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D’après notre confrère «Les Echos» dans une de ses récentes livraisons, le vérificateur général s’apprête à produire dans les jours à venir un rapport accablant sur la gestion des logements sociaux. Mis au parfum de la nouvelle, ATT aurait piqué une crise et fait passer un mauvais quart d’heure au pauvre Sidi Sosso Diarra.

Qui se sent morveux se mouche, le président a raison de voir rouge partout, justement parce qu’il sait qu’il n’y a plus aucune transparence dans l’attribution des logements sociaux. Il le sait, parce que la liste définitive des bénéficiaires lui est soumise et il n’a jamais manqué d’y ajouter son grain de sel, donnant à qui il veut, retirant à qui il veut.

Le rapport du vérificateur général, s’il n’est pas tripatouillé, ne peut que confirmer ce que tout le monde savait déjà, à savoir le non respect des critères d’attribution. Ces critères ont disparu pour faire place au copinage et au coquinage avec, au finish, des Maliens méritants qui sont écartés au profit de ceux qui n’en n’ont pas besoin.

«Les Echos» cite les cas de certaines filles célibataires qui ont bénéficié de ces maisons tout simplement parce qu’elles sont recommandées par des hauts d’en haut. C’est aussi le cas de ce collégien de vingt ans qui a eu gain de cause parce que ses parents sont membres de la commission d’attribution.

Pendant ce temps, les factures impayées s’accumulent. Les logements sociaux sont devenus un fardeau pour les nouveaux propriétaires. La commission menace d’ester en justice contre les mauvais payeurs.

Dans certaines localités comme Kidal et Tombouctou, les maisons sont bien là, mais ne trouvent pas preneurs. Les gens estiment que ce sont des poulaillers propres à abriter des plumitifs qu’à accueillir une famille malienne forte de ses nombreuses progénitures.
Ironisant sur le coût prohibitif de ces maisons, IBK a déclaré lors de la campagne électorale que l’acquéreur meurt en laissant ses dettes.

Ce faisant, il obère l’avenir de ses propres enfants. En fin de compte «ATTbougou» est devenu «Attéssébougou» parce que c’est faute de mieux que les gens se ruent sur ces chaumières, question de se faire un toit et de garder un minimum de dignité en échappant à l’humiliation des propriétaires, en se mettant à l’abri des spéculateurs fonciers et des prédateurs tapis dans les mairies.

Le souci de chaque Malien est de se faire un toit, mais au Mali la terre n’appartient qu’aux riches qui se construisent des châteaux dignes des mille et une nuits. De même que la terre n’est pas donnée à ceux qui la travaillent. Elle est accaparée par les opérateurs économiques véreux et les fonctionnaires sans daba qui en font plutôt des lieux de villégiature pour mener la dolce vita.

ATT veut prendre à son compte les critiques formulées par le vérificateur général mais c’est très mal à propos. D’abord cela signifie que cette institution n’est guère indépendante et que Sidi Sosso Diarra, au cours de n’importe quelle mission de contrôle, est taillable et corvéable à merci par le président de la République.

En somme ce serait une marionnette qui n’est pas au service du citoyen. Le président ne peut que s’en prendre à lui-même, personne ne l’a poussé à la roue lorsqu’il créait le bureau du vérificateur général. C’est l’histoire du charmeur de serpent qui se fait mordre par sa propre trouvaille. Cela prouve aussi que la lutte contre la corruption est un vain mot. Plus de 700 dossiers dorment dans les tiroirs à Koulouba. Le président a mis les pieds dessus.

Les Bamanans disent que celui qui a mis ses pieds sur une flèche qu’il est en train de chercher ne la trouve pas. Le comble est qu’au moment même où ATT est aux prises avec le contrôleur en chef, son Premier ministre charge celui-ci de foutre son nez dans les sales affaires du trésor public.

Là, chaque jour, paraît-il, des milliards s’envolent comme par enchantement. «Je ne sais pas ce qui se passe, a dit le président le 8 juin aux journalistes, mais chaque fois qu’on met 30 milliards à la disposition du trésor, on se retrouve avec un trou de 30 milliards».

Le trésor public malien est devenu le tonneau des Danaïdes, un gouffre sans fond. Mais ce qu’on comprend le moins, s’agissant du vérificateur général, c’est le hiatus entre ATT et son Premier ministre : l’un danse la samba, l’autre le merengue.

Mamadou Lamine Doumbia

29 Juillet 2008