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Désigné attributaire de la 3e licence de téléphonie mobile par les autorités de la transition sans avoir réglé la totalité des 55 milliards de F CFA qui lui est due, Apollinaire Compaoré n’a rien investi pour le démarrage futur des activités d’Alpha Técom. Le doute est permis sur sa capacité et son sérieux à développer le secteur au Mali comme le dit le cahier des charges et il n’a pas bonne presse dans le monde des affaires.

jpg_une-2262.jpgUn adage de chez nous dit que « la nuit agréable se sent depuis le petit soir ». En collant ce proverbe à la problématique de la 3e licence de téléphonie globale attribuée à l’homme d’affaires burkinabé Apollinaire Compaoré, l’opinion publique est en droit de se demander si déjà cette affaire n’est pas mal emmanchée pour l’Etat malien. Quel profit le gouvernement malien pourra-t-il tirer de ce business et à quoi peut s’attendre le consommateur de téléphonie mobile malien dans l’attente d’innombrables services et potentialités offerts par le GSM dans ces conditions ? L’interrogation mérite son pesant de préoccupation pour deux logiques :

Primo : la licence a été attribuée de gré à gré et à crédit à M. Compaoré, qui a réussi à jouer de sales tours à ses partenaires sous le prétexte que ceux-ci ont été défaillants dans le paiement de leur cote part des 55 milliards de F CFA. La faveur lui a été accordée de payer en compte goûte le prix d’adjudication. Il a libellé au départ 33 milliards de F CFA en février 2013 en jeu d’écriture dans un compte de la Bcéao. Il est incapable aujourd’hui d’apurer le reliquat de 22 milliards de F CFA depuis cette date alors que le cahier de charge lui donnait un délai de 3 mois. Par gentillesse, le gouvernement de transition lui a accordé un délai de grâce de 6 mois qui s’achève le 13 novembre prochain. Il est encore loin du compte puisqu’il court encore derrière 7 milliards de F CFA pour boucler les 55 milliards.

Secundo : La 3e licence adjugée dans des conditions de facilité ou de complicité au PDG de Planor-Afrique avec son nom commercial malien Alpha Télécom, ne devrait pas souffrir de si long retard tant dans sa forme que dans son fond. Dans sa forme, la licence n’existe que sur papier puisque M. Compaoré est encore redevable au trésor public. Dans le fond, Alpha Télécom qui existe sur papier n’a pas encore connu d’existence physique dans notre pays.

A ce jour, son promoteur n’a pas construit ou baillé un immeuble pouvant lui servir de siège, il n’a non plus recruté de personnel. Pourtant le délai de grâce de six mois qui lui a été taillé sur mesure s’achève le 13 novembre 2013 dans environs deux semaines. Il ne devrait bénéficier d’une prorogation de six mois que s’il avait réalisé au moins des investissements. C’est encore là le signe de la mauvaise interprétation du cahier des charges par les autorités de la transition.

Dans ces conditions, quelqu’un qui a de la considération pour ses partenaires (le Mali et le peuple malien) et qui est de bonne foi et de l’ambition n’aurait pas entendu 9 mois pour investir quelques centaines de millions au moins pour montrer un signe de visibilité dans le chantier qu’il veut mettre en place.

Des informations sur l’homme d’affaires du pays des Hommes intègres nous enseignent qu’il a le sens des affaires dans lesquelles il est extrêmement doué. Mais il a aussi le don du drible et de la compromission. Une bataille judiciaire l’avait opposé pendant de nombreuses années à son partenaire et coactionnaire émirati, Etisalat de Télécel Faso, le 3e opérateur de téléphonie mobile dans ce pays. Il a fini par avoir le dessus sur Etisalat dans son pays au moment où le tribunal international de commerce de Paris lui avait sommé en 2011 de céder dans un délai de 60 jours, le contrôle du capital de Télécel Faso à Etisalat.

M. Compaoré a eu plein de démêlés de ce genre et il serait ici fastidieux de parler de tous ses coups bas dans le cadre de ses affaires. Le gouvernement malien est averti et doit savoir qu’il est en train de marcher sur des œufs.

D’ailleurs le fameux rapport du Vérificateur général dont nous avions fait allusion dans notre précédent article sur le même dossier et dont nous disions qu’il était devenu un secret pour le citoyen lambda ne tardera plus à être publié. Son contenu sera une boussole pour les plus hautes autorités de s’imprégner de toutes les zones d’ombre de cette affaire abracadabrantesque.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 30 Septembre 2013