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Ibrahim Ag Bahanga, le chef de l’Alliance Nord Mali pour le Changement (ATNMC), s’adosse-t-il sur la Libye du Colonel Mouammar El Kadhafi pour lancer des défis aux autorités de Bamako ? Bahanga est en Libye où il met la pression sur les autorités maliennes qu’il veut obliger à venir négocier le sort des 4 officiers maliens, otages des rebelles. Au même moment, la diplomatie libyenne ne cache plus son intention à se faire de la place dans le dossier du nord Mali malgré la présence de la médiation algérienne.

Il apparaît clairement dans le communiqué produit par le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga qu’il veut utiliser les otages militaires au nombre de quatre officiers pour imposer au Mali, la médiation libyenne. Le rebelle adossé sur la Libye ne laisse aucun choix aux autorités maliennes. La médiation libyenne est à prendre ou à laisser.

« Si dans les jours qui viennent, les autorités maliennes ne répondent pas à notre invitation de dialogue, elles assumeront ce rejet de dialogue qui pourrait avoir des répercussions graves sur le terrain ». En précisant la forte présence de leur mouvement sur « l’ensemble des régions du Nord Mali » et en menaçant « de saisir et de prendre à témoin une fois de plus la communauté internationale et les partenaires du Mali de cette politique de dupes qui consiste à remettre au lendemain tout espoir de réconciliation et de développement », l’auteur du communiqué ne fait allusion qu’à l’usage des armes pour plonger à nouveau le nord du pays dans une situation de conflit fratricide.

Cette menace de Bahanga et ses éventuelles actions armées au nord de notre pays se font-elles avec les bénédictions du colonel Kadhafi ? Sinon comment comprendre que le chef rebelle prenne sa retraite en Libye pour lancer des défis aux autorités maliennes ? « Si tu vois le moineau insulter l’aigle pêcheur, tu trouveras qu’il a un refuge chez l’autruche », selon un adage de chez nous.

Alors que la médiation algérienne avait réussi à mettre ensemble tous les groupes rebelles sous la couverture de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le Changement (ADC), Ibrahim Ag Bahanga qui avait donné son accord se rebiffe, le temps d’une visite chez le Guide libyen. Ce pays, la Libye qui n’est pas voisin du Mali, ne cache plus ses intentions de tordre le cou à la médiation algérienne au profit de la sienne propre.

Alors Ibrahim Ag Bahanga accepte l’instrumentalisation de la rébellion pour favoriser un impérialisme libyen dans la bande sahélo-saharienne. Et du coup, il cherche à mettre en mal la médiation algérienne et refuse de reconnaître la représentativité de celui qui a toujours représenté la rébellion depuis la signature de l’accord d’Alger le 4 juillet 2006. « Nous informons que les personnes résidant à Bamako entre autres le député ancien porte parole de l’Alliance Démocratique ne peuvent nullement parler ou négocier en notre nom », poursuit Bahanga. Il ne s’agit ni plus ni moins que du porte parole Hamada Ag Bibi.

Oubliant que c’est une intense activité de la médiation algérienne en amont qui a permis la libération des 44 militaires au mois de septembre, Bahanga indique qu’il se trouve en Libye « sur initiative des autorités libyennes pour relancer, pour aider à une sortie de crise entre nous et les autorités maliennes ». Il veut un dialogue politique et il veut se donner le moyen de ce combat en se barricadant en Libye. Alors la question du rôle et de la place de la Libye du Colonel Kadhafi dans la rébellion malienne doit se poser et les réponses sont à rechercher avec lucidité.

B. Daou

15 Octobre 2008