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Ne plus être obliger de surseoir aux plaisirs de la ville, avoir plus de liberté de s’habiller à sa guise, pouvoir sortir la nuit pour se rendre aux multiples lieux de show, l’illusion d’une liberté totale sans aucune contrainte de la communauté. Ces diverses raisons amènent bon nombre de saisonniers à choisir Bamako pour se fixer définitivement.

La migration des travailleurs de la terre ou encore l’exode rurale ne s’observe plus de la même manière dans notre pays. Depuis belle lurette, il est de coutume dans notre pays, à l’instar d’autres pays africains, d’assister au flux migratoire de sa jeunesse vers la grande ville en vue d’aller chercher de quoi subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Ces jeunes, une fois dans la capitale, y travaillent comme aide-ménagères ou lavandières pour les femmes et les hommes sont employés comme garçon à tout faire ou encore appelés « boys », « apprentis » de transport en commun, gardien de maison, ouvriers ou encore charpentiers etc. Après les récoltes, entre le mois d’octobre et novembre, les jeunes ruraux viennent en ville pour se faire un peu d’argent. Mais une fois que l’hivernage s’approche, à partir du mois de juin, ils retournent aux villages pour y travailler la terre.

C’était une fierté pour chaque famille de voir revenir sa fille avec son trousseau de mariage et son garçon avec un engin de déplacement, un appareil audio ou autre. Seulement ce qui était considéré comme une fierté ne semble plus en être de nos jours. En effet, la grande majorité des saisonniers décident, de plus en plus, de rester à Bamako. Une situation qui pourrait trouver son explication au fait que la ville sait captiver les différentes personnes qui y séjournent pour gagner leur pitance. « Moi, ce que je regrette dans la vie est que je ne sois pas née Bamakoise, je ne veux pas, je ne peux pas rester au village, quand j’y vais après une semaine j’étouffe, à chaque fois je fuis pour revenir en ville », tels sont les propos de Nana, une jeune aide-ménagère de la place.

Comme elle, ils sont nombreux les saisonniers qui ont choisi de ne plus retourner au village. De nos échanges avec certains jeunes qui ont fui leur village, il en ressort que certaine liberté nouvellement acquise, les encourage à déserter leur hameau pour Bamako. « Tu sais au village, la nuit on s’ennuie, alors qu’ici la nuit tu te retrouves avec tes amis autour du thé et même si tu n’as pas d’argent, il y a des endroits où vous pouvez vous promener et vous distraire » témoigne Issa, un jeune pousseur de pousse-pousse.

L’installation d’autres saisonniers pourraient s’expliquer par le besoin de proximité de leurs lieux de travail, en effet des étudiants venus étudier en ville, se rendent régulièrement pendant les périodes de vacance au village pour participer aux travaux champêtres. Sous l’influence des opportunités de la grande ville, cette habitude est très vite délaissée par les étudiants qui renoncent à cette vie rurale et préfèrent passer le reste de leur temps en ville. A la fin des études, nombreux sont ceux qui choisissent d’y rester pour trouver un travail.

Khadidiatou Sanogo

Le Républicain du 14 Septembre 2013