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Pour tout observateur politique malien, ATT en fin de mandat, en s’affichant publiquement sa proximité avec Modibo Sidibé et Soumaïla Cissé avait décidé de surseoir sa marque de fabrique qu’est le « consensus » pour mieux se protéger et mieux réhabiliter la corruption endémique au Mali.

Les deux dauphins d’ATT sont aujourd’hui desservis par une classe politique qui ne tient plus à rééditer le scénario d’un ATT-bis… Ils auront de la peine à s’adjuger le programme d’ATT dans la mesure où toute la mouvance présidentielle se disait comptable de son bilan.

Deux hommes à la réputation entachée. Tous deux, au cœur d’un Etat miné par la corruption, les malversations et les détournements de fonds publics, engendre une part de responsabilité et ou de complicité à assumer. Tous deux, dans une même famille d’origine : l’Adéma… avec cette fois ci, un troisième homme qui fait de la figuration !

En créant une nouvelle famille « de circonstance » : l’ADR-FDR, ils affirment désormais l’héritage d’ATT dans la continuité avec comme leitmotiv, une stratégie d’alliance qui a pour nom « le consensus ». Ce qui, par opposition, met en mal, ce « consensus« à la malienne lié à un fond culturel, dont certaines manifestations sont le cousinage, les alliances, la parenté à plaisanterie, présentées comme un mécanisme de régulation des conflits ethniques. Les relations à plaisanteries doivent être utilisées pour promouvoir la paix sociale (Sarah Tanou 2003).

En faisant la promotion de cette valeur culturelle pour préserver l’unité nationale, qui permettra non seulement de pacifier rapidement les rapports sociaux, mais elle a aussi développé la tendance à chercher toujours des compromis. Depuis 20 ans, les partis politiques ont tous opté pour une gestion concertée du pouvoir, qui s’est le plus souvent traduit par un « consensus ».

Le consensus ne signifie pas forcément que tout le monde est satisfait du résultat, mais suggère plutôt que tout le monde peut juger le résultat acceptable et que la majorité est satisfaite. En étant les héritiers d’ATT, ils se positionnent clairement dans la continuité et non dans le changement.

Une continuité avec toujours une corruption à deux faces : l’une, publiquement illégale, est dénoncée ; l’autre, légitimée par les pratiques sociales, est tolérée, parfois même encouragée. Cette corruption qui n’est pas analytiquement dissociable d’un régime des « faveurs », du « clientélisme », du « piston », du « népotisme », des « passe-droits », des « recommandations », du « régionalisme », du « corporatisme » et de l’avantage accordés au titre de la famille, de l’amitié. On pouvait également le soupçonner de vouloir rapprocher ces deux hommes afin qu’ils puissent travailler ensemble, quel que soit le camp victorieux.

Les Maliens ont plus que jamais besoin d’un Mali fort avec une nation rassemblée

ArentLijphart (democracies 1984) est persuadé que la démocratie consensuelle est le modèle politique le plus efficace en ce qui concerne la réalisation de la paix et de la stabilité des institutions politiques. Ce nouveau changement de paradigme ne suppose-t-elle pas une réflexion critique sur la Constitution dans la pensée malienne du modèle démocratique critique dominant et une compréhension des expériences démocratiques dans les mondes non-occidentaux ?

L’erreur est de concevoir ces alliances politiques comme des contrats intangibles. En prônant le consensus sur des années, plusieurs acteurs politiques ne sont pas souvent d’accord avec les options de gouvernance choisies, mais refoulent l’expression du désaccord. Ce qui tue l’aspiration même de la démocratie.

La chute d’ATT, n’est-elle pas aussi la défaite du consensus politique dont il avait fait son modèle de gestion du pouvoir.

En effet, nous sommes en droit de nous demander si les valeurs de la démocratie sont-elles universelles et s’imposent-elles ipso facto aux particularismes socio-historique et culturel de toute société humaine ? Peut-on exporter la démocratie ? Toute société est-elle prête à accepter le respect des principes démocratiques sans être au préalable passée d’une structuration collective à l’autonomisation de l’individu ?

Dr. Oumar Kéita, historien, politologue, chercheur associé au GSPR (Groupe de sociologie pragmatique et réflexive) EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales)-Paris France porte-parole du candidat Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) en France.

Les Échos du 18 Juillet 2013