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Elu avec un score assez honorable traduisant l’espoir que ses compatriotes placent en lui pour répondre à leurs nombreuses attentes, le nouveau Président du Mali Ibrahim Boubacar Keita accumule trop tôt des erreurs et suscite déjà des déceptions diverses auprès de certains Maliens.

IBK-Les dirigeants les plus exemplaires à travers le monde notamment dans un système démocratique favorisent une certaine complicité au sein des équipes qu’ils conduisent pour atteindre leurs objectifs. Ils savent que cela est indispensable pour réussir dans leur gestion de l’Etat.

La collaboration féconde ne saurait rimer avec des attitudes autocratiques et d’autosuffisance. Tout être a besoin et a intérêt à être conseillé pour non seulement échapper à certaines erreurs mais aussi pour permettre son auto perfectionnement. La nature humaine est régie par ce principe incontournable.

Toute attitude contraire conduit fatalement aux déboires en toute circonstance et en tout temps. Sous cet aspect, les exemples fourmillent à travers le monde.

A cet égard, il faut dire que certaines erreurs apparemment « banales » commises par le nouveau Président Ibrahim Boubacar Keita de son investiture à aujourd’hui pouvaient être évitées s’il comprenait non seulement qu’il a besoin des conseils des autres et que nul n’est parfait et ne peut seul avoir la meilleure lecture sur tous les sujets.

Il est important d’attirer l’attention sur ses maladresses notamment verbales lors de la cérémonie d’investiture.

Après avoir été investi par le président de la cour suprême Nouhoum Tapily, le président IBK a adressé des mots particuliers à l’endroit de certains invités de premier ordre parmi lesquels l’ex-Président dictateur le Général Moussa Traoré, auquel, il a exprimé sa joie et ses remerciements pour être venu. Le Président IBK n’a pas trouvé de mots plus appropriés que de qualifier Moussa Traoré de ‘’grand républicain’’.

Face à cette erreur historique d’un Président qui est considéré par ses compatriotes comme un homme qui sait bien lire dans les faits, on se pose la question de savoir comment il a pu poser un tel acte ?

En quoi, le général Moussa Traoré peut-il être pris pour un républicain à fortiori ‘’Grand républicain’’ après plus de vingt de dictature imposée au Mali ?

L’exercice de son pouvoir sans partage, a conduit à plusieurs crimes, drames et destructions au Mali. Cela est bien connu de tous les Maliens sensés et même des partenaires du Mali.

Cette formule de ‘’grand républicain’’ adressée à Moussa est loin d’être en adéquation avec la gestion, les attitudes, les propos et actes de cet homme durant toute la période de 23 ans passés à la tête du Mali. Le peuple du Mali a reçu cette qualification du Président IBK à l’intention de Moussa Traoré, comme une insulte qu’il ne mérite pas de la part de celui dont il attendait plutôt reconnaissance et respect de sa volonté.

Et cela apporte de l’eau au moulin de ceux qui présentent IBK comme un autocrate donnant peu de chance à son entourage de lui dire la vérité. Et on va jusqu’à prédire des ressemblances de gestion future de l’Etat avec celle de cet homme qui a dirigé le Mali pendant 23 ans sans partage.

IBK s’estime-t-il autosuffisant pour bien mener le bateau du Mali à ses multiples destinations :

– rétablissement de la paix durable par la réconciliation nationale notamment avec les populations du nord,

– la restructuration de l’armée malienne,

– le redressement et l’essor socioéconomiques et culturels.

Sinon comment comprendre qu’un dirigeant entouré d‘autant de cadres supposés compétents dans divers domaines, puisse tomber dans une telle gaffe impardonnable au vu de sa maturité politique ?

L’argument selon lequel, ces honneurs s’inscriraient dans le cadre d’une certaine réconciliation nationale ne saurait permettre d’adresser à Moussa Traoré des propos contraires à la réalité ou de lui reconnaître des actes de républicain dont il n’est pas auteur. Parce que même au nom de la réconciliation, l’ex-président Moussa Traoré ne mérite rien au vu de ses actes horribles indélébilement archivés dans l’histoire du Mali.

Les Maliens se rappellent de tous les dégâts qui leur ont été causés par GMT (Général Moussa Traoré) à travers des liquidations pures et simples d’officiers des forces armées et de sécurité maliennes au moment où il était au pouvoir. Des cadres maliens opposés à son mode de gestion du pouvoir, ont été assassinés par un certain type de torture inhumaine. Ainsi, les espoirs de nombreuses familles maliennes ont été brisés par un homme dont le seul dessein était d’obliger ses compatriotes à accepter sa vision unilatérale de gestion de l’Etat avec toute l’incohérence qu’elle revêtait. Un Etat dont il a eu la charge par une voie illégale en renversant le régime d’une très haute personnalité du Mali dont les vertus et l’exemplarité font l’unanimité au-delà des frontières maliennes voire africaines à savoir le Président Modibo Keita.

