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Une fille de 15 ans est retrouvée morte à Yilimalo, un hameau de culture de Soubala dans la commune de Koundian – cercle de Bafoulabé. Son corps est suspendu au bout d’une corde fixée à un arbre. Le geste suicidaire serait consécutif à un mariage forcé. La victime  lors de l’autopsie, les médecins légistes observent, comme cela est classique en cas de pendaison, un sillon typique ascendant sur le cou. Celui-ci est associé à une fracture du larynx et à des signes d’asphyxie : cyanose (rougeur de la face), hémorragies du blanc de l’œil.

L’adolescente avait été flagellée malgré ses supplications. Des gens qui ne voulaient rien entendre de ses explications l’ont conduit de force chez son mari quelques jours avant le drame. Cinq personnes sont aux arrêts.

Les normes sociales locales au Mali influencent largement les logiques d’acteurs mobilisées dans les trajectoires matrimoniales des adolescentes. Dès la puberté, une fille non mariée est considérée comme une célibataire pour laquelle un conjoint est souhaitable et, passé 15 ans, cette situation est perçue comme constituant un problème. Durant l’adolescence, la principale crainte des parents est que leur fille puisse tomber enceinte hors mariage. En effet, l’idéal de virginité est loin d’être réalisé dans la pratique.

La présence d’« enfants naturels » dans les familles est perçue comme une grande honte, d’autant plus que la honte est un régulateur social majeur, lié au regard des proches. Le terme de « bâtard » reste une injure grave. En même temps, l’avortement est moralement condamné, en particulier en raison du poids de la religion.

Il en résulte que plus une adolescente  est mariée tôt, plus le risque d’une grossesse hors mariage s’éloigne. Face aux difficultés économiques mais aussi morales de prise en charge d’une fille-mère et de ses enfants au sein du foyer familial, le mariage apparaît comme la meilleure solution aux yeux des parents.

Le mariage des enfants est l’un des majeurs défis au Mali. Il nuit gravement à l’éducation, la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive, et le développement général des adolescents et des jeunes.

Et l’éducation est un outil particulièrement efficace pour empêcher le mariage des enfants, dans la mesure où l’éducation des filles, en particulier dans le secondaire, est fortement corrélée à des mariages plus tardifs

Source: L’Informateur