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Avec une vocation tout autant militaire qu’humanitaire, il est destiné à renouveler la capacité de transport des forces aériennes pour répondre aux nouveaux besoins des armées en opérations

jpg_une-2473.jpgLe ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a passé le réveillon du 31 décembre à Bamako avec les éléments de l’Opération Serval. Il s’était d’abord rendu à Gao pour rencontrer les éléments de cette force déployée au Nord. En marge de cette visite, le service médias de l’Opération Serval a présenté l’Airbus A400M à la presse, à l’aéroport de Bamako Sénou.

Selon les pilotes, c’est le premier vol continental de l’A400M. Il a décollé le 29 décembre de la BA 123 d’Orléans-Bricy pour transporter du matériel vers l’aéroport de Bamako dans le cadre de l’opération Serval. Le vol a duré 6h40. L’appareil transportait 22 tonnes de chargement. Cette première mission opérationnelle s’inscrit dans le cadre d’une mise en service opérationnelle complète des A400M français.

La genèse de la construction de cet appareil remonte à la fin des années 1980. Au départ, il s’agissait d’un projet franco-allemand qui se veut le successeur du Transall, l’avion de transport qui équipe notamment l’armée française et que l’on avait vu à l’œuvre tout le long de la reconquête du septentrion malien. Au final, ce sont huit pays qui seront commanditaires du nouvel avion : la Belgique, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Espagne, la Turquie et le Royaume-Uni, rejoints en 2005 par la Malaisie.

Cet avion militaire multi-rôles moderne est destiné à renouveler la capacité de transport des forces aériennes pour répondre aux nouveaux besoins des armées en opérations. Il remplacera essentiellement des avions anciens comme le C-130 Hercules, en service depuis environ 30 ans, et le Transall C-160 en service depuis près de 40 ans pour sa première version. Le programme A400M est un développement en coopération entre 7 pays européens et membres de l’OTAN : Allemagne, France, Espagne, Grande-Bretagne, Turquie, Belgique et Luxembourg.

Techniquement, l’A400M est un avion à aile haute et à empennage en T. Les matériaux composites à partir de la fibre de carbone représentent 30% environ du fuselage, ainsi que de la plus grande partie des ailes. Comme sur la plupart des avions modernes, le pilotage est assuré par des systèmes de vol électroniques. Ses quatre moteurs de 11000 chevaux sont les plus gros turbopropulseurs jamais construits à ce jour.

Sa charge de transport est évidemment son atout majeur. La soute de l’A400M fait 17,71 m de long, 4 m de large et 3,85 m de haut. La soute de 92 m2 et de 340 m3 est conçue pour permettre l’emport des matériels les plus volumineux des forces armées. Avantage sur les Transall, il peut transporter 30 tonnes, soit le double, sur une distance équivalente de 4.500 km.

Sa charge maximale est évaluée à 37 tonnes. En fonction de ses missions, la soute peut accueillir : 116 soldats ou parachutistes armés, 66 brancards pour les opérations d’évacuation sanitaire. Mais aussi deux hélicoptères NH.90 ou Tigre, trois véhicules blindés de transport de troupes, un camion porte-conteneurs, deux camions de 5 tonnes et deux canons de 105 mm, un véhicule de lancement Patriot avec ses missiles.

L’A 400 M est aussi un appareil multi-missions avec une vocation tout autant militaire qu’humanitaire. Tactique, stratégique et ravitailleur, c’est l’avion trois en un. L’appareil européen fait la synthèse entre les demandes exprimées par 7 armées de l’OTAN. Il peut voler à la même altitude qu’un avion de ligne, soit 12 000 mètres, à une vitesse de 0.72 Mach soit 780 km/heures et se fondre dans le trafic des avions commerciaux classiques. Mais il est également capable de larguer des matériels à 5 mètres du sol à 180 km/heure.

L’A 400M est le seul à réaliser aussi bien des trajets courts dans le cadre d’opérations ponctuelles que des trajets longs avec à bord de lourdes charges ; d’atterrir dans des environnements hostiles, sur des terrains sommairement aménagées, des plages ou des champs que des aéroports internationaux. Il opère au plus près des zones de conflit mais se mue en cargo grâce ses grandes dimensions de 4 mètres de haut sur 4 mètres de large.

Il est aussi possible de mixer à son bord hommes et matériels en acheminant par exemple deux hélicoptères de combat Tigre tête bêche ou un hélicoptère de transport militaire NH90 ainsi que 54 hommes grâce aux deux rangées de sièges rabattables installées sur le long des parois de l’appareil. Cette flexibilité rend l’A 400M très utile pour des missions humanitaires : à la place des blindés, des palettes militaires et des troupes, il accueille des grues, pelleteuse, hôpital de campagne, équipe médicale, civières, etc.

Les autres atouts de l’A400M sont nombreux. Il dispose principalement d’un grand rayon d’action jusqu’à 8700 km et d’une vitesse de croisière élevée d’environ 850 km/h. Avec une charge transportée classique de 20 tonnes, l’A400M a une autonomie de vol de 6450 km. Il peut opérer sur des terrains sommaires de petite taille. Son train d’atterrissage à 12 roues lui permet de se poser sur des terrains non préparés (pistes en terre) n’excédant pas 750 mètres. Il est autonome au sol et indépendant de toute aide pour le chargement de la soute et le décollage.

Il est également convertible en avion ravitailleur en moins de 2 heures. Un réservoir de kérosène est alors chargé dans la soute et deux perches de ravitaillement sont fixées en bout d’ailes. Il est capable d’opérer des vols tactiques à basse altitude. Il dispose d’une capacité de largage de troupes et de matériels en milieu hostile ou en condition environnementales dégradées depuis la basse ou la haute altitude et d’un système d’autoprotection performant.

Par ailleurs, les trois Mirage 2000D qui ont participé à l’Opération Serval en 2013 ont quitté notre pays pour le Tchad. C’est le ministère de la Défense qui a donné l’information dans son point hebdomadaire sur l’opération Serval. Les trois Mirage 2000D du détachement chasse et le ravitailleur C-135 ont été repositionnés à N’Djamena. Ils étaient auparavant basés à Bamako. Les avions continueront cependant à effectuer leurs missions dans le cadre de l’Opération Serval. Plus proches de la Centrafrique où la France est engagée dans l’opération Sangaris, les Mirage 2000D pourront ainsi être déployés pour le compte des deux opérations en cours.

A. DIARRA

L’Essor du 3 Janvier 2014