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Les passagers du car L-2064-MD de Djiguiya Transport en provenance de Benéna (cercle de Tominian) n’oublieront pas de sitôt leur mésaventure. Pour un trajet d’une demi-journée, les passagers ont passé 3 jours avant d’arriver à destination. Récit d’un voyage mouvementé.

Embarqués à Benéna, les passagers seront abandonnés à leur triste sort à Bla, suite à une panne de moteur. Certains usagers qui voulaient la restitution de leurs frais de voyage Bla-Bamako, soit 3500 F CFA, se sont heurtés au refus catégorique du chauffeur et de ses apprentis.

Ces derniers, sans diplomatie ni respect et courtoisie, répétaient à ceux qui venaient à eux réclamer le remboursement du reliquat des frais qu’il était de leur devoir de les conduire seulement à destination : Bamako. Ils ajoutaient qu’ils n’avaient pas perçu leurs frais de ticket de voyage et par conséquent ne pourraient les rembourser.

Ainsi du lundi 26 janvier au mercredi 29 janvier, les passagers du car ont été abandonnés en rase campagne, dormant à la belle étoile. Parmi eux des femmes et des enfants qui dormaient à la belle étoile.

Les passagers qui en avaient gros sur le cœur à cause de l’arrogance du chauffeur et de ses apprentis espéraient embarquer dans un autre véhicule de la même société, presque vide, en provenance de Mopti. Mais quelle ne fut leur déception lorsque le chauffeur de ce car, un nommé Fassoum, du fond de sa cabine, lancera à leur figure ces mots : « Cela ne m’arrange pas de vous transporter à Bamako ». Et de redémarrer en trombe comme dans une course contre la montre.


Cupidité

Un car de « Cissé Transport » venait de passer depuis une trentaine de minutes, pour aller à Ségou. Dans la Capitale des Balanzans, « Cissé Transport » allait débarquer des voyageurs qui rallieront ensuite Niono. Fassoum courrait derrière ces voyageurs de Niono.

Ce refus de Fassoum de venir en aide fit monter la colère au sein des passagers. Ceux-ci commençaient à se montrer impatients d’autant que les deux mécaniciens de Bla n’avaient pu détecter la panne et le mécanicien, appelé à la rescousse de Bamako, peinait à mettre le moteur en marche. « Nous allons leur montrer notre vrai visage », dit un passager au bout de sa peine le 3e jour, soutenu par certains de ses compagnons d’infortune.

Ces passagers ont été réconfortés dans leur revendication, lorsqu’un élément de la gendarmerie nationale qui, apprend-on, est un proche parent du propriétaire de la société, accusât le chauffeur et ses apprentis « d’assassins ». Le gendarme reprochait au conducteur et aux apprentis de ne l’avoir pas averti et de laisser les passagers en rade dans un état déplorable au bord de la route.

Au 3e jour, le mécanicien parvint à réparer la panne au grand soulagement des quelques passagers restés et condamnés à vivre ce calvaire parce qu’ils n’avaient plus aucun sous sur eux. « Nous n’emprunterons plus ce car. A cause de leur cupidité, nous allions perdre la vie parce que même l’eau commençait à nous manquer. Et n’eût été la générosité de certains habitants, nous serions restés affamés durant tout ce temps », déplore un autre.

Si des sociétés de transport n’hésitent pas à envoyer des véhicules au secours des clients dont le véhicule tombe en panne, tel ne semble pas être la règle à Djiguiya Transport. Ici les passagers sont traités comme des bêtes de somme sur le dos desquels il faut s’enrichir. Mais, comme dit le sage, « celui qui aime l’argent n’en aura jamais assez et celui qui aime la richesse n’en profite jamais ».

Djiguiya Transport devra méditer cet adage et être plus humain avec sa clientèle.


Denis Koné

03 Février 2009