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Qui a donc attaqué le camp militaire malien à quelques centaines de kilomètres de la capitale, près de la frontière mauritanienne ? Mardi, dès la commission du forfait, c’est l’Alliance pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice qui a revendiqué le raid foudroyant. C’était compter sans les ambitions d’un autre groupuscule terroriste, la Brigade Macina d’Ansar dine qui s’est, elle aussi, réclamée de l’horreur, chacun voulant tirer à lui non pas la couverture, mais bien le linceul. Un peu comme cette autre querelle de paternité qui s’était fait jour en novembre dernier entre le groupe al-Mourabitoune et le Front de libération du Macina autour d’une autre abomination, la prise d’otages sanglante du Radison Blu. Mais d’où qu’aient pu venir ces attaques, de l’une ou l’autre de ces organisations, ses effets sont les mêmes.

Et à Nampala, elles ont fait au moins 17 morts et une trentaine de blessés sans compter le butin emporté, composé de matériels et de munitions qui leur permettront certainement de frapper encore et encore, affaiblissant un peu plus à chaque coup un processus de paix déjà bien éprouvé. Et tandis que Nampala panse ses plaies, la polémique enfle et fait rage dans les salons feutrés de la capitale. Comment, se demande-t-on, oui comment ces assaillants ont-ils pu si facilement prendre possession d’une enceinte militaire, surtout que, selon des informations concordantes, des mouvements suspects avaient été détectés dans ses environs déjà trois jours avant l’attaque ? Aurait-on pris ces renseignements à la légère, permettant au « commando » de couper le poste de commandement de ses checks points ? Pire ! Comment ont-ils pu frapper, prendre possession du camp, faire flotter le drapeau noir dessus comme un pied de nez à l’Etat malien et à son armée républicaine puis disparaître dans la nature chargés de leur encombrant butin comme par l’effet d’une prodigieuse occultation ?

Voilà bien des questions qui méritent d’être posées. En tout cas, le chef suprême des armées maliennes n’a sûrement pas manqué de les poser, lui qui, hier au cours d’un Conseil extraordinaire de défense, a pudiquement évoqué un certain nombre de « défaillances dans le dispositif ». Qui veut la paix prépare la guerre. Alors défaillances pour défaillances, il faudra bien savoir tirer les leçons de cette tragique humiliation qui montre à quel point la réforme de l’armée reste un défi majeur et une étape essentielle sur le difficile chemin de la paix.

Marie Ouédraogo
L’Observateur Oaalga du 21 Juillet 2016