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Ainsi, ils ont réussi à faire plier les trois pauvres premiers responsables en poste actuellement à Bamako. Les forces de la CEDEAO seront basées à Bamako d’où elles combattront aux côtés de l’armée malienne les jihadistes et autres islamistes bandits trafiquants de drogue et de bien d’autres produits prohibés. Dioncounda Traoré, président intérimaire, Modibo Diarra, Premier ministre, Amadou Haya Sanogo, putschiste et chef de guerre puisque c’est d’eux qu’il s’agit n’ont pas résisté pendant longtemps bien qu’ils étaient déterminés à faire front à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ainsi, donc la CEDEAO va-t-elle réellement faire usage de la force au Mali ?

Tout porte à le croire mais on aurait bien voulu croire le contraire. Autrement dit, on voudrait penser que les mesures militaires qui se prennent actuellement soient beaucoup plus dissuasives. Car, en effet le terrain bamakois n’est pas propice pour mener un combat armé contre les islamistes au nord du Mali. D’abord à Bamako où la présence des forces de la CEDEAO appuyées par le soutien logistique de la France ne fait pas l’unanimité. N’est-il pas vrai que sous la pression que les autorités se sont pliées aux injonctions de la communauté internationale ? Ensuite, l’expérience montre que la guerre, quel que soit son degré et les raisons qui l’occasionnent ne règle jamais définitivement un problème.

Le cas de la Somalie qui date des années 1990 est encore là pour le prouver. Alors que c’est les Etats-Unis eux-mêmes, première puissance militaire au monde qui y étaient impliqués. En Afghanistan où sont coalisées les plus grandes puissances militaires au monde face aux mêmes islamistes, la paix n’est toujours pas revenue. L’Irak n’est toujours pas pacifié et les attentats continuent d’y tuer des centaines de personnes innocentes. La Libye où la France a fait parachuter des armes pour chasser et tuer Kadhafi est toujours à la recherche de la paix sociale. On peut multiplier les exemples à souhait. Au regard de ce qui précède, la CEDEAO peut-elle réellement faire disparaître définitivement du Nord Mali ces hommes enturbannés qui y sèment la désolation à travers l’application de la charia ?

Il semble que c’est un conflit ouvert, à long terme que la CEDEAO est en train d’ouvrir. Il va sans doute commencer, mais personne ne pourra prédire quand il prendra fin. C’est pourquoi, il apparaît de plus en plus plausible qu’il faut négocier au Mali. Un compromis est toujours possible si les principaux acteurs acceptent de se parler franchement, de revoir leurs positions maximalistes.

L’ouverture d’un combat militaire au Nord Mali risque d’embraser l’ensemble de la région du Sahel. Les paysans voisins y compris les pays du champ. Puisqu’il contribuera à disperser les islamistes dans l’ensemble de ces pays. Ce qui pourrait rendre la maitrise du mouvement islamiste assez difficile. Et la CEDEAO va se retrouver dans un bourbier difficilement gérable. Surtout que ce genre d’opération demande beaucoup de moyens à la fois humains, financiers et logistiques. C’est pourquoi, il est toujours important de continuer les négociations. Dans tous les cas, au Mali, le cas islamiste ne peut plus être occulté. Il fait désormais partie du langage quotidien à Bamako et même dans la sous-région. Qu’on le veuille ou pas.

C’est pourquoi, il sera préférable de privilégier le dialogue, le compromis dans le cas malien que de croire qu’il sera facile d’aller déloger les islamistes au Nord, reconstituer le Mali dans ses frontières d’avant, le pacifier et retourner à la maison comme on est venu.

Dabaoué Audrianne KANI

L’Express du Faso

Source : Lefaso.net, le 26 Septembre 2012