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Certes, c’est l’Algérie qui nourrit une solide rancœur envers «le Mali dont une partie du territoire est transformée en colonie de vacance permanente pour les terroristes d’Al Qaïda au Maghreb et où ils se sentent plus libres que l’air». Certes, c’est l’Algérie qui a pu fournir les véhicules, le carburant, les armes, les munitions et les vivres pour permettre aux hommes de Bahanga ou autres de frapper si loin de leur zone d’évolution habituelle, l’extrémité nord de la région de Kidal.

Mais le Mali lui-même a largement prêté le flanc, en se laissant enferrer dans un dialogue qui n’a réussi qu’à produire une illusion de paix, au point de renoncer à s’entourer de mesures sécuritaires minimales.

L’Algérie en veut au Mali. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. La récente libération de deux otages autrichiens, grâce aux bons offices des autorités maliennes, a été salué par le monde entier sauf l’Algérie, qui y a vu une preuve supplémentaire de ce que «le territoire malien est généreusement livré aux terroristes d’Al Qaïda» et que le président ATT lui-même «pactise» avec eux.

Lors d’une précédente libération d’otages européens, survenue en 2004, l’Algérie avait affiché la même attitude indignée par presse interposée, selon un rituel bien connu. Les propos inamicaux, désobligeants, injurieux publiés par un journal proche du palais d’Alger contre le Mali et son président ont été repris par le tome I du livre à scandale, «ATTcratie…», paru à la veille des élections de 2007. Nous les épargnerons à nos lecteurs, par respect pour eux.

L’Algérie en veut au Mali parce qu’elle voit d’un très mauvais œil la nette amélioration qui se fait jour dans la relation entre le Mali et le Maroc, son ennemi traditionnel à cause du contentieux frontalier de Tindouf, qui a connu un règlement politique à Bamako, en 1963 et du conflit autour de l’ex-Sahara espagnol redevenu marocain, avec sa réintégration dans la mère-patrie en 1975.

Cette amélioration est perceptible dans la fréquence des vols de Royal Air Maroc, devenue quotidienne entre Casablanca et Bamako, signe d’une densification des échanges humains et commerciaux. Elle l’est aussi à travers l’attrait de plus en plus fort, exercé par les systèmes de santé et d’éducation marocains sur les Maliens. Elle l’est surtout à travers les investissements marocains devenus considérables, ces dernières années, dans le secteur bancaire malien (BMCE à la BDM-SA, Attijariwafa à la BIM-SA).

Ce rapprochement économique est d’autant plus irritant, voire inquiétant pour Alger qu’il s’accompagne, au plan diplomatique, d’un effort de rééquilibrage de la partie malienne sur le dossier du Sahara. Sous le généralissime Moussa Traoré, la diplomatie malienne, ou ce qui passait pour tel, était amarrée au char de «l’Algérie socialiste, populaire et révolutionnaire».

Elle ne jouissait d’aucune autonomie et ce qui était bon pour Alger l’était pour Bamako. C’est ainsi que la première n’a eu aucune difficulté à faire rallier la seconde à la reconnaissance de la prétendue «république arabe sahraouie démocratique», la seule république au monde à ne pas posséder un territoire à elle et contrainte de résider sur le territoire d’un autre, en l’occurrence l’Algérie.

Avec l’ère démocratique, le Mali est devenu plus libre, plus responsable, plus soucieux de ses intérêts nationaux et de la préservation des attributs de sa souveraineté. C’est pourquoi l’on ne voit plus les pseudo ministres de la fictive RASD parader au palais de République et dans nos ministères. C’est pourquoi le ministre des Affaires étrangères ne prononce plus une phrase, dans les fora internationaux, sur «l’autodétermination du peuple sahraoui». Un cantique, il est vrai, passé de mode.

C’est tout cela qui fait mal à l’Algérie et c’est sans doute la raison par laquelle elle a décidé de sévir, de rappeler le Mali à l’ordre : il n’y a ni paix, ni sécurité, ni stabilité au Mali que par l’Algérie. Ou le Mali se soumet à son diktat ou il devra composer avec le désordre permanent.

Mais le Mali lui-même porte une large part de responsabilité dans l’épreuve qui lui est imposée. En persistant, contre tout bon sens, à privilégier le dialogue tout en sachant qu’il est contre-productif.

Les nombreux conciliabules à Alger ou Bamako n’ont pas réussi à stopper la cavalcade meurtrière des groupuscules touareg armés et jetés contre leur pays par l’Algérie. La liste des morts, des blessés, des personnes enlevées et faites prisonnières n’arrête pas de s’allonger au fil des attaques.

Et pourtant Bamako dialogue. Quand le Niger voisin, qui a choisi la voie contraire, celle de la confrontation militaire, annonce triomphalement «l’anéantissement du banditisme armé» sur son territoire.

Le pire, c’est que ceux qui ont en charge notre sécurité collective se sont tellement accommodés de l’illusion d’une paix restaurée par le dialogue qu’ils ne croyaient plus utile d’observer les mesures de sécurité minimales.

Une radio étrangère, qui semble particulièrement bien renseignée sur «la rébellion touareg au Mali» a annoncé que la veille de l’attaque de Nampala, des véhicules 4 x 4 étaient visibles dans et autour de la localité.

Je mettrais ma main au feu qu’aucun policier, gendarme ou militaire n’a approché ces engins pour savoir qui étaient leurs conducteurs, d’où ils venaient, ce qu’ils transportaient et ce qu’ils étaient venus chercher à Nampala.

Une routine dans un Etat un tant soit peu organisé.


Saouti HAÏDARA

22 Décembre 2008