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Suivis par de nombreux gouvernements, les milieux de l’agro-business, de la pétrochimie ou de l’industrie automobile chantent en choeur les vertus des biocarburants qui nous permettraient de rouler <<vert>> et offriraient à la masse paysanne de nouvelles sources de revenus.

Les chercheurs et les organisations de la société civile sont plus dubitatifs et ils estiment que les pays pauvres en feront les frais sur le plan alimentaire.

LES BIOCARBURANTS : QUEL RENDEMENT ENERGITIQUE?

Plusieurs études mettent en question l’apport réel des agro-carburants pour la sauvegarde du climat. Les agro-carburants réduisent-ils l’émission de gaz carbonique (CO2)? En d’autres termes : quel est leur rendement énergétique par rapport aux combustibles fossiles?

Le forum international des transports a statué sur ces questions et les agro-carburants ne sont pas bien perçus quant à la réduction des gaz à effet de serre, si on compare leur utilisation à celle du gazoil (diesel) ou de l’essence. Il relève notamment que le gaz ou le charbon nécessaire à la distillation de l’éthanol provoque d’importantes émissions de CO2 et que le bilan n’est pas meilleur pour le biodiesel.

Il faut noter encore que ces agro-carburants représentent un moyen très coûteux de répondre aux défis de la sauvegarde du climat.
Déjà les subventions aux agro-carburants totalisent plus de 15 milliards de dollars pour l’ensemble des pays riches.

L’Institut Français pour l’Environnement relève d’autres dangers potentiels sur les cultures si elle devient plus intensive, elle pourrait paradoxalement induire un impact négatif sur l’environnement. Une trop forte utilisation d’engrais et de pesticides dans la conduite des cultures énergétiques et un renforcement de l’irrigation augmenteraient les impacts négatifs de l’agriculture sur la biodiversité, la qualité des sols et la ressource en eau.

LA SPECULATION SUR LES CEREALES

La FAO prévoit que la facture alimentaire des pays les plus défavorisés, souvent gros importateurs, devrait continuer à s’envoler, et ce malgré les perspectives d’une production céréalière intensive, et ce malgré les perspectives d’une production céréalière mondiale en hausse. La croissance rapide de la demande de biocarburants représente un des principaux facteurs ayant une influence sur les marchés céréaliers.

ELARGISSEMENT DES INEGALITES

Les produits laitiers suivront ce mouvement. Un rapport de l’Institut international pour l’environnement et le développement souligne que dans un marché céréalier mondial déjà fortement marqué par des filières industrielles oligopolistiques (le monopole de quelques industries), les agro-carburants risquent d’accentuer cette concentration et pourraient creuser un peu plus les inégalités actuelles.

Quant aux verts Suisse, ils font remarquer que cette politique pousse les petits paysans, incapables de faire face à cette concurrence à abandonner leurs terres de gré ou de force, et accentue les problématiques sociales existantes. Dénonçant le désastre écologique et social de cette production, ils exigent un moratoire sur les agro-carburants.

Le réseau d’information et de solidarité en Amérique Latine (RISAL) stigmatise l’expansion des monocultures de canne à sucre et de soja au Brésil et voit dans cette politique une volonté d’opposer la souveraineté alimentaire à la souveraineté énergétique.

LA NECESSITE D’UN DEBAT SUR LES BIO CARBURANTS

Le renforcement partiel des carburants traditionnels par l’agro-carburant renforcera la pression foncière et particulièrement dans les pays du sud où de vastes territoires devront être cultivés pour subvenir à la demande du nord.

De leur côté, les membres du Réseau pour une Agriculture et une Alimentation Durables, Inventives et Solidaires (RAADIS) lancent un appel pour un véritable débat citoyen sur les agro-carburants.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

12 Février 2008.