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C’est un homme de près d’une trentaine d’années, répondant au nom de Bachir Sennoun et qui dit être d’origine tunisienne, qui a été appréhendé avant-hier, mercredi en début de soirée, par des éléments de la police du troisième arrondissement et de la brigade anti-criminalité, après un attentat perpétré contre l’Ambassade de France au Mali, faisant du coup cinq blessés pour la plupart des passants. Selon les premiers éléments de l’enquête, il n’a été trouvé sur l’individu désigné comme un terroriste aucun document pouvant attester de son identité, encore moins de sa nationalité. Aucun lien n’a encore été établi entre lui et AQMI dont il se serait réclamé. Cependant, dans la même soirée, la police, après une descente à l’hôtel Lac Débo où il a pris ses quartiers, a mis la main sur un suspect qui, lui, est d’origine mauritanienne.

Il ressort des investigations menées par la police que Bachir Sennoun a agi en solo et à son propre compte. Il est arrivé à Bamako le 29 décembre 2010 et est descendu à l’hôtel Lac Débo, sis au cœur même du marché central de Bamako, face aux magasins Malimag.

Depuis qu’il a pris pied sur le sol malien, il ne sortait que rarement. Il était la plupart du temps enfermé dans sa chambre d’hôtel et avait très peu de rapport avec l’entourage. C’est ainsi que, le mercredi, entre 17 et 18 heures, il sortit de l’établissement, muni d’un sac de voyage et se dirigea vers la Maison des jeunes, située en face de l’Ambassade de France, de l’autre côté du square Patrice Lumumba.

Arrivé à ce niveau, il vida le sac de son contenu, à savoir une grenade, une bombonne de gaz et un pistolet de fabrication russe, avant de prendre la direction de l’Ambassade de France.

A quelques mètres du bâtiment, il se servit de la grenade pour faire exploser la bombonne de gaz sur le portail. Le portail dont on dit qu’il est blindé n’ayant pas cédé, d’un geste rapide, il sortit le pistolet, et se mit à tirer une rafale de balles, qui ricochèrent sur le portail.

Des jets de cailloux et de bâtons lui tombèrent dessus

Les éclats de projectiles ont fini par atteindre cinq personnes qui seront blessées à des degrés divers. La foule, alertée par les bruits des explosions et des tirs de pistolet, était accourue en grand nombre et n’a pu se contenir. Elle s’est aussitôt mise à jeter sur l’agresseur des cailloux dont certains le toucheront en pleine figure. Celui-ci retournera bien son arme contre la foule, mais heureusement aucune balle n’en est sortie,le chargeur devant être vide.

Des jets de cailloux et de bâtons lui tombèrent dessus. Il était à bout de force. Mais avant que la population ne le lynche, les éléments de la police en faction à l’Ambassade, aidés par ceux de la brigade anti-criminalité venus en renfort, l’ont maitrisé et conduit au commissariat du troisième arrondissement. Au regard des circontances de l’attentat, deux hypothèses se présentent :

La première, c’est que le prétendu Bachir Sennoun est un déséquilibré mental. Ou alors un individu désireux de faire un coup d’éclat pour attirer l’attention sur lui. On ne comprendrait pas autrement qu’il s’attaque seul à une Ambassade, fût-ce à une heure de faible affluence. Il revendique un lien avec AQMI, mais rien pour le moment ne le confirme. Donc, ce serait par pure fantaisie qu’il revendique ce lien.

La deuxième hypothèse est que l’opération peut bien avoir été initiée et conduite par les services secrets algériens parce que lorsque l’on pose la question de savoir à qui profite le crime, c’est vers l’Algérie que les regards se tournent de prime abord.

En effet, nul n’ignore le lourd contentieux diplomatique qui empoisonne les relations entre l’Algérie et le Mali depuis plusieurs mois. Ce contentieux est né du gel de fait de la reconnaissance par le Mali de la soit-disant république arabe saharaouie démocratique (RASD). L’Algérie y a vu une trahison dans la mesure où la reconnaissance de cette entité par la défunte OUA, au début des années 1980, avait été coparrainée par l’Algérie et le Mali.

Le rapprochement économique significatif qui s’est opéré par la suite entre le royaume du Maroc et le Mali est venu détériorer davantage cette situation.

L’Algérie a déclenché une véritable offensive diplomatico-médiatique pour discréditer le Mali

Aussi, prenant pour prétexte la situation sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne qui s’est précarisée au cours des derniers mois, l’Algérie a déclenché une véritable offensive diplomatico-médiatique pour discréditer le Mali en le faisant passer comme le ventre mou du terrorisme dans la sous-région et en présentant le président Amadou Toumani Touré lui-même, comme le complice d’AQMI et des réseaux criminels qui opèrent dans la zone.

Pour rappel qu’en septembre dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, l’Algérie avait tenté de faire voter contre le Mali, une résolution le condamnant pour la libération de terroristes contre celle d’otage au moyen de versement de rançon ou non.

Il n’est pas interdit de penser que cette opération a été montée de toute pièce par les services secrets algériens dans le but de toujours brouiller l’image du Mali et, à défaut de la condamnation juridique qui n’a pas été obtenue à New York, acquérir une condamnation morale de la communauté internationale.

Car il ne faut se faire aucune illusion. L’Algérie a déclenché contre le Mali une guerre qui n’aura de fin que lorsqu’elle le soumettra à son exigence : un retour à la politique de sujetion des années 1980, lorsque les choix diplomatiques du Mali se décidaient au palais des pins d’Alger, lorsque le président du Mali prenait ses vacances sur les rivages algériens de la Méditerranée et que Bamako était la lointaine banlieue d’Alger sur le versant austral du Sahara.

Pour dire à quel point cette guerre est implacable, le gouvernement algérien depuis dix mois que le matériel de prospection pétrolière destiné au site de Taoudéni traverse son territoire.

Pourtant, l’Algérie est partenaire du Mali dans cette opération à travers ENAGIO, la filiale de la société d’Etat SONATRACH.

Nous y reviendrons.

Abdoulaye DIARRA

07 Janvier 2011.