Partager


Il fut un temps où les spéculations allaient bon train sur une probable candidature du Premier ministre Modibo Sidibé à l’élection présidentielle de 2012. Chaque fait et geste de l’homme de la primature était alors interprété comme allant dans le sens d’une campagne avant la lettre. Il était même soupçonné de courtiser le mouvement citoyen pour en faire une base électorale.

A toutes ces hypothèses et suspicions est venu se greffer un fait apparemment anodin mais plein de signification lors du congrès ordinaire de l’URD. Il s’agit du limogeage par Soumaïla Cissé de Alou Sow de son poste de secrétaire général adjoint du parti de la poignée de main. Pire, M. Sow n’est même plus membre du Conseil exécutif de l’URD.

On explique son limogeage par le fait qu’Alou Sow roulerait pour son maître, le Premier ministre Modibo Sidibé dont il est le chef de cabinet. Autant dire donc que même Soumaïla Cissé croit à la candidature de l’actuel Premier ministre en 2012. Ce faisant, il le considère déjà comme un adversaire potentiel de qui il faut se méfier, à défaut de pouvoir le combattre.

Mais, concrètement, quel crédit peut-on accorder à toutes ces supputations ? Les différents candidats et leurs partisans ne s’amusent-ils pas à se faire peur en brandissant Modibo Sidibé comme un épouvantail sur leur propre chemin ? Car, à l’heure actuelle, rien ne permet de déceler un brin d’ambition sous la carapace du Premier ministre quant à la conquête de la magistrature suprême. Sans publicité tapageuse il vogue normalement aux affaires que lui confère sa charge d’homme d’Etat.

De plus, il échappe au schéma traditionnel du haut fonctionnaire qui utilise les moyens de l’Etat pour battre campagne au nom du parti. Qu’il inaugure un pont ou pose une première pierre, on se rappelle qu’ATT a particulièrement souffert dans la présentation des comptes des responsables publics, les citoyens sont enclins à confondre leur poche avec l’argent du peuple.

Et même si Modibo était candidat, il rencontrerait mille obstacles qu’il lui serait difficile de franchir. En politique il n’y a pas de génération spontanée, or Modibo Sidibé sort presque du néant. Homme sans parti et donc sans base, il traîne en plus la malédiction d’être un militaire.

Il ne peut compter sur le mouvement citoyen, la cinquième roue du carrosse au sein de la classe politique. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, cette association politique n’a été que d’un apport infime dans l’élection et la réélection d’ATT. De plus les élections générales de 2007 ont prouvé que les candidatures indépendantes surtout en ce qui concerne la députation sont passées de mode. Cela reste particulièrement vrai concernant l’élection à la magistrature suprême.

A ce sujet, l’intermède ATT doit être considéré comme un cas particulier. En effet, ATT n’est pas sorti du néant. Outre qu’il fut l’un des héros de la révolution de mars 1991, il a mené une transition réussie à son terme et rendu le tablier sans coup férir.

Ses diverses médiations pour résoudre certains conflits en Afrique ont davantage renforcé son aura. Sans compter les interventions de la Fondation pour l’enfance dans les coins les plus reculés de la brousse pour apporter aide et assistance aux populations défavorisées. Certains disent, à juste titre, que ATT a mené dix ans de campagne électorale.

L’actuel Premier ministre, Modibo Sidibé, ne comptabilise pas un tel bilan. Homme discret, il a plutôt passé toute une vie dans les oubliettes du secrétariat général de la présidence de la République, même si on dit que c’est un homme de dossier. Le plus dur pour un candidat indépendant en 2012 sera de vaincre les partis politiques à commencer par l’Adéma et l’URD.

Les abeilles, contre vents et marées, veulent retrouver ce qu’elles avaient perdu et l’URD veut faire son baptême du feu. Pour des raisons évidentes (Dion-counda l’a toujours dit), ces deux partis s’étaient effacés au profit de l’indépendant ATT en 2007.

Ils n’entendent plus continuer à servir la cause d’autrui au détriment de leurs propres intérêts. C’est tout en leur honneur parce qu’un parti politique est fait pour conquérir et exercer le pouvoir. Toute autre considération est superflue.


Mamadou Lamine Doumbia

09 Juin 2008