Partager

L’attaque, la semaine dernière, du poste militaire d’Abeïbara, situé à une centaine de kilomètres de Kidal, marque la fin de la trêve que Bahanga avait été contraint d’observer, suite à l’intervention de l’Armée de l’air au début du mois d’avril 2008.

Aujourd’hui, tout semble indiquer que le bandit a mis à profit cette trêve pour se réorganiser, développer une chaîne de complicités à l’intérieur et renforcer ses rangs avec des mercenaires étrangers.

Lors de cette attaque d’Abeïbara, Bahanga a bénéficié en effet d’un certain nombre d’appuis ou de complicités, sans lesquels, il n’aurait jamais tenté cette aventure.

D’abord, à l’intérieur de la localité, le bandit avait noué une chaîne de complicités au sein même du dispositif de sécurité. Quelques éléments intégrés ont été infiltrés. Ils auraient travaillé plusieurs jours avant l’attaque, à fournir des renseignements aux bandits.

Dans la nuit de l’attaque, les mêmes éléments ont été chargés de « préparer le terrain » avant l’heure H. Ils ont eu comme principale mission de saboter certains matériels de l’Armée, dont les engins blindés. La traîtrise accomplie, ils informent Bahanga, qui est passé à l’action aux environs de 4 heures du matin.

Outre ces intégrés (désormais déserteurs), le bandit, c’était prévisible, a réussi à récupérer une partie des membres de l’Alliance du 23 mai qui avaient quitté Kidal, après l’assassinat du Commandant Barka Ag Belkhair. L’appui de ceux-ci a, sans doute, permis à Bahanga de renforcer ses rangs pour mener sa dernière opération.

Un autre renfort pour Bahanga est venu du Niger. En effet, selon des informations concordantes, le groupe qui a attaqué Abeïbara était composé à la fois de Maliens et de Nigériens appartenant au Mouvement nigérien pour la justice (MNJ).

Ce n’est pas la première fois que Bahanga sollicite le concours de mercenaires étrangers.

Voilà la conjonction de trois facteurs essentiels (complicités à Abeïbara, ralliement d’éléments de l’Alliance, appui de mercenaires) qui ont été déterminants dans l’attaque d’Abeïbara.

En plus, les bandits ont bénéficié de l’effet de surprise pour attaquer par traîtrise les positions de l’Armée.


Les foudres des tribus

L’attaque contre Abeïbara, intervenue le mercredi dernier, et menée par le duo Bahanga-Ba Mossa (un commandant intégré qui avait déserté Menaka après l’attaque des garnisons de Kidal le 23 mai 2006), est sans doute la plus sanglante depuis l’éclatement de la crise de Kidal en mai 2006.

Le bilan : 15 morts du côté de l’Armée contre 17 bandits tués, de nombreux blessés des deux côtés.

Cette attaque porte un coup dur aux initiatives menées depuis des mois, à différents niveaux et par différents acteurs, avec l’objectif commun de parvenir à une cessation définitive des hostilités.

La dernière initiative en date est celle entamée par les chefs de tribus regroupés au sein de la Ligue des tribus du Grand Sahara.

Arrivées à Kidal dans le cadre d’une médiation, ces bonnes volontés, avec l’aval des autorités maliennes, devraient rencontrer Bahanga… le mercredi 21 mai dernier. Rendez vous aurait été pris dans les montagnes. Mais en lieu et place de ce rendez vous, le bandit avait son plan d’attaque contre le poste d’Abeïbara.

Rejetant du coup l’offre des chefs de tribus, dont l’autorité morale est sans conteste au sein de leurs communautés respectives. Déjà isolé au sein des communautés touarègues du pays, Bahanga risque de s’attirer les foudres de l’ensemble des membres de la Ligue des tribus du Grand Sahara, dont la tête de proue est la Libye.

Or, le bandit, ces derniers temps, misait beaucoup sur les Libyens dans sa tentative de monnayer la libération des otages. A maintes reprises, il a demandé à rencontrer le colonel Kadhafi.

Sans succès.
L’opération de la semaine dernière procède par ailleurs d’une stratégie machiavélique dont Bahanga est coutumier: réaliser des coups spectaculaires qui visent à entretenir un climat de psychose dans certains secteurs de Kidal.

Dans sa stratégie, Bahanga, qui entend visiblement donner le plus d’échos à l’étranger à ses actions, a délibérément choisi Abeïbara, ce 21 mai, parce qu’une équipe de reportage d’une télévision étrangère accompagnait la délégation des chefs de tribus.

En mars dernier, le bandit avait poussé l’outrecuidance jusqu’à inviter des médias étrangers à « assister à la chute de Kidal ».

Mais la frappe aérienne à laquelle il ne s’attendait pas, a mis fin à son projet et surtout décimé une bonne partie de sa bande. Pour sauver la face, il s’est empressé de demander à la fois l’arrêt des hostilités et une rencontre avec les autorités à Tripoli. La suite, on la connaît.


CH. Sylla

26 Mai 2008