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Le Centre du Mali est en train de se transformer en un véritable chaudron. Pas plus tard qu’hier, un camp militaire y a été attaqué par des hommes lourdement armés, qui auront réussi à en prendre le contrôle et à faire plusieurs victimes dans les rangs de l’armée malienne. Ces attaques à répétition au Centre du pays, sont une preuve supplémentaire que les djihadistes n’ont pas encore dit leur dernier mot. Loin s’en faut. Elles dénotent de la capacité de nuisance des djihadistes qui écument cette région. Et Bamako devrait prendre toute la mesure du péril. En tout cas, elle aurait tort de négliger la sécurisation du Centre du pays au profit du Nord. Elle devrait désormais se rendre à l’évidence que la sécurisation de cette partie de son territoire, est un impératif. Il urge donc de bander les muscles contre les ingénieurs du mal avant que le Centre ne soit définitivement sous la coupe réglée de ces djihadistes. Bamako a d’autant plus intérêt à garder l’arme au pied que les djihadistes semblent avoir réussi à étendre leurs tentacules à travers tout le pays. C’est triste, mais il faut bien le reconnaître, les Maliens ne sont plus nulle part en sécurité dans leur propre pays. Car, du Nord au Sud et d’Ouest en Est, les djihadistes frappent sans pitié. Bamako devrait par conséquent ouvrir l’œil et le bon. A ce rythme, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) risque de perdre le Nord au propre comme au figuré et tout le reste du territoire malien. Cela dit, on a l’impression que les dieux de la paix sont en train d’abandonner le pays de Soundiata Keïta. La situation du Mali d’aujourd’hui renvoie au mythe de Sisyphe. Pendant que les uns font des pieds et des mains pour hisser la paix au sommet, d’autres travaillent à la ramener au plus bas niveau. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le président IBK a du pain sur la planche. Car, avec ces attaques à répétition, l’on peut dire que ce n’est pas demain la veille que le Mali renouera avec une paix définitive. La recrudescence des attaques au Centre du pays repose la problématique de la méthode en vue de la pacification du Mali.

L’arrestation d’un lieutenant djihadiste ne signifie pas que l’on a remporté la victoire

Faut-il continuer à tenir à l’écart certains hommes comme Iyad Ag Ghali dont le groupe, Ansar Dine, est très actif au Centre du pays, ou négocier avec eux ? Bamako devrait se pencher sérieusement sur cette question. Ce lion du désert reste très influent au Mali. Iyad Ag Ghali dispose de puissants réseaux qui le rendent jusque-là insaisissable. Si en plus d’avoir affaire à ce redoutable combattant, Bamako doit faire face à l’Alliance pour la sauvegarde de l’identité peule qui a revendiqué l’attaque du camp de Nampala, il faut craindre qu’elle ne perde aussi le contrôle du Centre comme du Nord. La prolifération des mouvements armés ou terroristes au Mali, n’est pas pour faciliter la tâche à Bamako. Cette attaque au Centre du Mali, intervient juste après l’annonce de l’arrestation du lieutenant d’Ansar Dine du sud, Boubacar Sawadogo. Cet homme qui était à la tête d’une katiba et qui avait pour mission d’implanter une filiale djihadiste au Burkina, aurait été alpagué par les services de sécurité du Mali et devrait être transféré dans les prochains jours dans son pays d’origine. Une grosse prise qui apporte du baume au cœur. C’est une épine de moins dans les pieds des présidents burkinabè et malien. Malgré tout, il importe de rester prudent car l’arrestation d’un lieutenant djihadiste ne signifie pas que l’on a remporté la victoire. C’est plutôt une bataille qui vient d’être gagnée.

Dabadi ZOUMBARA
Le Pays du 20 Juillet 2016