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Indépendant : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Wafi Bali : Je m’appelle Wafi Bali, J’ai 34 ans, originaire de la ville de Tombouctou. Je suis le président de la communauté des ressortissants du Nord-Mali en Guinée qui comprend les trois régions du Nord, à savoir Tombouctou, Gao et Kidal. Je suis aussi vice-président de la jeunesse malienne de Guinée.

L’Indép. : A combien estime-on les Maliens résidant en Guinée, plus précisément les ressortissants du Nord-Mali ?

W.B : Les Maliens sont assez nombreux ici en Guinée. Plusieurs dizaines de milliers, sans doute. Parmi lesquels les ressortissants du Nord-Mali sont relativement nombreux.

L’Indép. : Actualité oblige, en tant que président des ressortissants du Nord-Mali en Guinée, que pensez-vous de la mutinerie du 23 mai dernier, opérée par des intégrés touareg dans les camps militaires de Kidal et de Ménaka ?

W.B : Je pense que, de nos jours, rien ne peut justifier cette prise d’armes des ex-intégrés pour réclamer quoi que ce soit. Ils pouvaient se faire entendre par d’autres voies plus sages que celle des armes. Par contre, il faut admettre aujourd’hui que le problème du Nord est un problème de développement.

L’Indép. : Pourtant, depuis la signature du Pacte national, l’Etat et les bailleurs de fonds ont investi des dizaines de milliards de FCFA en 1992 au Nord-Mali.

W. B : Oui, c’est vrai, l’Etat a investi des milliards, mais l’impact de ces investissements n’est pas aussi perceptible sur la vie quotidienne des nordistes. Aussi, faudrait-il admettre qu’un problème de gestion de ces fonds destinés au Nord Mali s’impose.

L’Indép. : La prise d’armes du 23 mai dernier a abouti à la signature des accords d’Alger entre les mutins et le gouvernement du Mali. Que pensez-vous de ces accords très controversés ?

W.B : Je remercie le président de la République du Mali, Amadou Toumani Touré, pour la signature de ces accords. Car je pense que la voie choisie pour un règlement pacifique de la crise est salutaire pour le Mali. Il n’est guère souhaitable qu’un conflit armé éclate dans cette partie du Mali. J’ai personnellement souffert de la rébellion de 1991. A l’occasion, j’ai perdu ma grand-sœur et mes biens personnels. Depuis ce jour, à part mes enfants, toute notre famille vit en exil.
Certains membres sont en Mauritanie, d’autres en Algérie et moi-même je suis en Guinée. C’est pour vous dire qu’avec un autre crépitement des armes, il y aura d’autres déplacés, à l’instar de notre famille. C’est pourquoi je dis que la voie pacifique est la meilleure. Nous venons tout récemment de voir le conflit entre Israël avec sa puissante armée et le Hezbollah. Mais en fait, après quelques semaines de combat, Israël n’a pas obtenu ce qu’il voulait et les protagonistes sont retournés à la case de départ, à savoir la table des négociations.
Notre vision par rapport aux accords d’Alger-je ne parle pas en mon nom propre sur ce sujet, mais au nom de tous les ressortissants du Nord-Mali en Guinée-notre association, après leur signature, a examiné ces accords.
Après mûre réflexion, nous avons demandé à ce que nos préoccupations soient aussi prises en compte à travers ces accords par l’Etat malien. Contrairement à ceux qui ont pris les armes, nous, nous voulons nous faire entendre par la manière la plus sage, à savoir notre voix.
Nous voulons être intégrés aussi dans l’administration et l’armée maliennes à la faveur de ces accords d’Alger.

L’Indép. : Vous demandez l‘intégration de tous les membres de votre association ?

W.B : Non, nous ne demandons pas l’intégration de tous nos membres, mais nous demandons quand même qu’on pense à ceux qui sont valides.

Entretien réalisé par Kassoum THERA envoyé spécial à Conakry

21 août 2006.