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ATT peine à se départir des ministres présumés corrompus de son gouvernement : Sékou Diakité après les ex-ministres Ahmed Sow et Oumar Ibrahima Touré ?

L’actuelle équipe gouvernementale, nommée par Décret n°07- 383/P-RM du 3 octobre 2007, a été, depuis, amputée de cinq de ses membres pour, essentiellement, cause de corruption ou d’incompétence avérée. Le dernier appartenant à ce lot est Oumar Ibrahima Touré, ancien ministre de la Santé et 2ème vice-président de l’URD. Il fut victime de l’affaire dite du Fonds mondial qui l’a contraint à la démission, le 5 décembre 2010. Avant lui, quatre autres membres du Gouvernement de Modibo Sidibé, sur vingt six, avaient été remerciés soit pour présomption de corruption ou pour incompétence avérée. Avec l’affaire du serveur, pour la gestion de l’Assurance maladie obligatoire, acheté à plus d’1,5 milliards FCFA (de quoi faire tourner l’unité centrale d’une centrale nucléaire) le ministre du Développement social, Sékou Diakité, pourra difficilement échapper à la sanction d’ATT qui commence à être agacé voire dérangé par toutes ces affaires sulfureuses.

S’il a été dit, certainement à l’intention des Maliens pauvres, que « Bè bi i balo » (littéralement parlant « Que chaque maman s’occupe de son enfant » ou bien « Chacun pour soi Dieu pour tous », tel est, en tout cas, loin d’être le cas chez nos gouvernants qui, pour la plupart, sont adossés aux deniers publics, vivant aux crochets de l’Etat.

Les maires vendent ou cèdent des parcelles et des domaines publics à qui ils veulent ; les ministres octroient des marchés publics à qui ils veulent. Pourvu que cela rapporte quelques dividendes. Qu’importe que l’Etat et le contribuable soient ainsi spoliés.

L’essentiel étant de réserver la part du chef ou des chefs dans le partage du butin. Où est le respect du bien public ? Où est l’égalité des citoyens devant la loi ? Récemment, selon des sources généralement bien informées, un ancien ministre de l’Agriculture, qui aurait perçu 600 millions FCFA de pot-de-vin n’a pas été inquiété et un autre membre du gouvernement aurait acquis deux villas en France sur le dos du Prince, c’est-à-dire l’Etat.

Pourquoi cette impunité, alors que le sort de tous ceux-ci devait être réglé par la justice avec à la clé des condamnations à la peine de mort. Tel que prévu par la loi. Comme c’est le cas en Chine, par exemple, qui est pourtant un pays que nous envions énormément mais qui est sans pitié pour des voleurs à col blanc. Alors qu’ici, tout est orchestré pour essayer de voler à leur secours en faisant croire que les présumés corrompus sont blancs comme neige. Pourquoi un tel laxisme dans notre pays ? Les ministres impliqués dans des affaires de corruption doivent être obligés de démissionner. Et cela bon gré malgré. Car, comme dit l’adage : « Il n’y a pas de fumée sans feu ».

Le président de la République, véritable maître du maintien ou de la sortie de tel ou tel ministre au gouvernement, est bien conscient de cela. Les faits reprochés aux ministres étant, dans la plupart des cas, effarants.

Dans un pays démocratique où les dirigeants peuvent se prévaloir d’être au service exclusif de la nation, quand une affaire de corruption défraie la chronique, le reflexe devrait commander de demander à la justice de tirer la situation au clair. Cela a l’avantage de mettre tout le monde à l’aise. Surtout le public qui veut savoir toute la vérité afin de faire sa propre religion sur telle ou telle affaire de corruption.

Le Procureur anticorruption, Sombé Théra, ne disait-il pas dans une interview accordée à l’ORTM, le 3 septembre 2010, que « d’une manière générale, toute personne ou toute autorité constituée qui, dans le cadre de sa mission, a connaissance d’une infraction est tenue d’en donner avis immédiatement au Procureur de la République et en lui faisant parvenir tous les actes qui peuvent sous-tendre cette dénonciation ».

Le Gouvernement de Modibo Sidibé rendrait alors un énorme service à la justice de notre pays, s’il faisait sienne cette prescription de la loi en saisissant le Procureur de toutes les affaires sales qui sont en train de ternir, jour après jour, l’image du Gouvernement.

Il est en tout cas nécessaire, voire indispensable que la justice se saisisse rapidement de tous les dossiers de corruption présumée que certains tentent par tous les moyens, aujourd’hui, d’enfouir sous le granit de l’impunité.

Les démocraties actuelles ne sont-elles pas passées par le chemin que nous empruntons actuellement avant de trouver des hommes et des femmes crédibles à qui confier leur destin, leur marche vers le progrès ?

L’Etat ne saurait se confondre éternellement à une vache laitière que des dirigeants traient à volonté pour abreuver leur soif inextinguible d’argent frais. Au détriment bien naturellement de la communauté qu’on essaie d’endormir à coup…d’aumônes. Alors que des châteaux sont en train d’être édifiés avec des sous détournés des caisses de l’Etat, des domaines forestiers rachetés à vil prix, du business sur des terres agricoles appartenant à l’Etat, des subventions et exonérations indues accordées à des structures privées…

A côté de tout cela, une jeunesse diplômée résignée, constamment abonnée au chômage, qui est en train de noyer sa misère dans l’alcool, la drogue et les boîtes de nuit. Avant de finir victime d’accident de la route. Avec tout cela, on dit que c’est l’école qui est le mal mais pas la corruption ni le népotisme ni l’impunité ni le chômage. Ces derniers étant, en réalité, le dénominateur commun de la mal gouvernance.

La situation de l’école n’étant que son reflet. Où va alors le Mali ?

Mamadou FOFANA

06 Janvier 2011.