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L’Afrique croit à un redressement après avoir vu sa croissance « laminée » par la crise mondiale, mais s’est inquiétée des répercussions de la tourmente actuelle en Europe, à l’ouverture jeudi à Abidjan des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

jpg_jean-bad.jpgEn pleines turbulences de la zone euro, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, a confié sa « préoccupation causée par l’évolution inquiétante de la situation en Europe, suite au déséquilibre financier de la Grèce et à la fragilité d’autres pays européens ».

« Nous devons rester vigilants pour veiller à ce que ces soubresauts dans les économies industrialisées n’affectent pas gravement une fois de plus nos pays, et ne compromettent le redressement que nous espérons voir se concrétiser cette année », a-t-il dit, plaidant pour un renforcement de l’intégration des économies africaines.

« L’économie mondiale donne des signes de redressement mais son évolution demeure incertaine », a souligné aussi le président de la BAD, Donald Kaberuka, évoquant les « déficits records » et la « crise de la dette publique ».

Il s’est toutefois réjoui que « la plupart des pays africains (aient) échappé à une longue et profonde récession », grâce à leur « capacité de résistance ».

Selon un rapport publié lundi par la BAD et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la croissance sur le continent devrait rebondir en 2010 et 2011 (4,5%, puis 5,2%) après avoir été « laminée » (2,5%) en 2009 par la crise mondiale.

Cette perspective dépend toutefois de la poursuite de la reprise mondiale et du maintien des cours du pétrole et des autres matières premières.

Prévues jusqu’à vendredi, les assises doivent reconduire le Rwandais Kaberuka à la tête de la BAD, et se prononcer sur le projet d’augmenter de 200% le capital (33 milliards USD actuellement). Ce serait une « mesure historique », selon le président de la banque.

Mais les 45e assemblées annuelles de la BAD ont aussi été l’occasion de retrouvailles, dans l’enceinte de l’hôtel Ivoire, symbole du « miracle ivoirien » des années 1960-70 partiellement réhabilité.

La Côte d’Ivoire a ainsi renoué avec une institution dont le siège lui a été provisoirement ravi par Tunis début 2003, après l’éclatement de la grave crise politico-militaire ivoirienne de septembre 2002.

Entouré de ses homologues malien Amadou Toumani Touré, béninois Boni Yayi et togolais Faure Gnassingbé, le président Laurent Gbagbo n’y est pas allé par quatre chemins.

« Le temps est venu pour la BAD de revenir à Abidjan », « à la maison », a-t-il exhorté, sous les applaudissements de plus d’un millier de personnes.

Prudemment, le patron de la BAD s’est simplement dit « persuadé que le peuple ivoirien trouvera très rapidement une solution durable et mettra bientôt un terme définitif à la crise qu’il traverse, pour permettre à la banque de retourner à son siège ».

Mardi, il avait expliqué qu’un tel retour dépendrait notamment des « perspectives à long terme en matière de sécurité », alors que la normalisation se fait attendre.

Depuis le coup d’État manqué de 2002, le pays reste coupé en un Sud loyaliste et un Nord contrôlé par l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN).

Pour clore cette crise, le pays et la communauté internationale attendent pour cette année l’organisation d’un scrutin présidentiel, sans cesse repoussé depuis la fin du mandat du président Gbagbo en 2005.

ABIDJAN (AFP) – jeudi 27 mai 2010 – 18h40

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BAD : Plaidoyer pour le renforcement des ressources concessionnelles du FAD

Leur accroissement facilitera l’accès de nos pays au financement des institutions financières, a expliqué le président Amadou Toumani Touré

La 45é assemblée générale annuelle de la Banque africaine de développement (BAD) s’est tenue hier à Abidjan au Palais des congrès de l’hôtel Ivoire. La rencontre a regroupé plus de 2000 invités, composés de représentants de gouvernements, d’organismes internationaux, d’institutions financières internationales, des actionnaires ainsi des experts de haut niveau, etc.

jpg_bad-att.jpg La cérémonie d’ouverture des travaux était présidée par le président Laurent Gbagbo, hôte de la rencontre, qui avait à ses côtés, les présidents Amadou Toumani Touré du Mali, Thomas Yayi Boni du Bénin et Faure Eyadema du Togo. Les Premiers ministres burkinabé, Tertus Zongo, et rwandais, Bernard Makuza, et le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping, ont également répondu à l’invitation du président Gbagbo.

Le choix de leur pays pour abriter ces assises a été accueilli avec satisfaction par les Ivoiriens. Pour preuve, les Abidjanais sont sortis massivement pour ovationner les cortèges présidentiels. « La tenue de ces assises à Abidjan apparaît pour nous les Ivoiriens comme le signe du retour de la confiance.

