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On se voudrait optimiste, mais, la mise en place des autorités intérimaires « dans le Nord », n’est pas un bon présage. Les raisons de se réjouir ne l’emportent pas sur les questionnements.

La signature de l’accord sur les autorités intérimaires sonnait comme un acte de reddition, une capitulation. La rébellion, finalement, obtient par la ruse, l’usure et la duplicité, ce qu’elle n’a pas pu obtenir par les armes, les pressions et les complicités internationales.

Un accord entériné par l’Assemblée nationale met en place, dans le septentrion malien des autorités intérimaires. En gros, du 15 juillet au 15 août au plus tard, dans les régions de Tombouctou, Gao, Taoudenit, Ménaka et Kidal, des exécutifs verront le jour. Ils auront les mêmes prérogatives que le chef de l’Etat. Dans leurs localités, ils pourront prendre toutes décisions qu’ils voudront, et ces décisions auront immédiatement force de loi.

Les autorités intérimaires seront composées des rebelles, de « la société civile », des fonctionnaires de l’Etat et des élus sortants. Le hic, c’est que, il y a des localités que la CMA revendique comme faisant partie de « l’Azawad », mais que les ressortissants de ces localités contestent et que la CMA n’a jamais pu conquérir. Avec les autorités intérimaires, sans coup férir, elle va tranquillement les posséder, s’installer à demeure, on ne sait pour combien de temps.

En effet, il est dit que les autorités intérimaires resteront jusqu’aux élections, sans qu’un délai ne soit fixé pour ces élections. A ce rythme, tout le monde sait que l’on peut compter sur nos vis-à-vis pour faire durer ces situations transitoires, le temps de s’enraciner suffisamment.

Quelle est la contrepartie ? Le retour de l’administration à Kidal, le drapeau malien sur tout le territoire, mais, pas l’armée malienne, puisque, encore une fois, les accords issus du Processus d’Alger déterminent les militaires qui peuvent aller dans ces localités.

La paix est-elle chère payée ? Oui ! Y avait-il une autre alternative ? Certainement pas à ce stade, puisque tout se passait finalement comme si c’était le Mali seul contre tout le monde. Nous n’avons certainement pas eu la main heureuse dans le choix des négociateurs, et des politiques chargés de trouver les moyens de faire du Machiavel.

Il nous a manqué des hommes d’Etat, au moment où se joue l’histoire, où, certains, indubitablement, seront un jour face au tribunal de histoire, pour avoir joué la nation malienne.

Plus rien ne sera comme avant.

Alexis Kalambry
Les Échos du 23 Juin 2016