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Après la suspension des activités d’Air Mali pour 9 mois, nous avons approché le secrétaire général du syndicat des travailleurs d’Air Mali, Baba Alpha Ascofaré, qui nous a accordé une interview. Dans ladite interview, il a exprimé ce que les travailleurs attendent des autorités du groupe Agakhan et celles du Mali. Suivons donc l’interview.

La compagnie Air Mali vient de suspendre ses activités pour neuf (9) mois, comment la nouvelle a été perçue par les travailleurs ?

Les employés ont été tous abasourdis par cette mauvaise nouvelle. Car c’est une société qui a été créée en 2005. La majorité des employés sont pratiquement les artisans de la création. Ce sont des gens qui se sont donnés à cette compagnie. Cette nouvelle ne peut qu’être désagréable pour eux. Surtout dans ce contexte socioéconomique et politique pratiquement intenable, il va de soit que les travailleurs soient indignés.

Est-ce que les autres compagnies de la plate forme de l’aéroport Bamako Sénou subiront le même sort qu’Air Mali ?

Nous savons qu’il y a des compagnies qui continuent à desservir Bamako. Qui d’ailleurs se partagent les lignes laissées par Air Mali. Il serait plus intéressant de poser la question à la direction aviation du groupe Akfed.

Quelles sont les raisons avancées par la direction pour motiver cette suspension ?

La direction générale nous a expliqué que la compagnie est en train de perdre de l’argent depuis plusieurs années. Et qu’avec les évènements du 22 mars, la clientèle a chuté et les réservations ont fondu.

Avez-vous sollicité l’aide de l’Etat pour réinjecter de l’argent dans la compagnie afin d’éviter le présent scénario ?

Depuis juin 2012, il y a une réduction de la flotte et du personnel. La flotte est passée de 5 à 1 avion et le personnel est passé de 222 employés à moins de 70. En son temps, nous avions sollicité les autorités maliennes et le groupe Akfed (Ndr, le groupe auquel appartient Air Mali) à travers le conseil d’administration et des correspondances pour que les activités de la compagnie puissent continuer. Mais, il semblerait que nos requêtes n’ont pas abouti. En tout cas, pas pour le moment.

Peut-on parler aujourd’hui de la fermeture de la compagnie ?

Parler de fermeture, je ne saurais m’aventurer là-dessus. Ce que je peux dire, on nous a avancé une idée de mise en sommeil de la compagnie. Ce qui est un concept un peu nouveau qui semble ne pas figurer dans le droit malien. La mise en sommeil qui est préconisée vise la suspension des activités de la compagnie et celle des contrats des travailleurs.

A vous entendre, les travailleurs ne vont-t-ils pas continuer à percevoir leurs salaires pendant les 9 mois de mise en sommeil ?

Toutes les modalités de mise en sommeil ne nous ont pas été officiellement notifiées. Il faut que nous ayons d’abord la notification de l’application de cette mise en sommeil de façon détaillée pour savoir si les travailleurs recevront ou pas les salaires pendant la période de la suspension des activités.

A cette allure, une éventuelle reprise des activités est-elle envisageable avant les 9 mois annoncés ?

Sur ce point, il est difficile de nous prononcer. En tout cas, nous le souhaitons vivement. De toutes les façons, il est effectivement possible de suspendre les activités de la compagnie pour 9 mois. Mais, le personnel doit continuer à vivre dignement pendant ce temps. En d’autres termes, le personnel ne peut pas suspendre sa vie pendant 9 mois. Avant la reprise des activités, nous souhaitons que le groupe prenne en compte le devenir du personnel.

En clair, voulez – vous percevoir des salaires pendant cette période de suspension ?

A défaut d’être payé pendant cette période, il faut au moins des mesures d’accompagnement. Car, la situation sociopolitique et économique est déjà difficile à supporter. Dans ces conditions, jeter une soixantaine de familles en pâture est la pire des choses. On a coutume de dire chez nous que c’est dans les moments difficiles qu’on reconnait ses vrais amis. C’est pour dire que le personnel d’Air Mali a besoin du soutien. En plus, si les activités doivent reprendre, elles doivent se faire avec le personnel existant.

Un message à l’adresse du Prince Agakhan et des autorités maliennes ?

Nous osons espérer que la justice et l’humanisme domineront dans la gestion de cette affaire. Car, nous avons eu des collègues qui ont été licenciés cette année. Mais, ceux-ci ont subi des conditions très difficiles. Nous espérons que le groupe et les autorités du Mali prendront des mesures d’accompagnement.

Oumar KONATE

Le Prétoire du 27 Décembre 2012