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C’est une touche d’humilité et d’abnégation qui fait souvent la différence entre l’orgueil et la prétention. Ainsi pourrait être formulée la réflexion que la CAN propose aux Éléphants de Côte d’Ivoire.

Ces derniers ont conclu de manière plutôt piteuse un parcours lancé en fanfare et poursuivi dans l’euphorie. L’orgueil, c’est certainement la qualité la plus régulièrement démontrée par le Ghana.

Le Black star était plutôt pauvre en vedettes, limité dans son potentiel offensif et affaibli plus qu’à son tour par les blessures ou les suspensions.

Il n’a été véritablement souverain que face au Maroc, le reste du temps il a dû composer avec ses lacunes et avec la détermination de ses adversaires.

Mais il est resté constant dans ses principes de jeu et s’est retrouvé récompensé par une troisième place qui est loin de lui être indifférente.

La prétention, c’est par contre le péché auquel ont succombé Drogba et ses partenaires. Trop vite tranquillisée par un démarrage foudroyant, bercée par un chœur unanime de louanges (méritées, du reste), la sélection ivoirienne a fini par se convaincre que la seule qualité de son effectif lui garantissait l’accès au titre africain.

C’est pourquoi jeudi dernier l’ouverture précoce du score par les Pharaons ne l’avait pas excessivement émue. Pas plus que ne l’avaient inquiétée les occasions gâchées de revenir au score.

Elle n’a renoué avec l’inquiétude qu’au troisième but égyptien et, signe de faiblesse, a essayé de porter la confrontation sur le plan physique. Terrain sur lequel, l’a volontiers suivie l’Égypte désireuse de montrer que sa supériorité s’exerçait dans tous les styles de jeu.

C’est encore la prétention qui a empêché samedi dernier les Ivoiriens d' »achever » le Ghana lorsqu’ils en avaient eu l’occasion en première mi-temps. Au coup d’assommoir, ils ont préféré le jeu du chat et de la souris, oubliant que les rôles peuvent très rapidement s’inverser pour qui se risque à cet exercice.

L’orgueil a été aussi le carburant qui a fait avancer le Cameroun jusqu’à la finale. Les Lions auraient dû être domptés beaucoup plus tôt sils n’avaient pas eu en eux cette volonté de tenir leur rang et cette croyance en l’efficacité de leur méthode.

Celle-ci était adaptée à leurs moyens et n’en aurait certainement pas fait de beaux vainqueurs. Le football a épargné aux Lions l’amertume d’un échec trop cinglant, mais il leur a refusé le cadeau d’un sacre miraculeux.

Il a préféré consacrer l’équipe qui a jusqu’au bout concilié intelligence et détermination, organisation et créativité. L’Égypte avait autant d’orgueil que le Ghana et le Cameroun. Mais elle disposait d’un talent collectif supérieur. Et pour le bien même du football africain, il était juste que cette qualité là, paye.

G. DRABO

L’Essor du 12 février 2008.