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Emeka, le personnage principal du livre pour enfants de l’auteure nigériane Onyinye Ough est « quelqu’un de bien qui travaille pour un gouverneur ». Il ne ressemble pas à ceux que l’on imagine corrompus dans leurs grosses voitures et grandes maisons. Le fonctionnaire ne réalise même pas qu’il participe à la grande chaîne de la corruption lorsqu’il recommande un ami à son patron pour réaliser un travail de voirie. Il ignore que la compagnie de BTP devra elle-même payer un énorme pot-de-vin pour remporter le contrat et qu’elle n’aura plus assez d’argent pour payer un matériel de qualité pour la route. Il ne se doute pas qu’il causera ainsi indirectement un grave accident. « Le message-clé de cette histoire, c’est que la plupart du temps, les gens ne sont pas ‘mauvais’ mais ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font », explique l’écrivain à l’AFP. « C’est différent de la ‘grande corruption' », dit-elle. Au Nigeria, pays pétrolier de 180 millions d’habitants et parmi les derniers au classement de Transparency International, la corruption est malheureusement à tous les niveaux de l’échelle. Elle fait partie du quotidien, des quelques milliers de nairas « offerts » aux agents de police pour améliorer leurs fins de mois, ou à ceux glissés aux services administratifs pour accélérer les procédures. Favoriser un ami ou un associé pour un emploi ou un appel d’offre est chose courante. Et, au sommet de cette pyramide sociale, gangrénée par les pétro-nairas, se trouve ce que Mme Ough appelle la « grande corruption »: les centaines de milliards de dollars disparus dans les trous noirs des caisses de L’État depuis les débuts de l’extraction de pétrole dans les années 1960.AFP