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Ils avaient courageusement levé la tête pour renverser la donne politique en faveur de la jeune génération en brandissant les insuffisances liées à «la mauvaise gouvernance» de la… vieille garde. Hélas, leur discours n’a eu aucun écho favorable. Le nombre insignifiant des suffrages exprimés en leur faveur l’atteste. Les Poulo, Mara, Ben Fana, Yéah Samaké, Racine Thiam, Alhousseini Abba Maïga sont tous passés à la trappe lors du scrutin du 28 juillet.

Le contexte de crise a certainement joué pour une large part dans le vote des électeurs lors du scrutin du 28 juillet. Il faut reconnaître aujourd’hui que les deux grands gagnants de ce vote décisif sont Ibrahim Boubacar Kéita du RPM et Soumaïla Cissé de l’URD. Viennent ensuite Dramane Dembélé de l’ADEMA et Modibo Sidibé des FARE. On peut alors s’interroger sur les raisons de la raclée infligée à la jeune génération de chefs politiques qui pointaient le bout du nez.

En effet, Housseini Amion Guindo dit Poulo pourrait, à lui seul, symboliser le courage et la détermination de ces jeunes leaders décidés à renverser l’ordre établi. Le chantre du » tournant générationnel « et du « rajeunissement du leadership » n’a malheureusement fait qu’un score lamentable à défaut d’être ridicule.

Malgré le bon travail sur le terrain avec un parti qui progressait visiblement par des adhésions massives de vagabonds politiques, Poulo et la CODEM doivent comprendre aujourd’hui que les réalités d’un scrutin présidentiel sont à mille lieues de celles des élections législatives ou locales.

Après le coup d’Etat du 22 mars 2012, ils étaient nombreux les jeunes acteurs politiques qui se sont levés pour dénoncer ce qu’ils ont appelé « l’échec des aînés » .

Pour la plupart des quadragénaires, des acteurs comme Moussa Mara, Housseini Amion Guindo dit Poulo, Dramane Dembélé, Ousmane Ben Fana Traoré, Yéah Niankoro Samaké, Alhousseini Abba Maïga, Racine Seydou Thiam n’ont pas pu émerger après le test grandeur nature que leur offrait le scrutin du dimanche dernier. Au contraire, selon les premiers scores à eux attribués, cette nouvelle génération d’acteurs politiques a lamentablement mordu la poussière. Et pourtant, ils n’ont pas manqué d’arguments en terme de projets de société contenant des initiatives hardies.

A titre d’exemple, Poulo, Moussa Mara, Yéah Samaké, malgré leurs actions sur le terrain humanitaire, n’ont pas mérité la confiance de la majorité des Maliens. La fougue et l’audace de la jeunesse n’ont pas suffi pour créer une symbiose entre eux et le peuple.

Malgré le fait qu’il est le porte-étendard d’un « vieux » parti, l’ADEMA-PASJ, Dramane Dembélé, avec ses 46 ans, apparaissait comme le symbole du vent du changement qui a soufflé sur le pays. Son choix par l’ADEMA même contesté, avait été interprété comme la volonté de la Ruche de faire sa mue. De repartir sur de nouvelles bases en tenant compte des exigences de tourner la page des vieux acteurs du mouvement démocratique de 1991. Mais, on constate que l’espoir suscité par cette mutation n’est pas aujourd’hui comblé.

En clair, il apparait clairement que les électeurs ont décidé de renouveler leur confiance en la génération de 1991, dont sont issus IBK et Soumaïla Cissé, malgré tous les reproches que l’opinion a pu leur faire. Serait-ce là la façon pour eux de dire que les défis énormes du moment sont trop lourds pour les frêles épaules de la nouvelle génération? Tout porte à le croire. Certains observateurs n’hésitent pas à affirmer que le Mali en voie de sortir de la crise n’a pas besoin d’un « président stagiaire » !

Les jeunes politiques auxquels on peut ajouter des responsables comme Konimba Sidibé, Oumar Mariko, Hamed Sow, Dr Cheick Modibo Diarra, qui se sont tous particulièrement illustrés dans la dénonciation de la gouvernance des vingt dernières années n’ont pas convaincu.

Ayant leur avenir politique devant eux, les jeunes candidats à l’élection présidentielle doivent accepter de mûrir afin de mieux faire face aux futures échéances. Pour l’heure, il faut simplement que cette génération montante tire toutes les leçons du scrutin du dimanche et les mette à profit lors des prochaines législatives afin de siéger à l’Hémicyle. Tout cela dans un climat apaisé et surtout par patriotisme pour un pays meurtri mais en voie de se relever.

Bruno D SEGBEDJI

djitosegbedji@yahoo.fr

02 Août 2013