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Dans la nuit du lundi au mardi, vers 4 heures du matin, des assaillants, non encore identifiés, ont attaqué le cantonnement militaire de Diabaly, dans le cercle de Niono, région de Ségou. Bilan : un militaire malien tué et d’importants matériels emportés. En frappant dans le cercle de Niono, la rébellion sort de son bastion connu : les régions du nord Mali.

Cette attaque qui intervient moins d’une semaine après la libération de trois otages par le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga serait le fait d’un autre groupe touareg. La médiation libyenne avec l’argent comme moyen de dialogue est-elle en train de mettre du grain au moulin des assaillants touareg ?

Les rebelles du nord Mali s’apprêtent-ils à sortir de leur bastion traditionnel ? Après l’attaque contre un convoi de ravitaillement de l’armée malienne sur le tronçon Aguelhock-Tessalit, c’est la région de Ségou, notamment la ville de Diabaly dans le cercle de Niono qui vient d’enregistrer le bruit des canons.

Dans la nuit du lundi au mardi, vers 4 heures du matin, la paisible population de Diabaly s’est réveillée avec des coups de tirs nourris. Des assaillants, un groupe de touareg armé, venaient de prendre les armes contre l’armée malienne dans le camp militaire de la localité.

Arrivés à bord de trois 4×4 et puissamment armés, les assaillants ont pratiquement vidé les magasins d’armes, en laissant derrière eux un militaire malien tué, nous indique une source, jointe au téléphone à Niono.

Après avoir mis les populations de Diabaly dans une débandade générale, les assaillants ont fait escale à Dogofri, pour profiter de la foire hebdomadaire de la localité, nous signale une autre source jointe sur place dans le cercle de Niono.

Dans ce village de foire où ils sont arrivés aux environs de 8 heures, les rebelles comme en terrain conquis, ont pris leur temps pour s’accaparer d’un véhicule 4X4 en prenant le chauffeur de ce véhicule en otage.

Dans ce village également, ils se sont ravitaillés en carburant, librement, tout en prenant soin d’emporter un fût de 200 litres de gasoil. Un renfort de l’armée malienne, parti de Ségou, n’arrivera à Diabaly qu’aux environs de 13 heures, nous précise notre interlocuteur au téléphone à Niono. Trop tard, pour coincer le groupe armé qui aurait déserté les lieux aux environs de 9 heures.

Depuis cette attaque, des voix se sont levées à Diabaly pour dénoncer l’attitude du commandant du camp. Selon plusieurs témoignages, quelques jours avant l’attaque, il aurait pris des dispositions pour que toutes les armes soient permanemment dans les magasins. Et pire, le jour de l’attaque, le commandant était absent du camp.

Ces différents actes du commandant, ancien intégré, ont vite été interprétés par la population de Diabaly comme des actes de complicité passive. Ce qui est clair, ce coup est un signal fort en direction des autorités maliennes. Comme la semaine dernière, Bahanga aurait nié toute implication de l’ATNMC dans les attaques, pendant au moins un mois de trêve. Faudra-t-il y croire?

Ne fait-il pas intervenir des groupuscules qui ne sont autonomes que de nom ? Depuis l’attaque du 23 mai 2006, les rebelles se sont signalés à travers plusieurs autres attaques, mais aucune d’entre elles n’avaient eu lieu, jusque là, en dehors de la région de Kidal.

Avec l’attaque de Diabaly, la rébellion gagne-t-elle du terrain pour sortir de son bastion traditionnel et porter le glaive au coeur du Mali ?

Si des dispositions urgentes ne sont pas prises, aucune zone du pays ne serait à l’abri de ce genre d’attaque opérée à Diabaly. La méthode est connue. Elle a été utilisée par les assaillants lors de la rébellion de 1991. Par des frappes sporadiques, à l’allure d’une guérilla, les rebelles semaient la psychose chez les populations dans des villes bien ciblées.

Fakara Faïnké

Assane Koné

07 Mai 2008