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une-129.jpgLa jeune fille se trouvait en milieu plus que favorable chez son employeuse, puisque cette dernière accueillait chez elle pour la troisième fois consécutive un membre de la même famille. Notre consœur était bien connue et très appréciée par les parents de ses employées de maison. Car en plus d’avoir humainement traité les deux sœurs de S.K. la patronne leur avait trouvé de bons époux. La petite était donc chez elle moins comme une employée ordinaire que comme une fille « confiée ». C’est pourquoi ce qui lui est arrivé a semé la consternation dans sa famille d’accueil.

Surprise et apeurée

Ce jour là, la patronne qui confiait d’habitude son plus jeune enfant à S.K. était sortie pour une fois avec le bébé. Ne voulant pas rester à la maison à se tourner les pouces et désireuse de se rendre utile, la jeune bonne prit l’initiative de prendre un seau et le remplit de bouteilles de jus de gingembre. Elle sortit ensuite pour essayer de placer le produit auprès des habitants du quartier. Elle tourna un bon bout de temps avant de tomber sur le boutiquier Chaka Théra à qui elle proposa sa marchandise.

L’homme se dit tout de suite intéressé à prendre le contenu intégral du seau. Car, prétendit-il, ses enfants adoraient cette boisson et il allait en remplir son frigo avec. Chaka appela alors son ami et complice étudiant et invita ce dernier à prendre le seau pour l’amener dans une maison voisine. Celle-ci n’était pas encore occupée par son propriétaire et se trouvait sous la surveillance d’un vieux qui était absent ce jour là.

Le boutiquier lui-même suivit son complice à l’intérieur de la maison et un bon moment s’écoula sans qu’aucun d’entre eux ne revienne. S.K. qui avait choisi d’attendre son acheteur à l’extérieur commença à s’inquiéter. Il lui fallait en effet récupérer aussi bien le récipient que le montant de la vente.

Après avoir marqué une certaine hésitation, elle prit son courage à deux mains pour entrer à son tour dans le bâtiment et réclamer son dû. Le boutiquier qui l’avait guetté patiemment referma la porte derrière elle. Puis il fit clairement comprendre à la jeune fille qu’elle ne sortirait sans s’être soumise à lui. Prise complètement par surprise, apeurée par la détermination qu’elle voyait dans les yeux du boutiquier, S.K. se mit à supplier ce dernier de ne pas la toucher.

Elle jura par tout ce qui lui était sacré qu’elle n’avait jamais connu d’homme et qu’elle se réservait pour son mariage. Mais ses pitoyables prières laissèrent de marbre les deux hommes. L’un d’eux s’impatienta d’ailleurs. Il menaça froidement la jeune fille de la tuer si elle n’accédait pas à leurs désirs. La petite éclata en sanglots et reprit de plus belle ses supplications. Mais les deux hommes étaient déterminés à parvenir à leurs fins.

Chaka Théra empoigna brutalement la jeune fille, lui ordonna de se déshabiller et de se coucher sur une natte installée dans une des chambres de la maison. Tremblant comme une feuille – car elle voyait bien que ses tortionnaires resteraient insensibles à son désarroi -, S.K. obéit et Sidi fut le premier à se jeter sur elle. Il se comporta de manière absolument bestiale avant de laisser la place à Chaka. Qui usa de la même brutalité et de la même violence.

Prise de tremblements

Lorsque les deux gaillards eurent satisfait leur libido, ils ne marquèrent pas le moindre remords. Bien au contraire, tout contents d’eux, ils remirent 200 francs à la jeune fille. Et, comble de cynisme, ils invitèrent leur victime à revenir le lendemain au même endroit et à la même heure, c’est-à-dire aux environs de 15 heures.

S.K. se traîna péniblement jusqu’au domicile de sa patronne qu’elle appelle « Maman ». Lorsque cette dernière arriva, elle faillit piquer une attaque en voyant S.K. dans des habits imbibés de sang. La servante en larmes lui expliqua comment elle avait été menacée et violée par deux hommes. La dame fut prise de tremblements en entendant le récit.

Elle était secouée tout à la fois de chagrin et de fureur. « C’était la première fois que je voyais une victime de viol, nous raconta-t-elle par la suite. Je ne pouvais pas m’imaginer à quel point la situation pouvait être terrible pour une victime. Ma petite bonne saignait abondamment et ne pouvait même pas s’asseoir sur une chaise« .

Notre consœur, qui était elle-même traumatisée par ce terrible événement, appela son mari au téléphone et lui demanda de rentrer toute affaire cessante à la maison. L’homme, qui n’est pourtant spécialement impressionnable, fut littéralement effondrée en voyant dans quel état se trouvait la petite. Sans perdre de temps, sa femme et lui transportèrent la jeune fille au centre hospitalier universitaire (CHU) Gabriel Touré.

Le médecin qui prit en charge la demoiselle soigna du mieux qu’il put les graves lésions que lui avait causées la brutalité des violeurs et lui remit toute une série d’analyses à faire pour notamment s’assurer qu’elle pas contracté une infection sexuellement transmissible au cours de ces rapports forcés.

Le chef de famille laissa la petite récupérer ses esprits avant de lui demander si elle était capable de les aider à retrouver et à identifier ses bourreaux. S.K. fit un effort sur elle-même pour avoir le courage pour retourner sur les lieux de son martyre. La chance servit les justiciers. Ils repérèrent assez rapidement la boutique de Chaka qui se mit aussitôt à nier avec véhémence ce qui lui était reproché.

L’étudiant, lui, n’était pas sur les lieux. Mais l’arrivée des policiers et l’afflux des curieux créa une animation et une effervescence qui ne pouvaient être ignorées de personne dans la zone. Ce fut alors que comme poussé par une force irrésistible, Sidi vint de lui-même pour se livrer aux agents du commissaires Diakité en charge du 13e Arrondissement.

Conduits à la police, Sidi resta dans la logique de son comportement : il reconnut très vite son acte. Théra lui avait adopté une tout autre tactique. Il résista le plus longtemps possible avant de se mettre à table. Le dossier est aujourd’hui bouclé au niveau de la police et les deux violeurs sont entre les mains de la justice au tribunal de première instance de la Commune VI.

Mais quelle que soit la sévérité de la peine qui leur sera infligée, elle n’effacera jamais de l’esprit de S.K. la douleur de l’outrage subi. Et elle ne consolera jamais la brave patronne, catastrophée par le malheur qui s’est abattu sur sa protégée.

G. A. DICKO

Essor du 20 aout 2008une-129.jpg