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L’augmentation du prix du carburant le dimanche 22 juin 2008 ne sera pas sans conséquence. Déjà le Redécoma élève une vive protestation et le Syndicat national des transporteurs du Mali envisage de revoir le tarif des transports publics dans les prochains jours.

Le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Ahamadou Abdoulaye Diallo intervenant au JT de l’ORTM de 20 h le 22 juin justifiait les hausses à la pompe par la flambée du prix du baril du pétrole brut. L’or noir connaît une forte pression depuis quelques mois.

De mai à juin 2008, le prix du baril a grimpé de 10,55 % en passant de 53 320 F CFA (124 $US) le baril à 58 050 F CFA (135$US).
La nouvelle hausse de 136 $US la fin du week-end dernier a été particulièrement rude pour les pays non producteurs de pétrole comme le nôtre. Cette situation a entraîné dans notre pays, une flambée des prix à la pompe.

Le supercarburant a connu une augmentation de 25 %, soit 695 F CFA le litre contre 650 F actuellement. Le fuel ou gasoil passe de 570 à 585 F CFA, soit 12 % d’augmentation.

Dans ses commentaires, le ministre a mis l’accent sur les efforts fournis par le gouvernement malien pour atténuer les effets de la montée en flèche du prix du baril en subventionnant le litre de carburant à 435 F.
Ces efforts consentis par l’Etat et les pétroliers maliens sont les moins bien sentis.

Le Regroupement pour la défense des consommateurs du Mali (Redécoma) déclare dans un communiqué de presse adressé à notre rédaction et signé de son président Badou Samounou que « c’est avec beaucoup d’amertume que le Redécoma a accueilli l’annonce relative aux augmentations des prix des produits pétroliers dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 juin 2008 ».

Et de poursuivre : « le Redécoma dénonce lesdites augmentations, les rejette et demande leur annulation pure et simple, afin d’éviter d’autres augmentations de prix ou de tarifs pouvant intervenir par voie de conséquence dans les autres branches de l’activité économique au Mali, toutes liées les unes que les autres […] ».

Le Redécoma a invité par la même occasion, toutes les associations de consommateurs dans les pays non producteurs de pétrole à interpeller le Cnuced, l’OMC, l’ONU, les pays de l’Opep. Il se dit réserver tous les droits pour la défense des intérêts des consommateurs.

Ce cri du Redécoma n’est pas fortuit si l’on sait que l’économie mondiale est fortement liée au pétrole dont la flambée a toujours des répercussions graves sur d’autres secteurs.

Vie impossible

Les transporteurs donnent de la voix. Une réunion est prévue dans les jours qui suivent pour décider d’une éventuelle hausse. Yaya Mallé, le président du Syndicat national des transporteurs, un syndicat affilié à l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), que nous avons joint mercredi au téléphone, n’a pas caché son amertume face aux augmentations à répétition des prix à la pompe.

« Pour les précédentes augmentations, nous avons consentis des efforts et des sacrifices pour bloquer nos tarifs. Mais cette fois, ce ne serait plus le cas. Nous allons nous réunir incessamment et voir dans quelles conditions ajuster nos tarifs », a déclaré M. Mallé.

Une patate chaude dans les mains du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce qui soutenait sur les antennes de l’ORTM, dimanche soir que l’essence du Mali est la moins chère de la sous-région et que le gasoil n’a pas connu beaucoup d’augmentation parce que l’Etat se soucie des secteurs comme les transports publics que beaucoup de Maliens empruntent.

Le comportement peu recommandable de certains pétroliers peut en rajouter à la colère des consommateurs. Nous dénoncions dans notre parution de lundi une pratique de la station Dia Négoce, située à Niamakoro, près des Halles de Bamako.

Aux environs de 21 h, juste après l’annonce des nouveaux prix à la pompe qui n’étaient pourtant applicables qu’à minuit, cette station, connue pour ses tarifs moins chers, a procédé à la rétention de stock en disant à ses clients qu’il n’y avait plus d’essence dans ses pompes.

Le pétrole lampant qui a été aussi touché par la hausse est pratiquement en rupture dans plusieurs stations de Bamako. Mardi soir, un client qui voulait acheter quatre litres de ce produit pour ses parents au village a sillonné plusieurs points de vente.

Il a été partout informé qu’il y a de la pénurie de pétrole à Bamako. Est-ce de la rétention de stock ou une vraie pénurie ? On ne sait trop.

Les Maliens ne peuvent plus manger à leur faim, le riz exonéré à 310 F CFA le kilo est introuvable et il faut désormais débourser au moins 400 F pour un kilo. La viande est inaccessible pour le commun des consommateurs. Et comme un malheur ne vient jamais seul les citoyens ne peuvent plus se mouvoir faute de moyen pour se mettre quelques gouttes d’essence. Ce n’est plus la vie chère, c’est la vie impossible.


Abdrahamane Dicko

27 Juin 2008