pour motif économique connaîtront leurs cours dramatiques. Il a laissé entendre qu’il faut créer des richesses et les solutions sont à notre portée. Concernant l’école, Siaka Diakité a déclaré : “l’école est malade. Nous avons révélé que la démission de ceux qui ont la charge d’administrer l’école s’étale manifestement à la face des Maliens et que le désordre profite au privé dont les cours ne connaissent aucune perturbation alors que le public s’étiole peu à peu mais sûrement”. Il a préconisé le dialogue vrai de tous les acteurs pour parvenir à un compromis honorable.

L’UNTM a rappelé sa position par rapport au conflit du Nord. Elle avait demandé une large information des populations sur ce dossier. Chaque Malien, selon la centrale, devait donner son point de vue. Il a fait savoir que l’ambivalence du discours politique perturbe la compréhension de la problématique sécuritaire. On ne connaît pas, a-t-il précisé, les dispositifs sécuritaires prises pour le Nord et il y a des risques de répercussions sur l’ensemble des populations. Toujours est-il que l’UNTM reste fidèle aux accords initiaux d’Alger qui seuls, selon elle, les engagent et garantissent la sécurité des citoyens.

En conclusion, Siaka Diakité a indiqué que cette conférence de presse est un signal voire un avertissement. En effet, la centrale syndicale brandit l’arme de la grève générale, des meetings et des marches de protestation. Une arme destinée à pousser l’Etat à sortir de son inertie. La centrale prend l’opinion publique nationale à témoin afin que chacun “soit mis au pied de ses responsabilités”.

Baba Dembélé

1er avril 2008.