C’est la preuve que la Côte d’Ivoire retrouve sa place dans l’organisation des grands fora et de moteur de l’économie de la sous-région. C’est aussi la preuve que le processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire est irréversible. Car, ce qui unit les fils de la Côte d’Ivoire est désormais plus grand, que ce qui les divise.

Le consensus obtenu de la classe politique avant l’organisation de cette assise prouve à suffisance que la Côte d’Ivoire est résolument tournée vers la sortie de crise. La preuve, tous les partis politiques, toutes les confessions religieuses, la société civile, le milieu d’affaire, tous sont présents dans cette salle », a assuré le président Laurent Gbagbo qui a profité de cette tribune pour réclamer le retour de la BAD sur sa terre natale, à Abidjan.

Pour Laurent Gbagbo, les Africains attendent beaucoup de leur institution. Les fils du continent veulent de la BAD des actions dans le secteur des infrastructures et des transports. Le président ivoirien a également insisté sur le défi environnemental et l’eau.

Pour lui, ces deux questions, notamment le changement climatique, la production et la distribution de l’eau potable dans les années à venir sont au cœur des préoccupations de tous les gouvernements africains. Car, pris isolement, aucun gouvernement ne peut à lui seul y faire face, tant la facture est élevée. Le président ivoirien a lancé un cri du cœur à ses pairs africains pour aller vers l’intégration économique du continent.

Il a pris l’exemple de la crise financière qui secoue la Grèce en ce moment et la réaction proactive de l’Europe pour sauver ce pays et par delà le système intégré de leur économie. Pour lui, cet exemple doit non seulement inspirer les leaders politiques du continent, mais interpelle aussi les intellectuels africains qui doivent accroître leurs efforts dans la recherche de solution aux défis du continent.

Il avait été précédé à la tribune par son ministre d’État, ministre du Plan, Antoine Bohou Bouabré, gouverneur à la BAD, président de la Conférence des gouverneurs. Celui-ci a fait un large tour d’horizon des réalisations de la banque, avant d’insister sur les défis à relever pour l’institution. Le président Touré qui s’est exprimé au nom de ses pairs, a témoigné des retombées des actions de la BAD dans les pays du continent.

Parlant du cas du Mali, il a cité l’exemple du seuil de Talo, l’allègement des souffrances des populations par la réalisation d’infrastructures routières. Le chef de l’État a plaidé pour le renforcement des ressources concessionnelles du Fonds africain de développement (FAD) pour permettre à nos pays d’accéder facilement au financement des institutions financières. Le président du groupe de la BAD, Donald Kaberuka, dont le mandat arrive à terme, a donné l’assurance du retour de la banque à Abidjan, mais à la seule condition que le pays renoue définitivement avec la paix.

Au terme de son mandat, il a présenté le bilan de ses actions à la tête de l’institution et souligné les résultats positifs engrangés sous sa gouvernance. La banque, relèvera-t-il, suscite beaucoup d’espoir, ce qui a convaincu les administrateurs de solliciter des actionnaires l’élargissement de son capital, qui passera désormais à 100 milliards de dollars, (environ 50 000 milliards Fcfa), soit une augmentation de 200% de son capital. Cette opération, la 6è du genre depuis l’ouverture du capital de la banque aux pays non régionaux en 1982, marque le début de sa transformation.

Les pays actionnaires ont 8 à 13 ans pour libérer leur quote-part. Avec ses nouvelles ressources, la banque pourra accroître sa capacité d’intervention en finançant davantage de projets, ce qui est sa raison d’être. Donald Kaberuka présenté un tableau très reluisant des résultats d’exploitation. A la date du 31 décembre 2009, a-t-il indiqué, les actifs de la banque se chiffraient 17 milliards d’unités de compte (UC), soit 26 milliards de dollars, (environ 13 000 milliards de Fcfa).

Dans les prévisions de 2010, la banque compte mobiliser sur les marchés financiers au moins 5,5 milliards de dollars, (environ 2 700 milliards de Fcfa). Quant aux approbations, elles se sont élevées sur la même période à 8 milliards UC, soit environ 12 milliards de dollars, environ 6 000 milliards de Fcfa.

Ces approbations concernent aussi bien le fonds FAD, que le guichet de la BAD. En terme de décaissement, 4 milliards UC, soit environ 6 milliards de dollars, (environ 3 000 milliards Fcfa) sont sortis des caisses du groupe de la BAD, a expliqué son président, Donald Kaberuka.

Amadou O. Diallo

L’Essor du 28 Mai 2010.