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La pièce a toute l’allure d’un scénario hollywoodien concocté sur les hauteurs de Beverly Hills. Où le cocasse le dispute au ridicule, où le tragique côtoie le comique. Les accidents de la circulation sont très fréquents à Bamako, mais ce qui s’est passé jeudi dernier vers 18 h devant le siège de votre quotidien préféré, dépasse l’entendement. En fait il ne s’agissait pas d’un accident au sens propre du terme mais d’une tentative d’assassinat comme nous l’avons titré dans notre édition du vendredi 8 août.

En effet, quel que soit ce qui s’est passé antérieurement entre les deux protagonistes, cela ne méritait pas une chasse à l’homme dont le motocycliste aurait fait les frais si son instinct de survie ne l’avait pas poussé à sauter de selle. Sa Djakarta fut tout simplement broyée et réduite en miettes par une soif de vengeance jamais égalée chez un homme.

Tout se serait terminé par un compte d’apothicaire après d’éternelles discussions de marchands de tapis si les agents du 5e arrondissement appelés à faire le constat, n’avaient pas cherché des poux dans la tête des journalistes. Ils ont voulu tout bonnement confisquer l’appareil qui a servi à notre reporter à prendre des photos de la catastrophe. Face au refus de ce dernier et au tollé de toute la rédaction, les policiers ont envahi le siège du journal. Leur objectif n’était même plus de confisquer l’appareil mais d’embarquer manu militari notre collaborateur sur le commissariat.

Là, opposition farouche du directeur de publication de «Le Républicain» qui a vu à juste titre dans l’attitude des policiers une entrave à la liberté d’expression et une violation de son lieu de travail. Finalement, c’est après moult conciliabules au téléphone, qu’un inspecteur de police, assez sage et courtois, affirmant que «nous faisons le même travail», intima à ses agents de rentrer au commissariat.

Et ce fut chose faite. Néanmoins l’attitude des policiers reste suspecte. Dans cette affaire, la presse constituait-elle pour eux un témoin gênant ? Il y a lieu de le croire, vu d’un côté l’abondance de secours pour le chauffard dont la femme est une policière et, de l’autre, l’apparente indigence de l’étrange victime. La Fontaine n’a-t-il pas dit que «selon que vous serez puissant où misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir» ?

En tout état de cause, les forces de l’ordre ne doivent pas se comporter comme des forces du désordre. C’est dommage qu’à tout bout de champ, les journalistes soient empêchés de faire leur travail et les députés bastonnés. Certes, on ne va pas jeter le bébé avec l’eau du bain surtout que le ministre de la sécurité intérieure, le général Sadio Gassama a promis aux élus de la nation qu’il s’emploiera à séparer le bon grain de l’ivraie. L’honneur de l’institution est à ce prix.


Mamadou Lamine Doumbia

12 Aout 2008