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A l’occasion du premier anniversaire de son investiture à la tête de l’Etat pour son second mandat, le président de la République a animé, hier, une conférence de presse au cours de laquelle il s’est largement expliqué sur les grandes questions qui préoccupent le pays.
Le président de la République a animé, hier 8 juin 2008, une conférence de presse à l’occasion du premier anniversaire de son accession à la magistrature suprême.

Pour entamer son deuxième mandat, Amadou Toumani Touré, devant plus de deux cents représentants des médias, a fait un discours bilan de plus de deux heures d’horloge de la première année qui vient de s’écouler. «Aucune question n’est taboue » a-t-il dit d’emblée aux journalistes.

Et pour donner l’exemple, le chef de l’Etat a fait un tour complet de toutes les questions et appréhensions des populations. Cela va de toutes les réalisations, succès et échecs, jusqu’aux perspectives pour les années à venir.
En matière de bonne gouvernance, selon ATT, certaines réformes importantes s’imposent.

Il s’agit notamment de la relecture des textes, à laquelle s’occupe déjà « la commission Daba Diawara », du projet de code de la personne et de la famille qui doit s’ouvrir à la modernité tout en gardant les valeurs sociétales, du conseil supérieur de l’éducation, du conseil supérieur de l’agriculture,

les états généraux de la sécurité routière, les états généraux de la lutte contre la corruption. Ces différents états généraux se fixent comme objectifs de faire un diagnostic et d’élaborer les actes palliatifs nécessaires.

Un autre objectif, c’est de réussir le renouveau de l’action publique, dans la situation de crise grave, aux niveaux quantitatif et qualitatif des ressources humaines de l’Etat. La création en 2006 de l’Ecole nationale d’administration s’inscrit dans ce cadre.

D’autres réformes interviendront pour l’assistance judiciaire aux justiciables démunis et l’assurance maladie obligatoire pour tous les salariés et leurs familles grâce au Fonds d’assistance médicale qui sera étendu également aux non salariés indigents.

Concernant l’éducation, le chef de l’Etat a révélé que, contrairement aux apparences, la présente année scolaire se déroule relativement bien en termes de volumes horaires et de temps de présence en classe.

Demeure cependant une difficulté, liée au refus d’évaluer des enseignants de la COSES. Répondant à une question sur le sujet, le Président a affirmé que l’école ne sera prise en otage et que les évaluations se feront avec ou sans la COSES parce que nul n’est indispensable.

Il s’est également réjoui de constater qu’au niveau de l’enseignement supérieur, les cours ont été peu perturbés dans les différentes facultés, à l’exception de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP), qui a cristallisé les problèmes.

Toujours sur ce sujet, le Président a avoué que « la Situation de l’Ecole est d’autant plus paradoxale, que jamais autant d’Argent n’a été investi dans la formation de nos enfants, qu’au cours des quinze dernières années. Mais, jamais les soubresauts n’ont été aussi récurrents que sur cette période considérée.

A titre d’illustration, nous allons inaugurer dans les prochains jours, deux nouvelles facultés, à savoir : la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, ainsi que celle des Sciences Economiques et de Gestion, pour un coût global de 5 Milliards de F.CFA, avec les voies d’accès et le dispositif de sécurité ».

En plus, la construction de deux campus universitaires ainsi que la création d’une seconde université sont à l’étude. Ces réalisations permettaient aux autorités d’espérer une accalmie sur le front scolaire, dans le dialogue et la concertation.
Le pays a également été confronté à un autre défi. C’est le renchérissement du coût de la vie.

Bien que le phénomène n’épargne aucun continent, aucun pays, en pareille situation, chaque Etat se juge sur la pertinence et l’impact de ses efforts sur le pouvoir d’achat des populations, notamment les plus démunies.

Les mesures prises par le gouvernement ont eu des impacts directs sur les prix. Il s’agit notamment de l’exonération jusqu’au 31 Décembre 2007, des droits et taxes à l’importation, à l’exception des taxes communautaires (qui avoisine les 3%), sur le lait, l’huile, le sucre, la farine et le riz, représentant un manque à gagner d’environ 18,4 Milliards de F.CFA, la subvention de 260 Millions de F.CFA,

accordée à deux abattoirs de Bamako, pour faire baisser le prix de la viande, l’obtention à travers un cadre de concertation des acheteurs de la filière pain, d’un prix consensuel de la Baguette de Pain, en Juillet et Août 2007, la reconduction du gel des tarifs de l’eau et de l’électricité, à leurs niveaux de 2003, avec une subvention de 12,9 Milliards de F.CFA. en 2007.

Les impacts indirects étant la suspension en Juillet 2007 de l’exportation et de la réexportation de certains produits de première nécessité et le renouvellement de cette mesure en Décembre 2007 pour les céréales en offres publiques, sur l’ensemble du territoire, l’installation de banques de céréales dans les 703 communes du Mali, et la prochaine distribution gratuite de céréales dans des zones déficitaires.

Quant aux mesures portant sur l’augmentation des revenus, elles concernent L’augmentation des salaires de 5% pour les travailleurs des secteurs public et parapublic et des pensions des retraités civils et militaires, pour compter du 1er Janvier 2008, avec un impact budgétaire de 6,7 Milliards de F CFA ;

et la réduction du montant de l’Impôt sur les Traitements et Salaires (ITS) de 2%, pour une incidence financière annuelle, de 4,2 Milliards de F CFA. Plus globalement l’Incidence Financière des Augmentations de Salaires, des Primes et Indemnités consenties, en faveur des fonctionnaires et agents de l’Etat, de 2002 à 2008, se chiffre à plus de 28 Milliards 469 Millions de FCFA.