Le ‘’grand républicain’’ a arrêté, emprisonné et déporté à Kidal pendant sept ans sans jugement Attaher Maîga ex-ministre d’un gouvernement de Modibo Keita et non moins père de l’épouse du président IBK. Il faut ajouter que Mamadou Diarrah, père du nouveau Ministre de la réconciliation et du développement des régions du nord Cheick Oumar Diarrah est mort par privation de médicaments après neuf ans de déportation sans jugement à Kidal. Le Professeur Ibrahima Ly arrêté et torturé puis enfermé pendant quatre ans à Niono, est mort des sévices qu’il a subis du fait de GMT. Ibrahima Ly est le père du l’actuel Premier Oumar Tatam Ly. La liste est longue ; des femmes et des hommes qui ont souffert du régime GMT.

Tous ces développements consistent à s’inscrire en faux par rapport à la déclaration du Président IBK selon laquelle, l’ancien dictateur Moussa Traoré serait un ‘’Grand républicain’’. Notre intention, est d’attirer l’attention sur les erreurs qui peuvent être évitées afin de permettre au nouveau Président de ne pas décevoir ses compatriotes dans leurs attentes. Les résultats attendus de lui, ne sauraient être ceux de ses seuls efforts personnels. Ce seront les fruits des efforts de l’équipe qu’il dirigera.

L’omniscience, la perfection aux vrais sens des concepts ne sont l’apanage que de l’Etre Suprême (Dieu).

En conséquence, tout être humain doit se garder de donner l’impression de pouvoir se passer des autres car cela conduit inexorablement à l’échec ou aux erreurs les plus grossières.

Sur un tout autre plan, il faut signaler l’omission grave dans la prestation de serment qui a consisté à oublier la formule : « je jure de respecter et de faire respecter la constitution ». Cela a fait la une de plusieurs journaux les jours précédents.

Comment comprendre qu’un Président qui est supposé tirer sa notoriété de sa rigueur, de son sens élevé de l’Etat et de son profond attachement aux causes nationales, omette la partie de la prestation consacrée au respect de la loi fondamentale du Mali ?

Cela suppose que le Président IBK lui-même, n’a pas pris le temps nécessaire pour préparer sa prestation de serment et cela ne peut passer inaperçu.

Donc, le Président IBK en ‘’grand républicain’’ doit reprendre modestement sa prestation de serment devant la cour suprême pour être officiellement investi à la tête du Mali conformément aux dispositions constitutionnelles en République du Mali.

Dans notre édition de la semaine dernière, nous avions dit que le nouveau gouvernement est supposé être de mission.

A cet égard, le Président IBK doit comprendre que les Maliens n’attendent pas de lui, un changement instantané de tous les aspects de leur vie sociale. Cela est une utopie en un mandat de cinq voire dix ans au regard de la profondeur des maux auxquels le Mali est confronté.

De ce fait, ses efforts les plus importants et les plus urgents doivent s’orienter vers les secteurs clés de développement du Mali. Et ces secteurs sont connus de tous. Partant de là, la forme et le fond de son gouvernement doivent donner la chance pour relever ces défis.

Vu la déliquescence de notre économie nationale, le Mali n’a pas besoin aujourd’hui de 34 ministères qui ne feront qu’augmenter inutilement les charges d’un Etat qui agonise financièrement. Il serait plus judicieux et plus adéquat de procéder à une fusion de certains ministères dont les domaines d’interventions s’interpénètrent assez intimement.

Il s’agit par exemple de l’agrégation en un seul portefeuille les ministères en charge de l’urbanisme, des affaires foncières et du logement, ainsi que les ministères chargé de l’emploi et de l’Agriculture.

Il faut simplement dire que le contexte actuel du Mali, commande beaucoup de retenue dans les dépenses publiques et exige seulement que des actions d’urgence soient menées jusqu’à ce que le pays sorte de cette situation.

C’est pourquoi pour le bonheur des maliens, le Président IBK devrait éviter au Mali, ces dépenses estimées à près de 250 millions de F CFA selon certaines sources, pour organiser deux fois la même investiture.

Et pour l’honneur du Mali qu’il a promis de rétablir, le Président IBK doit tirer profit de chaque Malien et notamment de son entourage direct par leurs conseils afin d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. Il doit comprendre que seul, aucun être n’arrive à rien. Et en le comprenant, il doit commencer dès maintenant à se corriger pour mener à bon port le bateau du Mali.

Ousmane DAO

Midi-Info du 20 Septembre 2013