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C’était ATT par ci, ATT par-là, évoqué à propos de tout et de rien. Rien de sérieux en réalité.

Comme j’en avais pris l’habitude, je me préparais, sans y croire beaucoup, à faire une tribune pour la sortie de Koulouba d’ATT2 & ATT3. Pour la numérotation, mes lecteurs de l’époque se souviennent bien qu’ATT1 avait été le héros national que nous avions tous admiré et accompagné dans la phase de transition en 1991. Nous avions tous la responsabilité d’accompagner cette transition après les 23 années de dictature de Moussa Traoré.

ATT2 est celui-là qui avait perdu la raison en 2002 et était devenu le « fato » (fou) et le « lagalagato » (débile) qui avait voulu se retrouver à la tête de l’Etat malien. Ces noms d’oiseaux sont d’ATT lui-même en quittant le pouvoir en 1992. A cette occasion, je lui avais proposé cette citation : « L’ambition dont on n’a pas la compétence est un crime ». Le CNRDRE qui l’a renversé a bien parlé d’incompétence à son sujet, pas vrai ?

ATT3 quant à lui est celui qui en 2007, ayant goûté aux délices du pouvoir, oublia qu’il s’était engagé en 2002 à ne faire qu’un seul mandat afin, disait-il, d’organiser les partis politiques. Ces derniers ne cesseront de le maudire pour les innombrables entailles qu’il opéra dans leurs corps en seulement dix années de règne. A celui-là, j’avais convoqué la citation de Charles de Gaulle qui disait : « Mieux vaut quitter le pouvoir 5 ans plus tôt, qu’une minute trop tard ». Sans commentaire aujourd’hui, n’est-ce pas ?

Je ne croyais pas trop rédiger une tribune pour le bilan des 10 ans d’ATT simplement parce que le pays était arrivé à un point tel que garder ce président jusqu’au 8 juin 2012, date de l’entrée en fonction du nouveau président élu, semblait relever pour moi d’une gageure. Et je ne fus ainsi point surpris de ce qui arriva à ATT et à son régime tant l’Etat avait été affaissé par terre, ses ressources pillées par une oligarchie bien en place et qui devra répondre devant le peuple.

On peut remercier tous les religieux qui n’ont eu de cesse de prier pour la paix, car le pire a été de toute évidence évité. Je ne suis nullement un souteneur de putschistes, mais sur ce coup, on peut affirmer que c’est bien la main de Dieu qui a agi pour sauver le Mali.

ATT est un véritable général parolier, sans plus. On ne peut le comparer à personne de par sa prolixité (A dâ kadi !). Et d’ailleurs, sachant que son amour des diatribes ne plaisait pas aux hommes, il se réservera pour les rencontres avec les femmes pour s’époumoner à souhait.

C’est ainsi que les journées du 8 mars étaient une aubaine pour lui. Et c’est au cours de l’une d’elles qu’il avait lancé son propos déplacé « Bè bi babolo« . Comme pour dire que des mères avaient eu un mérite que d’autres n’avaient pas et que cela se voyait dans la hiérarchie sociale. Et maintenant alors ? Je lui propose aujourd’hui la formule « Kouma yé a bâ wolo » (la parole a engendré sa mère) !

Les rencontres qu’il s’offrait lors des commémorations du 8 juin étaient aussi pour lui du pain béni en ce qu’elles lui permettaient de faire étalage de connaissances face à des journalistes qui en sortaient pour la plupart dégoutés et se promettaient de ne plus y mettre les pieds.

L’un de ses derniers one man show du genre, il se l’offrit face à des veuves et mères de soldats dont les époux et enfants avaient disparu au front chaud du Nord-Mali que tout le monde impute du reste à ses errements et compromissions. Il s’entendit dire à cette occasion qu’il était le chef des rebelles par l’une des femmes totalement excédée par son mépris et sa désinvolture. La suite, on la connaît…

Ainsi avait vécu au pouvoir ce personnage qui a ressemblé à s’y méprendre à un acteur de bandes dessinées (Fanfan la Tulipe ?) pour le Malien lambda, et bien au-delà d’ailleurs. C’était ATT par ci, ATT par là, évoqué à propos de tout et de rien. Rien de sérieux en réalité.

Cet homme qui versa dans la bouffonnerie au point d’en faire un système de gouvernance a conduit le Mali vers l’enfer ! Rien de moins ! C’est sous son règne, avec 4 généraux à savoir lui-même, son PM, un général de police, son ministre de l’Intérieur un général lui aussi et un général ministre de la Sécurité intérieure, que le pays a commencé à connaître les problèmes d’insécurité les plus cruciaux. On ne peut semer du sel et s’attendre à récolter quelque chose en dépit de la grande mansuétude de Dame Nature !

L’armée malienne est la première à faire les frais du régime ATT certes, mais tous les pans de la société en ont eu pour leur compte. Et aujourd’hui, nul n’est fier de ce qui est arrivé à ce pays dont l’histoire n’avait jamais été aussi tachée qu’avec ce régime.

Les nouvelles autorités, y compris le président de la transition, le président de l’Assemblée nationale doivent comprendre que ce pays a besoin d’être gouverné par des hommes mus uniquement par le devoir et qui n’ont d’autres soucis que servir la nation. Ce que l’on obtient mal ou frauduleusement, on finit toujours par le perdre. Donc œuvrons tous à la préparation d’un fichier électoral fiable pour organiser des élections propres et doter le pays de responsables légitimes. C’est la seule thérapie pour une stabilité politique réelle.

ATT était un président indépendant qui, tel quelqu’un qui est assis sur un tabouret et qui eut la mauvaise idée de somnoler. Il fut renversé et il ne s’en trouva personne pour le pleurer. Pas même ceux qui nous avaient accoutumé à entendre « la vision ou la lettre de cadrage du président Amadou Toumani Touré ». Décidément l’unanimisme soporifique est fini. Bien fini !

Après une certaine affaire de la maîtresse du président, je devine certaines personnes buvant du « petit lait », comme on dit. ATT en est réduit à voir son pays et son sort à lui-même entre les mains de Blaise, celui-là même qu’il a toujours considéré comme son « fa dèn » (rival). Et tel le petit capitaine Dadis Camara, il ira peut-être écumer 2 ans durant à la cité Ouaga-2000. Quel triste sort pour celui qui se prenait pour un grand homme d’Etat.

Pour échapper provisoirement, il avait pris la poudre d’escampette. Des titres d’articles comme « L’indécence d’un fuyard » dans Info Matin et « Les balivernes d’un apatride en cavale » dans Mali-Demain ainsi que la pique d’un officier « Nous n’allons pas rechercher un général en fuite », renseignent sur la nécessité de gouverner mais d’éviter de régner. Ceci est à méditer…

Qui va vivra, va verra…

Idrissa Diouf

12 Avril 2012