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Ainsi donc le Mali se trouve seul, face à son devenir, livré à lui-même, en proie à toutes les menaces, de la partition totale à une dictature militaire qui ne tarderait pas à montrer ce dont elle est capable.

On le sait trop, les intimidations sont les signes précurseurs d’un autoritarisme irraisonné. Or on n’a que trop vu la tendance de la junte et de son chef à manifester son autorité pour rappeler aux uns et aux autres que c’est eux qui décident. Un comportement qui n’augure rien de bon.

Après les arrestations et interpellations de personnalités, sans explications qui vaille, l’on vient d’assister avec l’arrestation du confrère Birama Fall, directeur du journal Le Prétoire, à ce qu’il faut absolument qualifier d’atteinte grave à la liberté de presse. Parce qu’ayant reçu un coup de fil sur une information très compromettante pour les militaires au pouvoir, le journaliste a été arrêté par la sécurité d’état qui l’écoutait. La preuve que nous sommes aujourd’hui tous sur écoute, même des simples citoyens, peuvent se retrouver au QG de la junte pour avoir émis ou reçu un coup de fil.

Le capitaine Sanogo qui a juré la main sur le cœur « nous ne sommes pas venus pour nous éterniser » peut aujourd’hui difficilement expliquer au peuple malien que sa volonté de diriger la transition participe de son pieux vœu « pour la défense de l’intégrité territoriale » qui se fait sur le front et non dans un bureau climatisé. L’homme a-t-il changé comme tous les putschistes qui arrivent avec de bien belles intentions mais tournent casaque par la suite ?

Confiscation

Tout démontre aujourd’hui que le chef de la junte n’a aucune envie de laisser le pouvoir alors même qu’il s’est engagé à un retour effectif à l’ordre constitutionnel qui a abouti à l’investiture d’un président intérimaire conformément à la constitution du 25 février 1992 qui désigne le président de l’assemblée nationale. Ne pas vouloir de Dioncounda Traoré dans ces conditions, c’est remettre en cause la constitution. En somme c’est se dédire.

La composante civile du CNRDRE, conseillers du Capitaine Sanogo, serait très insistante auprès du chef de la junte pour qu’il ne ccède pas le pouvoir à ceux qui ont toujours été aux affaires ». Pour eux, le moment est venu de gérer le pays comme ils l’entendent à défaut de pouvoir conquérir le pouvoir de façon démocratique. Voulant se donner une bonne conscience, ils veulent remettre au goût du jour la fameuse idée d’une convention nationale retoquée suite à l’accord-cadre signé par le capitaine Sanogo qui s’y est engagé à un retour à l’ordre constitutionnel, accord-cadre dont le respect scrupuleux semble aujourd’hui être son argument premier pour refuser la conduite de la transition par Dioncounda.

Personne aujourd’hui ne peut dire si l’opposition entre les membres de la junte aboutira à faire entendre raison à leur chef. Mais il est certain que son exacerbation se dénouera à la militaire. Les civils n’auront alors pas leur mot à dire. Et il faut craindre un nouveau coup d’état contre la démocratie et l’ordre constitutionnel si d’aventure, les officiers consciencieux venaient à échouer face aux égotistes civils et militaires du CNRDRE qui ont détourné le capitaine Amadou Haya Sanogo de sa mission. Au président du CNRDRE de se ressaisir pour éviter au Mali d’autres épisodes encore tristes.

La menace d’un futur aussi sombre pourra amener les forces vives de la nation notamment celles qui animent le front social à savoir la très puissante union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) et la remuante association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) à se saisir de la contestation contre le CNRDRE, si ce n’est déjà fait, pour compliquer davantage la terrible équation à plusieurs inconnus de la situation au Nord du pays que le Président et le Premier ministre de la transition (des mathématiciens reconnus) éprouvent beaucoup de difficultés à résoudre.

O. Diallo

15 Mai 2012