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La baisse de niveau de nos élèves a toujours été l’objet de discussions houleuses entre concitoyens. Et tout le monde s’accorde à dire avec force que les enseignants en sont les seuls responsables. Il est très facile de s’accuser mutuellement. La Fontaine, cet écrivain français, n’a-t-il pas dit «qu’on se voit d’un autre oeil qu’on ne voit son prochain»

La baisse de niveau de nos élèves est un fait réel, connu de tout le monde. Mais, à qui la faute ? La question se pose. Cependant, on peut admettre, sans fausse honte, que les enseignants ont une grande part de responsabilité, parce qu’ils sont chargés d’enseigner et d’éduquer les enfants, cadres de demain.

Quant à moi, étant enseignant de profession, je pense que cette responsabilité se situe à cinq niveaux les parents, les élèves, les enseignants, le département de l’Education et la société civile. Il peut y en avoir d’autres, certainement.

1- Les parents

L’éducation de l’enfant commence par la famille. Avant l’âge scolaire, puis pendant la scolarité, la mentalité enfantine a été façonnée, imprégnée, dominée par une certaine conception de la vie, qui est celle du milieu familial. C’est une véritable collaboration qui doit s’établir entre le père de famille et le maître, pour l’éducation de l’enfant à l’âge de la scolarité.

Le père confie son enfant au maître d’école, celui-ci doit donc rendre compte de son mandat, non seulement à l’Etat, dont il est le délégué, mais aussi au père et à la mère de famille, qui lui ont fait confiance. Cette franche collaboration existe-t-elle de nos jours? La question est posée.

Premiers éducateurs des enfants dans la famille, la plupart des parents ont fui leurs responsabilités. Une fois l’enfant inscrit à l’école, les parents jettent l’éponge, le reste est l’affaire du maître. L’école devient ainsi une garderie d’enfants pour eux. Rares sont les parents qui viennent à l’école s’informer sur les résultats scolaires de leurs enfants.

Le manque de suivi de l’enfant à l’école et à la maison (assiduité, travail, conduite, relation avec les maîtres) est monnaie courante et laisse à désirer. Les enfants sont, de ce fait, abandonnés à eux-mêmes, sans surveillance, d’où l’éclosion de la délinquance juvénile, ce mal du siècle.

Les parents ne peuvent plus les maintenir à la maison, surtout la nuit, pour qu’ils apprennent leurs leçons ou qu’ils traitent des devoirs. Quant aux filles, les travaux domestiques, non dosés, gênent leurs études.

Les parents ne viennent à l’école que lorsque leurs enfants font l’objet d’indiscipline caractérisée, de menace de redoublement ou d’exclusion. Certains parents vont jusqu’à se demander pourquoi envoyer les enfants à l’école, alors qu’on est sûr qu’ils n’auront pas d’emploi à la fin de leurs études. On ne va pas à l’école pour devenir forcément fonctionnaire. Il n’y a pas de sot métier.

Convenez avec moi que cette démission des parents, qui n’attendent que les examens et concours pour corrompre certains surveillants qui ignorent la noblesse de leur mission, est aussi facteur de baisse de niveau de nos élèves.

2 – Les élèves

Abandonnés à eux-mêmes par les parents, certains élèves ont pris goût aux plaisirs de la rue. De ce fait, à la maison, point d’étude, d’apprentissage de leçons, d’exercices à faire, à fortiori de lecture, discipline dominante, moyen de culture et instrument de distraction.

Les études ont fait place aux thé-clubs, au cinéma, à la télévision, aux concerts, aux plaisirs malsains. En classe, les enfants sont présents de corps, mais absents d’esprit. Et pourtant, ils ne doivent pas ignorer que l’élève doit sortir de la classe en ayant compris et rentrer en classe en ayant appris. A l’approche des examens, mille et une idées se pourchassent dans leur esprit sur la manière de tricher.

Les élèves doivent s’adonner uniquement et entièrement à leurs études, éviter les abandons de cours, les grèves inutiles et les violences. Ils doivent comprendre que les années blanches jouent sur leur scolarité, leur âge et leur orientation dans les différents ordres d’enseignement. Les parents et l’Etat y perdent énormément.

3 – Les maîtres

Le rôle du maître est double: d’une part, transmettre à l’enfant les premiers éléments et instruments de la connaissance; d’autre part, faire son éducation, c’est-à-dire lui apprendre à devenir un homme, tâche très délicate. Savoir ne suffit pas. Il faut savoir enseigner, c’est-à-dire communiquer à autrui ce que l’on sait, mais d’une manière ordonnée, claire, convaincante, en adoptant la forme, le ton, le geste à la compréhension de l’auditoire, en dosant la qualité et la quantité selon son niveau.