Elles concernent, entre autres, les révisions de grilles de salaires pour environ 17 Milliards 649 Millions ; la révision de la Valeur du Point d’Indice pour 3,1 Milliards (de 292,5 à 300 FCFA en janvier 2007) ; l’octroi ou le relèvement du Taux des Primes et Indemnités allouées, à certains fonctionnaires et agents de l’Etat pour 7 Milliards 720 Millions de FCFA.

La masse salariale est passée de 97,472 F.CFA en 2002 à 168,395 F.CFA en 2008.

Les pensions et retraites ont également bénéficié des Revalorisations successives, des Traitements des Fonctionnaires et Agents de l’Etat.

Ces différentes mesures prouvent la constance du gouvernement dans la politique d’augmentation des revenus et donc du pouvoir d’achat des travailleurs. Nous n’avons pas attendu cette période difficile pour intervenir.

Le conférencier a également évoqué les efforts fournis en matière d’infrastructures, notamment pour la construction de routes, l’acquisition de 38 voitures et de 6 locomotives de chemin de fer, le balisage des chenaux sur les fleuves Niger et Sénégal, le renforcement du réseau de distribution d’énergie.

Concernant la situation au nord, le président a reconnu
l’assoupissement économique de la région de Kidal et en a donné des explications. La situation actuelle de cette région tire son origine d’une insécurité « savamment entretenue et instrumentalisée » qui affecte les Activités Socio-économiques et le Fonctionnement normal de la Communauté et de l’Etat. Le Développement, tant revendiqué, est ainsi compromis.

« Les différents diagnostics, font état à Kidal d’une vie communautaire en pleine crise, dont les mécanismes traditionnels de régulation et de gestion, sont affectés et ne suffisent plus pour stabiliser la société.

Cette crise a connu son paroxysme avec les évènements du 23 Mai 2006, qui ont ouvert une nouvelle page de l’histoire de la Région » Les Accords de Tamanrasset du 06 Juin 1991, Le Pacte National du 11 Avril 1991, L’Accord d’Alger du 4 Juillet 2006, Le Protocole d’Entente de Tripoli du 2 Avril 2008, n’ont pas suffi à ramener une paix durable et une quiétude souhaitée ardemment.

Les manifestations de cette crise ont continué avec des attaques, poses de mines, sur les axes routiers et l’enlèvement d’otages, dans un contexte caractérisé par l’effritement des valeurs et du filet social garantis.

La Course au Leadership et à l’Enrichissement par tous les moyens sont devenus une nouvelle devise sociale devant servir de socle aux ambitions de certains; favorisant ainsi la multiplication de nouveaux centres de décisions communautaires.

La stratégie prônée consiste en la mise en avant des problèmes socio-économiques de développement, qui ne sont cependant pas propres à la seule région de Kidal, pour mobiliser une partie de la Jeunesse et même quelques élus, en cherchant à convaincre, au double plan national et international, de prétexte autres que le Développement, qu’ils refusent en semant l’insécurité permanente.

Les groupes armés, en marge de la majorité de la communauté Touarègue (prise elle-même en otage) s’affairent à une navette entre les différents médiateurs proposés par eux-mêmes, afin de distraire leurs interlocuteurs, y compris l’Etat surtout.

Le président a précisé que sur les dix-huit points inscrits dans l’Accord d’Alger quinze ont trouvé des voies de solutions. Mais les autorités restent intransigeantes sur la défense de l’intégrité du territoire, autrement dit, sur le maintien de l’Armée partout où besoin est.

Des efforts ont pourtant été consentis en faveur de la Paix. Ils ont porté sur l’Organisation du Forum de Kidal sur le Développement des Régions Nord du Mali, Le Lancement du Programme intégré du Développement de la Région de Kidal (PIDRK), pour 12 Milliards F.CFA.

(Le cas de Véhicules et d’Argent volés) ; Le Lancement du Programme intégré des Régions de Tombouctou et Gao pour 17 Milliards de F.CFA ;

et le Programme de Réinsertion Socio-économique d’Un Milliard F.CFA. (Algérie-Mali). « Nous Gérons une Somme de Paradoxes. On prend des Armes pour le Développement. Les Projets de Développement sont acquis, on sème l’Insécurité : (cas de 40 Forages à Kidal, Vols de Véhicules de l’Entreprise).

Les Régions Nord de Notre Pays, présentent des Atouts pour le Développement, l’Emploi et le Revenu : Recherche Pétrolière (encourageant), Indices très prometteurs d’Uranium à Kidal, Remise très prochaine de la Route Gao-Ansongo-Labbézanga, La Route Kidal – Bourem (financement acquis), Le Barrage de Taoussa, dont les Travaux de la Route Gao-Bourem sont imminents, et le Barrage qui sera construit en 2009 »

La presse n’a pas manqué d’interroger le conférencier sur un point qui s‘est récemment invité dans l’actualité. Il s’agit de l’éventualité d’une révision constitutionnelle lui permettant de briguer un troisième mandat. ATT a répondu qu’il n’est pas concerné par ce débat, qu’il ne s’y s’inscrit pas.


Cheick Tandina

09 Juin 2008