Partager

Le gouvernement malien ne retient apparemment pas la leçon ou du moins, il semble tirer à l’envers les enseignements des actes impopulaires qu’il pose et de ces nombreux événements malheureux qui jonchent la vie nationale et le quotidien des populations. Preuve tangible fournie par les autorités intérimaires dont le projet sera remis en selle dès lundi, malgré les morts de Gao, les marches de soutien de Tombouctou et Bamako et les condamnations politiques et civiles.

Après le drame du 12 juillet 2016 occasionné par une marche de protestation des jeunes de Gao contre les autorités intérimaires, le gouvernement et les groupes armés viennent de convenir d’un nouveau calendrier pour la mise en place et en œuvre effective de ces organes transitoires. Les opérations s’étendent du 1er au 20 août prochains et concernent les cinq régions du nord : Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et Taoudénit. Au grand dam des morts.

Entre la désignation des membres de l’Autorité intérimaire régionale de Tombouctou prévue le lundi 1er août 2016 et l’investiture des membres de l’Autorité intérimaire régionale de Kidal programmée pour le 20 août, l’Etat et les groupes armés de la CMA et de la Plateforme auront bouclé définitivement le processus de mise en place des nouveaux organes dirigeants des régions du nord.

La nouvelle programmation de l’installation des autorités intérimaires dans les régions de Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et Taoudénit a été décidée le 21 juillet dernier au cours d’une rencontre entre les différentes parties. Cette rencontre visait « à établir et valider un programme détaillé des activités majeures qui concourent à la mise en place des autorités intérimaires de Région, conformément au calendrier établi dans l’Entente du 19 juin 2016 », précise un compte-rendu de la réunion.

Celle-ci a été sanctionnée par l’adoption d’un chronogramme qui « vise à permettre l’achèvement des actions de sensibilisation en cours ainsi qu’à fournir à la Minusma un temps de préavis suffisant pour mettre en place la logistique nécessaire ».

Ainsi, le 3 août, les membres de l’Autorité intérimaire régionale de Tombouctou (désignés l’avant-veille) seront nommés, avant d’être investis le 7 août.

Le vendredi 5 août, les membres de l’Autorité intérimaire régionale de Taoudénit seront désignés, puis nommés le 10 août et investis le 18 août.

Le lundi 8 août, ce sera le tour de Gao avec la désignation des membres de l’Autorité intérimaire régionale. Les 10 et 14 août, ils seront nommés et investis.

La désignation des membres de l’Autorité intérimaire régionale de Ménaka, c’est le mardi 9 août ; la nomination, c’est le lendemain ; et l’investiture, le 16 août.

Enfin, les dates des 15, 17 et 20 août sont respectivement la désignation, la nomination et l’investiture des membres de l’Autorité intérimaire régionale de Kidal. Et la boucle est bouclée.

Pourtant, après les événements de Gao, beaucoup d’interrogations subsistaient sur la concrétisation et surtout la nécessité de l’installation de ces autorités intérimaires tant décriées et qui venaient de livrer ses premières victimes.

En effet, le mardi 12 juillet, les forces de sécurité maliennes ont réprimé dans le sang une marche pacifique de la jeunesse de Gao contre les autorités intérimaires dont l’installation était prévue dans la semaine dans toutes les localités du nord du pays. Le bilan est très lourd : 3 morts et plusieurs blessés.

Ce drame avait créé une levée de boucliers des Maliens et occasionné une vague de sympathie, de solidarité et de soutien envers la jeunesse de la Cité des Askia.

Ainsi, les jeunes patriotes de la ville de Tombouctou sont sortis massivement le jeudi 14 juillet dernier pour soutenir l’action patriotique des jeunes de Gao.

La jeunesse de Bamako et de Kati en avait fait de même avec une marche pacifique dans la capitale.

D’autres associations, à l’image de Méritocratie Malienne, ont soutenu Gao dans son combat contre les autorités intérimaires.

« Soutien total à la population de Gao. Soutenons Gao. Montrons notre indignation. Aujourd’hui, c’est Gao. Demain, ce sera qui ? On nous tue comme des mouches. Et on ne fait que regarder ? Agissons et disons Non à la barbarie des autorités, qui chouchoutent les terroristes et tirent sur sa propre population », peut-on toujours lire sur la page facebook de cette association.

A l’extérieur, la diaspora malienne était de cœur avec les populations de Gao. Pour manifester leur soutien, ils ont tenu un sit-in, bien suivi, devant le Consulat du Mali à Paris.

A toutes ces actions venaient s’ajouter les communiqués de condamnations politiques et de la société civile. A commencer par l’Opposition républicaine et démocratique qui tient le Gouvernement seul responsable des morts et des blessés de Gao. Car, pour elle, c’est bien l’aveuglement, l’entêtement et l’autisme du Gouvernement qui sont à l’origine de la tension et des morts du 12 juillet : « Le passage en force de la loi sur les autorités intérimaires, la violation de la constitution et le piétinement par le Gouvernement de la loi à peine votée, la gestion chaotique de la crise du Nord ont provoqué l’indignation et la colère, légitimes, du peuple malien en général, des populations de Gao en particulier. La flambée de violence de ce 12 juillet, la montée de la tension à Kidal, l’insécurité rampante en 5ème région, la multiplication des attaques djihadistes contre les FAMAS et les populations civiles sont des signes patents des dangers qui guettent notre Nation, et nos autorités semblent être les seules à ne pas percevoir leur gravité ».

Le Bureau Politique National de la CNAS-Faso Hèrè (Convention Nationale pour une Afrique Solidaire), parti de l’ancien Premier ministre, Soumana Sako, a exprimé sa vive consternation devant les graves évènements survenus à Gao. Tout en rappelant que l’Accord d’Alger prépare le lit de la partition de notre pays et impose des groupes armés minoritaires dépourvus de toute légitimité à la volonté majoritaire du Peuple malien.

Au même moment, la Coordination des Mouvements de l’Azawad publiait un communiqué pour narguer les populations de Gao: « …C’est cependant avec consternation que la CMA apprend que les manifestants portent un grief contre le principe des autorités intérimaires. Celui-ci devrait pourtant permettre aux populations locales, conformément aux dispositions de l’accord d’Alger, de s’autogérer et de prendre pleinement leur destin en main.

Ce même principe garantit qu’aucune force ou personne extérieure à la localité ne viendrait administrer Gao à la place ou lieu de ses ressortissants. Cela s’applique à toutes les localités de l’Azawad et devrait rassurer tout un chacun du bien fondé et de la légitimité de cette évolution. Cette marche nous rappelle à quel point il est aujourd’hui urgent de procéder aux changements nécessaires afin que la population de l’Azawad prenne en charge son avenir et puisse surmonter la misère et le désespoir.

La CMA demande une enquête diligente afin d’identifier les responsabilités ayant causé la mort de plusieurs civils.

La CMA appelle la population de Gao au calme et à la retenue. Elle invite par ailleurs les autorités et responsables locaux à opter pour l’implication au processus des autorités de transition plus tôt qu’au rejet ».

Quid du chef de l’Etat ? Rien, à notre connaissance. Et tant pis pour les morts, avec le nouveau chronogramme qui vient d’être établi. Comme pour dire que le reste se fera sans eux.

Sékou Tamboura

L’Aube du 28 Juillet 2016