Partager

Deux civils tués et six soldats blessés samedi dans une attaque-suicide contre un camp de l’armée : tandis qu’un soldat malien et une source militaire africaine au sein de la Minusma, la mission de l’ONU au Mali, ont parlé de deux assaillants, le gouvernement malien dit que l’attentat a été commis « par quatre terroristes », faisant six morts, à savoir « deux civils et les quatre terroristes, qui ont été tués sur le coup ». Toujours selon Bamako, l’attaque a également fait « six soldats blessés », et « la déflagration a entraîné d’importants dégâts matériels ».

On savait fort bien que Serval a sérieusement « brisé les reins » d’AQMI. Pour autant, la pieuvre n’était pas anéantie, même si l’offensive militaire internationale avait refoulé les djihadistes dans l’Adrar des Ifoghas (massif montagneux du nord-est du Mali et du sud de l’Algérie), les pays voisins, voire, pourquoi pas, dans l’anonymat au sein des populations de leur pays. La preuve qu’on a eu raison de percevoir les choses ainsi est désormais faite.

L’attentat de samedi est survenu au lendemain d’une attaque ayant visé, là aussi, des militaires maliens, dans la ville de Kidal, chef-lieu de la région du même nom, et deux militaires, hors de danger samedi, avaient été légèrement blessés. C’est la troisième attaque-suicide de l’histoire de Tombouctou, ville située à 900 km au nord de Bamako.

Les deux précédentes à Tombouctou, cité mythique inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, s’étaient déroulées les 21 et 30 mars 2013. Si le Mujao avait revendiqué la commission de la première, personne n’avait revendiqué la paternité de la seconde. La récente multiplication des attentats démontre que la guerre contre le terrorisme n’est pas terminée, voire que la situation sécuritaire demeure fragile dans toute la bande sahélo-saharienne, à en croire des observateurs. Du coup, l’urgence sécuritaire au Mali impose à IBK la sécurité comme première priorité.

Avant donc l’ambitieux programme d’investissement destiné au Nord. Car sans cette nécessaire sécurité, vains seront tous les efforts de développement socio-économique dans cette partie du pays. Une question qui vient naturellement à l’esprit après la nomination, samedi par AQMI, de deux nouveaux chefs d’unités combattantes dans le Nord-Mali en remplacement de dirigeants tués par Serval est de savoir s’il y a un lien entre cela et la recrudescence des violences au Mali. Ces deux nouvelles têtes de l’hydre auraient voulu montrer à leurs mandants qu’elles ont pris service qu’elles ne se seraient pas prises autrement que par une attaque-suicide.

« L’hippopotame » (1) a souffert en 2012-2013 de la plus grave crise de son histoire, marquée par l’occupation du Nord par des groupes armés et l’intervention militaire franco-africaine contre eux. Puis la présidentielle de juillet-août, remportée haut la main par IBK, avait suscité l’espoir d’un nouveau départ pour ce pays ; apparemment, au lieu de ce nouveau départ, est-ce plutôt le retour à la case départ ?

Car, en plus de la recrudescence des attentats, ne voilà-t-il pas que, jeudi, trois groupes armées – deux touaregs et un arabe – ayant leurs bases dans le Nord, spécialement à Kidal, ont annoncé leur retrait des discussions prévues avec le gouvernement malien dans le cadre de l’accord de juin de Ouagadougou. Ils accusent Bamako de ne pas respecter ses engagements et de causer de « multiples difficultés » dans la mise en œuvre de l’accord. « Nous sommes en train de faire ce qu’il faut », a en tout cas répondu, vendredi, Ibrahim Boubacar Kéita depuis New-York, prônant la confiance, et refusant de subir la pression de qui que ce soit alors qu’à Bamako, son gouvernement se disait toujours « disposé au dialogue ».

Dimanche, 29 Septembre 2013 20:02

La Rédaction

Notes :

(1) Sens de Mali