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Sur l’axe Bamako-Dakar, une guerre semble désormais ouverte entre les transporteurs du Mali et ceux du Sénégal. Et les points de divergence n’ont pu être aplanis, en dépit des interventions et assurances données par les deux Etats.

Depuis trois mois, en effet, les transporteurs maliens qui empruntent ledit axe sont victimes de tracasseries et autres injustices de toutes sortes venant des syndicats des transporteurs sénégalais. Du coup, un cri du coeur avait été lancé par le Conseil Malien des Transporteurs Routiers (CMTR) à l’endroit des deux Etats. Mais rien n’y fit.

Aussi, fatigués d’être harcelés et laissés à leur propre sort, les transporteurs maliens, réunis autour du CMTR, ont décidé d’observer une grève de 72 heures, en vue d’attirer l’attention des gouvernements malien et sénégalais sur les difficultés qu’ils rencontrent au Sénégal.

C’est dire que pendant trois jours, tout le trafic sur l’axe sera bloqué, aussi bien le transport humain que les marchandises provenant du Sénégal. Ce qui représente un énorme manque à gagner pour l’économie des deux pays, surtout pour qui connaît le rôle essentiel que joue la voie ferroviaire.

On se rappelle qu’il y a environ trois mois, les cars, véhicules et autres moyens de transport maliens étaient victimes de harcèlements de la part des syndicats sénégalais : selon ces derniers, les transporteurs maliens leur ravissent tous les marchés. Toute chose qui a provoqué la faillite de la plupart des transporteurs sénégalais.

Aussi, les responsables syndicaux sénégalais imposèrent de lourdes taxes à leurs homologues maliens qui protestèrent alors vigoureusement contre la mesure. Face à ce refus des Maliens, leurs cars et véhicules furent bloqués “manu militari ”, jusqu’au paiement desdites taxes qui varient de 50 000 à 70 000 FCFA par chargement.

Les transporteurs maliens, par la voie du CMTR, décidèrent alors de saisir les autorités maliennes. C’est ainsi que les ministres des Transports malien et sénégalais se sont rencontrés pour mettre fin à cette mésentente dont les conséquences économiques sont lourdes pour les deux pays. Un protocole d‘accord est alors signé en vue de permettre la libre circulation des transporteurs. Mais suite à cette accalmie qui avait permis de détendre la situation, voilà que les choses recommencent à se détériorer depuis un certain temps.

On ne sait pas pourquoi ils sont contre nous. S’ils veulent nous concurrencer, qu’ils aient des cars et des véhicules en bon état comme ceux des Maliens. Nous ne sommes pas fautifs de leur faillite. Et si les citoyens sénégalais refusent leurs cars et leurs véhicules, ils doivent se poser des questions. En tout cas, nous, nous disons qu’ils ont violé les accords sur la libre circulation qu’ils ont eux-mêmes signés“, a déclaré le président du CMTR, M. Youssouf Traoré, avant d’ajouter : “Face aux tracasseries et à l’incapacité des deux autorités de régler cette situation, nous, les transporteurs de l’axe Bamako-Kayes-Dakar, nous avons décidé d’aller en grève de 72 heures“.

Vers la fin de la semaine dernière, une dernière médiation a été entreprise, qui consistait à tenter de ramener les syndicats sénégalais à la raison, en leur faisant comprendre l’inutilité de leurs actes qui n’honorent guère la coopération entre les deux pays. Aussi espère-t-on qu’une issue heureuse sera trouvée au bout de cette médiation, pour ne pas augmenter outre mesure ces difficultés d’ordre économique que traversent nos Etats, surtout en ces moments de crise internationale.

Signalons que ladite grève de 72 heures débutera le 6 Janvier 2009 ; à moins que d’ici là, une solution amiable soit trouvée à cette mésentente. Et quand on pense que toutes les grandes compagnies routières empruntent cet axe Bamako-Kayes-Dakar…

Sadou BOCOUM

05 Janvier 2008