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là, Deurick van Blerk a comme d’habitude pris la mer à la nuit tombée. Direction le cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud du continent africain, pour une pêche interdite aux ormeaux qu’il espérait miraculeuse. Il n’en est jamais rentré. C’était le 11 août. Dans le port de Hout Bay, au sud de la mégapole sud-africaine du Cap, ses proches sont persuadés que le jeune homme de 26 ans a été tué par la police, victime d’un nouvel épisode de la bataille navale qui se joue entre braconniers et forces de l’ordre. Une guerre sans merci, dont l’essentiel des revenus nourrit les activités de gangs locaux ou de mafias internationales et les miettes assurent la survie des communautés locales. « Deurick et moi, on a commencé à braconner à l’âge de 15 ans », raconte son cousin Bruce Van Reenen, 23 ans. L’ormeau du type Haliotis midae, un mollusque établi uniquement dans les eaux sud-africaines, est une de leurs cibles privilégiées. Sa chair délicate est très prisée des gourmets fortunés en Chine, comme la corne de rhinocéros pour la médecine traditionnelle. « D’habitude, on pêche ensemble. Mais pas cette nuit-là », poursuit Bruce Van Reenen. « On est parti sur deux bateaux différents. Moi pour Camps Bay, lui autour de la péninsule du Cap. » La compagne de Deurick van Blerk, qui a depuis accouché d’une petite fille, l’attendait à l’aube dans la maison familiale du quartier pauvre de Hangberg pour partager leur premier café de la journée. – « Force létale » – Mais depuis ce matin-là, rien. Plus de nouvelles. Pas même un corps ramené par la mer. Ses deux compagnons de bord accusent une unité spéciale de la police maritime de l’avoir abattu en tentant d’arraisonner son bateau. Ils ont porté plainte pour meurtre. La police a ouvert une enquête, toujours en cours. Les impacts de balles relevés sur le bateau « suggèrent que la police a eu la main lourde », reconnaît le porte-parole du ministère de la Pêche, Khaye Nkwanyana. « Ils ne peuvent tirer qu’en cas de légitime défense », ajoute-t-il. « S’ils ont tiré le coup de feu qui a tué Deurick, c’est une faute, c’est illégal et ils doivent être arrêtés », assure-t-il. Membre de l’unité spéciale en cause, l’inspecteur Erich Koekemoer défend ses collègues bec et ongles. « Si ma vie est menacée, s’ils essaient par exemple d’éperonner mon bateau, alors je suis autorisé à recourir à la force létale », affirme-t-il. Les incidents violents entre pêcheurs et policiers se répètent dans la zone depuis que les autorités y ont renforcé leurs patrouilles. « Ils n’hésitent plus à nous tirer dessus », s’inquiète Bruce Van Reenen. « Mais je n’ai pas le choix, c’est ma vie. AFP