En procédant autrement, le maître met en jeu sa responsabilité vis-à-vis des parents et de l’Etat. Aujourd’hui, la plupart des enseignants n’ont pas la vocation, qui comprend trois éléments: l’amour de l’enfance; l’amour de l’idéal que l’on conçoit pour elle et la volonté de lui communiquer la flamme.

Ils sont venus au Corps parce qu’ils n’ont pas eu le métier de leur choix. L’enseignement n’est donc qu’un gagne-pain pour eux. Or, l’adage dit «On ne fait bien que ce qu’on aime».

La baisse de niveau des élèves passe également par:
– des fiches de préparation superficielles et insuffisantes, datant de plusieurs années et ne tenant pas compte du niveau des élèves de l’année en cours;
– la routine: faire aujourd’hui comme hier et demain comme aujourd’hui, laisse à désirer;
– la notation sommaire des devoirs, dont l’élève ne tire aucun profit;
– l’irrégularité ou la nonchalance dans le travail et;
– l’omission de la correction des devoirs.

Le plus grave, il faut le dire, est que certains enseignants ont abusé de familiarité avec leurs élèves, qui deviennent pour eux des camarades, et j’en passe! Maîtres et élèves se retrouvent, se côtoient dans des maisons de plaisirs. Cela n’engendre que l’absence totale de respect pour le maître. Il faut savoir se remettre en cause.

En se laissant corrompre par certains parents, en remettant les sujets traités aux candidats dans les salles d’examen, non seulement on n’honore pas le corps enseignant, mais, aussi et surtout, on fournit à l’Etat de piètres cadres pour demain. Le maître est le guide intellectuel, moral et social de la collectivité qui l’entoure. Et cela lui confère une dignité, une autorité et des devoirs qu’il ne saurait méconnaître. La non évaluation et la rétention des notes ne l’honorent pas.

4 – Le Département de l’Education

L’insuffisance des salles de classes ayant entraîné des effectifs pléthoriques (plus décent élèves par classe), le travail du maître est devenu très pénible et moins efficace. Cela a eu pour conséquence la double division et la double vacation, qui sont nuisibles à l’étude.

Avec la fermeture des Instituts de Formation des Maîtres (IFM), le Département a été obligé de recruter massivement des maîtres contractuels, des maîtres volontaires, des vacataires de tout bord, qui n’ont pas la vocation de l’enseignant, en dépit de la formation accélérée qu’ils ont reçue.

La culture générale de certains laisse à désirer. Beaucoup de bons maîtres professionnels ont opté pour la retraite par anticipation. L’organisation des stages et séminaires, en plein cours d’année, les fréquentes et multiples réceptions officielles qui exigent l’arrêt des cours, jouent énormément sur l’état d’avancement des programmes scolaires.

De multiples et nouvelles méthodologies se sont succédées, à un rythme effrayant, parfois même avant terme et sans être évaluées. Et les maîtres, formés à la hâte, dispensent un enseignement qu’ils n’ont pas eux-mêmes bien digéré. Loin de moi l’esprit de remettre le système en cause! Mais il va sans dire que cet état de fait a beaucoup pesé sur le niveau intellectuel de nos élèves.

5 – La société civile

Avec la multiplication et la diversité des moyens de distraction et le changement des mentalités, suite à la démocratie, les films, les cassettes vidéo, certaines rubriques de la télévision, les journaux, les revues ne sont plus censurés. On assiste à toutes sortes de dépravation des mœurs.

L’enfant, naturellement imitateur, est devenu voyou, sous le regard indifférent et impuissant des adultes. Ce qui était faisable hier ne l’est plus aujourd’hui. Personne n’ose plus prendre le risque de corriger l’inconduite de l’enfant d’autrui dans la rue, sous peine de sanction. Les enfants s’en donnent à cœur joie, au lieu de s’occuper de leurs études.

Pour rehausser le niveau intellectuel des élèves, il faudra absolument que chacun (parents, élèves, maîtres, département et société civile) prenne ses responsabilités et joue pleinement son rôle d’avant-garde sans réserve, en luttant contre la délinquance juvénile et en favorisant l’éclosion de bonnes habitudes chez tous les enfants.

Platon, philosophe grec du 4ème siècle avant J.C. disait: «Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque, finalement, les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie».

Abdoulaye DIARRA Conseiller Pédagogique en retraite à Markala

18 Mars 2008.