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Dans son dernier rapport, le Vérificateur général, Amadou Ousmane Touré, a dénoncé la mafia financière qui a caractérisé l’attribution de la 3ème licence de la téléphonie globale. Dans une interview accordée à RFI, le mardi 24 décembre 2013, il a réaffirmé l’inertie intellectuelle des ministères de l’Economie et des finances et celui des Télécommunications et des postes pendant la période de la transition.

L’ancien procureur Amadou Ousmane Touré est à la tête du bureau du Vérificateur général il y a environ trois ans. Depuis son arrivée à la tête de cette structure, il ne cesse d’œuvrer pour déceler les abus financiers conformément à sa mission. Dans cette optique, il a publié un rapport accablant, notamment sur la gestion de passation du marché de la troisième licence de téléphonie Globale au groupe Planor Monaco Telecom. Pour lui, cette affaire rocambolesque de la 3ème licence incrimine toutes les autorités de la transition. Notamment le ministre de l’Economie et des Finances d’alors, Tiéna Coulibaly et Bréhima Tolo, ministre des télécommunications des nouvelles technologies et de la poste.

En réponse à la question du confrère de RFI sur le plus grand scandale du régime de transition, l’attribution de la troisième licence de téléphonie globale au groupe Planor Monaco Telecom, le Vegal a été plus clair. Il a certifié que l’autorité qui a attribué cette licence était matériellement incompétente et qu’il y a des entorses aux textes qui régissent le secteur des télécommunications. Dans son intervention, il a témoigné que la commission ad-hoc chargé de gérer ce dossier sous la tutelle du Département des télécommunications et le ministère de l’Economie et des finances qui doit veiller sur le respect de tout financement ont été tous défaillants et légers. Il a précisé que le patron du Département de l’Economie et des finances, Tiéna Coulibaly, s’est trompé, sous entendu qu’il a été naïf. Cela en esquivant de parler de la complicité de ce dernier.

Interrogé s’il y a eu du favoritisme lors de l’attribution de cette troisième licence, Amadou Ousmane Touré a répondu par l’affirmative. «On peut penser qu’il y a eu favoritisme. Toutes les fois qu’il y a violation d’une règle de passation des marchés ou de délégation au service public au point qu’on ait besoin de démontrer qu’il y a eu enrichissement, qu’il y a eu transfert d’argent, le fait de violer une disposition constitue en soi un délit de favoritisme. Mais nous ne l’avons pas retenu. Nous avons laissé cette recommandation ouverte. Il appartiendra au procureur d’entamer des poursuites et de décider s’il peut retenir le qualificatif de favoritisme ou pas».

En juin dernier, le ministre de l’Economie de l’époque, Tiéna Coulibaly, a affirmé que tout le processus sur cette troisième licence avait été conduit conformément aux dispositions du Code des marchés publics. Est-ce qu’il s’est trompé ?, insistait le confrère. Dans un langage diplomatique, le Vegal a dira ceci : « Je pense sincèrement que oui. Je pense que, lui, il était certainement de bonne foi. Mais il s’est trompé quand même ». Cette tromperie d’un ministre du rang de Tiéna Coulibaly sur un dossier financier aussi important de plus de 55 milliards de FCFA dénote sa naïveté et sa légèreté. Quant à son collègue, Bréhima Tolo, on peut expliquer son cas par l’inexpérience et l’amateurisme.

Et s’est-il trompé parce qu’il était complice, poursuivra le journaliste déterminé à tirer le ver du nez du Vérificateur général. «Non, je ne crois pas. Peut-être que la crise en cours a perturbé les finances de l’Etat et l’économie. Donc forcément le gouvernement devrait annuler la procédure et reprendre sur des bases saines», répondra le Vegal.

A la question de savoir qui de Dioncounda Traoré, de Cheick Modibo Diarra et du capitaine Sanogo était le responsable de cette boulimie financière, l’interviewé indiquera que c’est tout le gouvernement y compris le président intérimaire Dioncounda Traoré qui est responsable de cette défaillance.

Oumar KONATE

Le Prétoire du 6 Janvier 2014.